LAURE, CLAUDINE, CLAUDE
CLAUDE
L’autre jour j’avais cru comprendre ton silence.
Ma fille, — j’attendais de toi la confidence Du sujet de ton trouble, hélas ! trop bien caché;
Et, pendant ces huit jours, vainement j'ai cherché !
Je voulais deviner; car, pour ton âme pure,
La moindre question me semblait une injure.
Prêt à t’interroger chaque jour, j’avais peur,
Rien qu’en t’interrogeant, de froisser ta candeur.
— Béponds-moi franchement, Claudine, je t’en prie. N’aimes-tu pas Eustache, auquel on te marie?
As-tu quelque secret?...
CLAUDINE
Mais je n’en eus jamais Pour loi; lu le sais bien, cher père.
CLAUDE
Je le sais.
Il en était ainsi jadis; mais, à cette heure,
On souffre, puis on va se cacher, puis on pleure!
Et l'on ne vient pas dire à son père inquiet :
Petit père, je souffre ! Eustache me déplaît !
CLAUDINE, regardant sa mère.
Il ne me déplaît pas !
CLAUDE
Quelle douleur te mine ?...
Depuis huit jours déjà, chère enfant, j’imagine... J’imagine des pleurs sous ta feinte gaîté.
Où donc ton rire franc, plein de joyeuseté,
Qui me rendait si gai quand je me sentais triste?.. Hélas ! tu ne ris plus ! — moi, je suis égoïste;
J’ai besoin de ton chant étourdi de pinson :
L'oiseau, je le retrouve ; où donc est la chanson ?
CLAUDINE
Cela me coûte aussi d'ètre grave... mais dame!
Songe que dans un mois on me dira madame !
Tiens, demande à ma sœur ce que nous dit maman :
On ne doit plus chanter ni rire étourdiment;
Et si je n’apprends pas par avance à me taire,
La madame aura l’air d’une pensionnaire !
— Je prends au sérieux des devoirs tout nouveaux :
Moi qui ne faisais rien, j’aurai de longs travaux.
Ma gaîté pour cela n’en sera pas moins franche,
Et nous t’amènerons au dîner, le dimanche,
Des Claudes tout petits, tout roses, tout mignons.
Qui t’embrasseront bien : — ce seront mes chansons ! .
CLAUD E
Ah ! ton sourire est triste et ta gaîté contrainte,
J’en ai peur!
CLAUDINE
Mais non pas !
CLAUDE
Est-ce encore une feinte ?
LAURE
El pourquoi feindrait-elle?..
(Silence.)
CLAUDE
Ainsi donc, il te plaît ?..