‹ Le marchand malgre lui comedie en cinq actes en versChapitre 74 sur 80 · ACTE IV, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VII

Bruissait dans ma tèlo ! — Elles sont envolées I Je marchais le Iront haut! lier de mes dix-huit ans!

Et me voilà caduc et triste avant le temps !

Et c'est à vous! à vous que la faute en est toute :

Vous avez dans ma vie infiltré goutte à goutte Le désenchantement 1 — Vous m’avez garrotté Dans les liens étroits de la banalité.

Vous m'avez entouré de choses triviales,

De toutes les laideurs physiques et morales.

De Molinots épais, de Rufins odieux ;

Car votre orgueil était de me rendre comme eux !

Ah! vous m’avez aimé, — vous? — Mais quelle pensée Éclose en mon esprit n’avez-vous pas froissée?

Quand avez-vous compris ma joie ou mes douleurs?

Souri de mes sourires et pleuré de mes pleurs?

A quel instant? — jamais! —

(ta prenant par le bras.)

Répondrez-vous, Madame?...

M’avez-vous fait sentir que vous aviez une âme?...

Jusques à vos côtés, j’ai souffert, j’ai gémi;

Et vous, chair de ma chair, vous n’avez pas frémi !..

(Laure tombe affaissée.)

« Ah ! vôus m’avez aimé, vous? Pourquoi ce mensonge?

« On vous tordrait le cœur comme on tord une éponge « Pour en faire jaillir un peu d’éraotiofl,

« Qu’il n’en sortirait rien, rien qu’une addition! »

O femme de comptoir qui n’as rien dans la tète.

Qui n’as rien dans le cœur ! — Dis que tu m’as cru bète, Dis-moi que te croyant, toi, l’ètre intelligent.

Ta pitié m’a couvert d’un mépris indulgent !

Ce fut là ton amour ; et si je fus docile,

Si j’ai courbé le front sous ton joug imbécile,

Si j’ai porté le bât de ta vulgarité.

Ce fut lâche souci de ma tranquillité!

C’était un tort, hélas! — et Claudine l’expie,

Car tu l’as fait souffrir de ta bêtise impie !

Mais, Dieu merci, je sors de ma longue torpeur.

Et, comme les poltrons, deviens brave par peur !

Je romps ce mariage odieux, et je lui donne Pour mari...

* LAURE

Réfléchis, Claude !

CLAUDE

Lorsque j’ordonne,

Faites-moi le plaisir de ne pas répliquer!

Quand vous aurez compris, je pourrai m’expliquer!

LAURE

Pourtant!..

CLAUDE

Paternité comme noblesse oblige !..

Laissez-moi réparer vos fautes t

Que vous me laissiez!

LA URE

Mais.. .

CL AUDE

J’exige

LAURE

Moi!

CLAUpE.

Rentrez chez vous! — assez!

LAURE

Claude!..

CLAUDE

Lorsque j’ai dit : Je veux ! obéissez!

f Laure sort en pleurant.)

EUSTACHE, cntre-bâillant la porte arec un chapeau et un pardessus • sous le bras.

Je peux entrer, je crois, c’est la fin de la crise.

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