INTRODUCTION
les Français, et surtout le monde agricole, ont gardé subconsciemment la marque de ces idées ; car l’optimisme de l'Ecole française du XIX°® siècle a ceci de particulier qu'ilse double d’un pessimisme absolu quant à l'efficacité de tout ce qu’on appelle « les réformes sociales », aussi bien à l’égard des intitutions patronales que des interventions du législateur, soi-disant faites pour protéger les faibles. Pour cette Ecole, la liberté guérissait finalement les maux qu'elle semblait créer, tandis que l'intervention de l'Etat aggravait toujours les maux qu’elle semblait guérir.
Il faut reconnaître cependant que l’opinion a évolué assez largement. Les activités agricoles elles-mêmes commencent à sentir la nécessité de s’unir, et à adhérer aux groupements professionnels ; les résultats heureux de quelques accords interprofessionnels ne peuvent d’ailleurs que les encourager dans cette voie.
L'Economie de guerre, d’autre part, a été pour l'Etat une expérience de prise en main du mécanisme économique, et pour le public une première habitude à se plier au regard et au contrôle des Pouvoirs publics. L’un et l’autre ont constaté qu’il était possible de réaliser d’autorité un équilibre au lieu et place de l'équilibre qui se serait peut-être institué naturellement, mais qui était considéré comme inacceptable.
La guerre finie, on considéra que la liberté était préférable aux mesures d’autorité et de contrainte prises par nécessité. Puis vint la crise. Alors que le déséquilibre du temps de guerre venait d’une insuffisance de l'offre par rapport à la demande, et aurait entraîné, naturellement, une hausse énorme des prix, le déséquilibre de la crise est caractérisé par un excès de production, ayant pour conséquence la chute des cours.
Le jeu naturel des lois économiques fût considéré ici encore comme inacceptable, et l'Etat dût intervenir.
Nous remémorant constamment les enseignements de notre vénéré Maître, M. le Professeur Nogaro, ce sont ces interventions que nous nous proposons d'examiner, après avoir toutefois, dans une première partie, essayé de dégager par l’exposé de principes théoriques et généraux, l'ambiance de ces interventions.