SCÈNE IV
les mêmes, LAURE, EUSTACHE.
RENE, montrant Laure amenée par Eustache.
Eustache pense à tout.
CLAUDINE, allant s'agenouiller devant Laure qui la relève.
Chère mère !
LAURE, à Claude.
Pardonne!
Va, lorsque ton mépris tombait hier sur moi.
Comme je me sentais petite devant toi !
Claude, pardonne-moi ! Je reviens repentante;
Ordonne! désormais, je serai ta servante;
Car je veux savourer dans la soumission,
La sévère douceur de l’expiation !
Sois artiste, mon Claude.
CLAUDE
Encore une ironie!
Mais douce, cette fois! — Tu crois à mon génie,
Pauvre femme! tout juste au moment douloureux Où l’inspiration est remontée aux cieux!
« Voyez-vous, mon histoire est la commune histoire i
« Chacun est déclassé, chacun le croit; le croire,
« C’est souffrir tout autant que d’être détourné « Hors du chemin réel pour lequel on est né!
« Arrêtez le premier venu, — qu’on l’interroge:
« Le concierge accroupi dans le fond de sa loge « N’était pas né pour çal Peut-être aurait-il fait,
« 11 le pense, du moins, un notaire parfait;
« Le notaire aurait fait un soldat, si son père « Ne l’avait pas contraint de se faire notaire;
« Et le soldat, fuyant ce qu’on nomme lauriers,
« Aurait préféré vivre à l’ombre des pommiers.
« Toujours la courtisane, à travers un mirage,
« Dans le chalet classique où l’on bat le laitage, a Se voit, distribuant, chaste, simple, en sabots,
« Des tartines de beurre à de petits marmots! »
C’est le roman de tous! roman comique — et triste! Ajtisi, moi, je suis né musicien, artiste,
Et je ne comprends plus les mystères de l’art.
' J’ai le destin des rois tombés; il est trop tard !
LAURE
Claude!
CLAUDE, à Claudine.
N'en parlons plus. — Je comprendrai peut-être, Traduite par ta voix, la musique du maître!
Cela me suffira !
(A Laure.)
* Nous, gagnons de l’argent !
Pour qu’à nos petits-fils le sort soit indulgent,
Car c’est la grande loi qu’au sein des jours prospères, Les fils aient le profit des fatigues des pères.
Sans que jamais ceux-ci puissent être jaloux !
(Montrant Claudine et René.)
Bah! nos petits-enfants seront heureux pour nousl