LAURE, CLAUDE
LAURE, regardant Claude.
Ah Ine craignez-vous pas, Monsieur, que je devine?..
CLAUDE, avec douleur.
Je te disais bien, moi, qu’on contraignait Claudine!
Enfuie!... Oh! pauvre enfant ! elle n’apas osé Me dire son désir que j’aurais exaucé !
Hélas! dans tout ceci, c’est moi qui suis coupable! Heureusement, le mal n’est pas irréparable.
Je suis sur de René, c’est un homme d’honneur !
Et nous la marierons, Laure, selon son cœur!
LAURE, amèrement.
Moralité: L’on doit récompenser la fraude!
Ah! je crois qu'en effet, le vrai coupable, Claude,
C’est toi seul ! — oui, c’est toi : — tu les défends trop fort. Pour que Claudine et toi ne soyez pas d’accord !
CLAUDE
Moi d’accord?...
LAURE
Oui, je crois que ta faiblesse est telle Que tu dois avoir fait cette honte pour elle!
CLAUDE
Moi?
LAURE
Je t’ai vu, ce soir, rôder pendant le bal.
Comme préoccupé de ce départ fatal.
On s’est caché de moi, car je suis l'ennemie.
Quand on m’a crue enfin dans le calme endormie.
Le coup s'est fait. — Alors, l’instant a paru bon!
Mais pourquoi m’étonner? — Tu rfes qu’un lâche! — Non ! Tu n’aurais pas osé me faire cette offense En face !
CL A U D E, commeoçtnt i s’irriter.
Mais, Madame...
LAURE
Et c’est la récompense De vous avoir aimé pendant dix-huit ansl
CLAUDE, éclatant.
Vous!
Vous m’avez aimé! — vous? — Ah! tenez, je suis doux! Mais l’instant est mauvais pour railler, je vous jure 1 Car .vous avez rouvert mon ancienne blessure,
Et je sens, à ces mots, nos dix-huit ans d’ennui,
Comme un vase trop plein, déborder aujourd’hui !
— Je suis venu vers vous, jeune et plein de tendresse, Vous remettre en dépôt mon cœur et ma jeunesse,
Et si jamais cœur d’homme a saintement battu,
Allez! ce fut le mien pour vous! — Mon cœur s’est tu!
Un essaim bourdonnant d’espérances ailées,