SCÈNE II
CLAUDE, seul.
Brave cœur, continue;
A toi de compléter ce que toi seul as fait;
Je ne t’ôtcrai point la douceur du bienfait.
Tu fus père à ma place, et c’est ta récompense D’avoir les premiers pleurs de leur reconnaissance I
(il se promène.)
Ah ! l’on respire ici ! — C’est là que je venais Pendant mes courts loisirs jadis chercher la paix !
J’y veux vivre à présent heureux et solitaire !
(il s’arrête.)
Pauvre piano ! depuis longtemps on t’a fait taire !
Tu chanteras enror!..
(il ra à son piano et parcourt les partitions.)
Mes cahiers de vingt ans !
Beethoven et Mozart, les amis du vieux temps,
Lorsque dans la r % nnsarde un peu mélancolique,
Le trente et un du ioois nous dînions de musique Avec mon cher René I — Comme je me souviens De ces jours disparus ! — Maîtres, je vous reviens !
Je vous ai délaissés, vieux maîtres! vieux génies I Mais mon àme est rouverte aux vastes symphonies !
(il feuillette toujours.)
Ce lied deRoselen! — lorsque je le chantais,
René ne disait mot... quant à moi, je pleurais.
Si j’essayais...
(il se met au piano et commence à jouer.)
Eli bien !..
(U recommence, s’arrête, et refait deux fois la même gamme,)
Ne plus comprendre ! — ô ragel Avoir pendant vingt ans poursuivi ce mirage De terminer un jour son rêve inachevé, —
Et voir qu’on ne sait plus ce que l’on a rêvé !..
— Recommençons 1 — Je sens le doute qui m’oppresse !..
(U joue quelques notes.)
Mais ce n’est pas cela !
(il se relère.)
— Du temps de ma jeunesse,
Lorsque mes doigts fiévreux couraient sur l’instrument, J’entendais dans mon cœur sourdre confusément Tout un monde de sons, bruire le murmure Sérieux et joyeux de la grande nature 1 Nids jaseurs que le vent berce dans le bouleau, —
Voix d’hommes au lointain, — clapotement de l'eau, —