‹ Le marchand malgre lui comedie en cinq actes en versChapitre 45 sur 80 · I.AURE · texte numérisé non relu

I.AURE

Qu’est-ce? fais vite alors.

(Elle s'assied devant le bureau, à gauche.) CLAUDINE , à part.

Je ne puis reculer.

(Haut.)

Je n’aime pas... Euslache.

LAURE

Après?... La belle affaire!

J’aurais bien voulu voir que ce fût le contraire...

Eustache est positif, un excellent défaut...

Et, positivement, c’est l’homme qu’il te faut !

CLAUDINE

Ce mariage, hélas ! ma mère, est un supplice !

M’y condamnerez-vous?...

LAURE

C’est te rendre service!

Condamner, condamner ! voilà bien les enfants !

Nous nous sacrifions et nous sommes tyrans!

La condamnation me parait trop risible;

Laisse-toi condamner, crois-moi !

CLAUDINE

C’est impossible!

J’en aime un autre I...

LAURE

Oui?

CLAUDINE

Nous nous aimons!

LAURE

. Vraiment

Vous vous aimez! — Eh Lieu, je te fais compliment

De professer sitôt sur certaines matières

Des principes auxquels je ne m’attendais guère;

Mais ton père a voulu qu’on formât ton esprit.

Et tu réponds amant quand on te dit mari!...

On appelle cela des natures rêveuses ! —

Et c’est ainsi qu'on voit de petites morveuses,

Désertant leurs chiffons, leur poupée et leurs jeux,

En place de béhé prendre des amoureux !

CLAUDINE

S’il fut jamais au monde amour pur et sincère,

Croyez que c’est l’amour dont vous doutez, ma mère, J’aurai fait mon devoir en vous le déclarant.

Car je sens que devant un amour aussi grand,

Eustache comprendra combien il est infâme,

Et combien maladroit de prendre un corps sans l’âme.

— Oui, j’affirme qu’Eustache a trop de loyauté Pour convoiter un cœur vide... l’amour ôté!

LAURE

Je ne m’attendais pas à cette répugnance.

On t’a toujours traitée avec une indulgence Que l’on n’a jamais eue avec ta sœurt.. pourtant...

CLAUDINE

Ma sœur?...

LAURE, se levant.

Nous obéit! — Hélas! ma pauvre enfant,

11 arrive toujours une heure dans la vie Où la nécessité veut qu’on se sacrifie;

Nous avons, pour vous deux, ton père et moi, longtemps Lutté, gémi, souffert... et nous étions contents!

C’était notre devoir. — Tu n’es pas encore femme,

Et ce mot de devoir est bien froid pour ton âme!

Car tu ne comprends pas, dans ta naïveté,

Tout le. sévère amour de la maternité.

Tu n’as, jusqu’à ce jour, vu l’avenir qu’en rose;

Tu connaîtras bientôt ce que la vie impose De sacrifices durs, d’ennuis et de tracas,

Toutes choses encor que tu ne connais pas!

Car nous avons toujours entouré ta jeunesse D’autant de soins qu’en put trouver notre tendresse.

Voici venir la vie aujourd’hui, — C’est la loi

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