ACTE III, SCÈNE III
Que tu rendes en soins les soins qu’on eut pour toi. S’il s’agissait de moi, je serais moins sévère;
Mais il s’agit surtout du bonheur de ton père.*.
CLAUDIN F
De mon père !
Ton père, à contre-cœur jeté Dans un rude travail par notre pauvreté,
A dû quitter pour vous des rêves, — fous sans doute; — Mais quelqu’en soit le fond, tout sacrifice coûte.
Et voilà dix-huit ans qu’il se souvient en vain De cette liberté que tu tiens dans ta main!
CLAUDINE
Moi?... __
LAURE
Toi seule. — Comprends. — Ton père n’est pas riche ;
Il est bien loin d’avoir l’aisance qu’il affiche.
Sans mon économie, il serait pauvre encor.
L’apparence, c’est tout, car cela vaut de l’or.
Eh bien ! il doit donner deux dots, il n’en a qu’une,
Car l’autre, c’est son fonds. — Toute notre fortune Dépend de toi. — Tu peux, pour un désir d’enfant,
Jeter avec le tien, notre avenir au vent...
Euslache seul prendra le fonds pour dot. — Prononce !
Tu sens bien qu’il nous faut une prompte réponse!...
Je te ferai venir quand ton père viendra.
(A part.)
Elle pleure, très-bien ! elle consentira.
CLAUDINE
Je vous obéirai, ma mère!
LAURE
Ma Claudine,
Obéir est trop peu. — Si ton père devine Une hésitation, un regret dans ton cœur,
Il te sacrifiera son rêve, — son bonheur ! —
C’est de toi! — tu m’entends, mon enfant, — de toi-mêine, C’est de loi que j’attends, pour ton père, — qui t’aime, — Un mensonge pieux, — que je n’impose pas.
CLAUDINE, pleurant.
Oui, mère!
LAURE
J’ai tout dit!... Fais ce que tu voudras!
CLAUDINE, s’en allant, à part.
Pauvre, pauvre Renél