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INTRODUCTION

Beaucoup d’études intéressantes ont été publiées sur l'Economie dirigée en faveur de l’agriculture dans les différents pays européens. L’Economie dirigée, comme on le sait, a pris parfois un développement considérable. Au Danemark, en Hollande, en Tchécoslovaquie, en Italie, en Allemagne, les producteurs agricoles sont, depuis quelques années soumis à des réglementations si sévères qu’en dépit des lois concernant quelques marchés le paysan français semble, par rapport à eux, conserver une réelle liberté.

Il n'existait pas d'étude semblable concernant la France, du moins d’étude générale ; aussi notre travail comble-t-il une lacune existant encore, bien que presque sept années se soient écoulées depuis la première mesure présentant véritablement les caractères d'Economie dirigée.

Nous aurions pu, comme cela vient immédiatement à l'esprit, prendre pour titre : « L’Economie dirigée et l'Agriculture française » ou quelque autre formule contenant le terme à la mode « d'Economie dirigée ». Nous ne l’avons point fait, car l'Etat français est intervenu assez peu dans l'Economie agricole par des mesures d'ensemble, mais par des mesures fragmentaires, touchant de sa sollicitude quelques branches seulement de l’activité. C’est ce que nous traduisons volontiers par

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une expression un peu hardie, mais significative : « L’Economie dirigée en pièces détachées ».

On parle de l'Economie dirigée, des interventions de l'Etat, dans les journaux, dans les discours politiques, dans les réunions publiques ; ce n’est pas une raison suffisante pour ne pas donner une définition de ce qui n’est souvent, pour beaucoup, qu’un vague sentiment.

Voici la définition que donnait M. Pirou: lors d’une Conférence à l’Institut national agronomique :

« L’Economie dirigée se situe à mi-chemin, en quelque sorte, entre l'Economie libre et l'Economie socialisée. Elle se distingue de l’une et de l’autre, mais elle emprunte des traits à l’une et à l’autre, et c’est dans la combinaison, dans l’amalgame de ces traïts, que réside l’originalité propre de l'Economie dirigée ».

En effet, disait-il : « l'Economie dirigée emprunte à la doctrine de l'Economie libre la notion de propriété privée. Elle n’entend pas transférer la propriété des entreprises, ni leur gestion, à l'Etat; mais elle retient de la doctrine de l'Economie socialisée l’idée de plan. Par conséquent, elle superpose aux activités individuelles et privées, qui subsistent, un cadre général voulu par les Pouvoirs publics, et elle espère qu’ainsi les activités privées et individuelles seront orientées par l'Etat, seront canalisées par l’autorité publique dans un sens conforme à l’intérêt général, et qu’elles n’auraiïent pas pris spontanément sans cette intervention ».

En France comme ailleurs, s’il n’y a plus que quelques théoriciens pour croire à l’harmonisation spontanée des activités individuelles avec l'intérêt social, si le libéralisme à la manière de Bastiat est en complet déclin,

1. Professeur à la Faculté de Droit de Paris. Conférences 1935, p. 22 et suiv. Librairie de l’Institut National Agronomique.

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