‹ Le Marché Agricole Français Et Les Interventions De L'ÉtatChapitre 58 sur 83 · En quintaux · texte numérisé non relu

En quintaux

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La première transformation qu’il subit est l’égrenage. C’est un travail qui se fait soit à la main, soit à la machine ; il reste : 75% de lin égrené ; 12% de balles ou paillettes, 10% de graines dirigées vers la fabrication des huiles et des tourteaux ; 3% de déchets.

Puis le rouissage qui a pour but de séparer les fibres du reste de la feuille par la décomposition microbienne des substances reliant ces fibres au bois.

100 de lin égrené donne environ 75 de lin roui sec.

Enfin, le {eillage, qui sépare définitivement la fibre du bois. C’est un broyage mécanique, par conséquent qui casse le bois en laissant la fibre.

Le lin obtenu par les opérations précédentes, c’est-àdire roui et sec, donne : 65% de chènevotte ; 23% de filasse ; 13% d’étoupe.

L’A.G.P.L. indique que pendant l’année 1934-1935, la consommation française de nos filatures de lin a été d’environ 217.000 quintaux de filasse. Dans cette consommation, les lins français teillés en France ne représentent que 64.000 quintaux de filasse, soit 29% de la consommation ; le reste de notre production a dû être teillé à l'étranger, et les importations ont fourni le complément nécessaire.

Les utilisations du lin sont nombreuses et certaines seraient indispensables en cas de guerre.

Le lin avec le coton ou seul, est très employé pour du linge très fin, des toiles de toutes sortes, les cordages, la bonneterie, les velours.

Les toiles de lin servent en particulier à confectionner des toiles d’avion. A ce sujet, M. du Fretay, secrétaire de l’Association des producteurs de lin, notait, en 1934, que «la consommation du lin pour l'aviation n’est pas très im-

portante, parce que l’emploi des avions métalliques s’étend chaque jour ; cependant elle n’est pas négligeable ». Le lin, qui était appelé autrefois, « le roi des textiles » peut, par ses qualités, rivaliser avec d’autres produits cultivés à l'étranger, et en particulier avec le coton.

3° Commerce extérieur.

La statistique de Rome indique, comme nous l’avons vu, que la France a la quatrième place parmi les pays importateurs de graine de lin.

Mais la France importe aussi des quantités importantes de lin brut, teillé ou peigné, ainsi que des étoupes.

La statistique générale de la France donne le mouvement de ces importations dans le tableau suivant :

Importations de lin

(quantité en quintaux) 1933 1934

Lin brut 13.089 16.140 Lin teillé :

URSS: 152.480 105.403

Union belgo-luxembourgeoise 102.896 80.192

Lettonie 3.455 102

Pays divers 6.472 2.084 Lin peigné : : 36.864 13.257 Etoupes 126.157 87.231

Quantités totales importées 441 .413 304.409

Valeur des importations en francs 141.180.000 |85.355.000

La France exporte aussi une grande quantité de lin, mais surtout de lin brut, en majeure partie vers l’Union économique belgo-luxembourgoise, qui nous en retourne une partie sous forme de tissu, ou même simplement teillé.

1933 1934 Brut :

U.E. Belgo-luxembourgeoise 615.687 752 145 Autres pays 1.479 1329 Lin :

Teillé - 10.100 26.160 Peigné 221 1.687 Etoupe 11.944 20.089

On peut conclure des dates et des chiffres, que les statistiques nous offrent, que les vicissitudes de notre liniculture correspondent à l’activité ou à la dépression linicole de la Russie, avant-guerre comme actuellement. Une vue rapide des prix marque bien cette correspondance. Ainsi, en 1929, ce textile subit une baisse atteignant 60% parce que le Gouvernement des Soviets inonda l’Europe avec une production de 3.500.000 quintaux.

49 Les prix en France.

De 1886 à 1913, le quintal de filasse a valu entre 98 et 110, 50 francs-or. Les prix comparés avec 1913, en francs-papier, sont les suivants :

1913 552,35 francs-papier 1926 1.054,10 — 1927 1.164,38 —

Pendant l’année 1935, les cours du lin français, à la Bourse de Lille, ont été les suivants! :

Bergues 517 Bretagne 547

Les « Bergues » sont des lins du Nord ; les « Bretagne » ceux de l'Ouest de la France.

Notons en passant que l’on reproche à la cotation des lins français de ne pas distinguer plusieurs catégories, suivant les qualités.

(La Bourse du lin est la Bourse de Lille, qui cote les lins russes tous les mercredis).

La baisse considérable de 1929 est due aux exportations massives des Soviets.

11, Interventions de l’État

A. Pourquoi l'Etat est-il intervenu ?

La culture du lin a diminué des 3 /4 entre 1862 et 1912 ; depuis, elle reste dans un état stationnaire qui est loin d’être florissant. Depuis 1931, pourtant, les emblavures progressent et le lin reprend une place meilleure.

Indépendamment des événements qui ont été néfastes à la culture du lin, tels que la régression de la marine à voile et la politique libérale de 1860, qui a supprimé le droit de douane protecteur, la crise chronique du lin tient à plusieurs causes, dont nous essayerons de signaler les plus importantes

19 Notre main-d'œuvre est chère, comparée à celle de la Russie, qui bénéficie déjà de terres très favorables à

1. Chiffres de l’Association générale des producteurs de lin.

la culture du lin. Dans ces conditions, avec une maind'œuvre très peu rémunérée, la Russie obtient des prix de vente sur le marché mondial, qui empêchent toute concurrence.

Le travail du lin avant la filature nécessite une série de manipulations spéciales ; il faut pour cela des ouvriers et ouvrières connaissant ce métier et ne demandant pas de salaires élevés.

La culture même du lin demande aussi beaucoup de main-d'œuvre, car le lin est une plante exigeante et difficile. Un proverbe dit : « Le lin fait trembler sept fois son maître entre les semailles et la récolte ». Il lui

faut des soins comparables à ceux qu’exige la betterave à sucre.

20 Les débouchés de la culture se sont peu à peu rétrécis en France, par la disparition des industries annexes : rouissage, teillage. C’est en Belgique que se fait en grande partie le travail du lin brut français. De 1901 à 1934, les lins bruts allant en Belgique ont quintuplé de volume (1.000.000 de quintaux actuellement).

L'Etat voyant les difficultés de la culture du lin, s’est résolu à faire un effort en sa faveur, et ceci pour quelques raisons principales :

19 Eviter la disparition des industries du lin. — Le maintien de nos industries de transformation ne peut être assuré que par celui d’une liniculture nationale. Les usines de rouissage, de teillage, de filature et de tissage fournissent un salaire à plus de 50.000 ouvriers, qui vivent du lin et qui n’ont pas été en chômage grâce à la loi.

20 Défense nationale. — Notre défense nationale exige l'indépendance des fournitures étrangères, surtout pour

le lin, car l’'U.R.S.S. est lointaine et la Belgique n’est pas à l’abri d’une invasion.

Les utilisations pour les masques à gaz, pour la bourre des explosifs (étoupe), pour les toiles d'emballage, intéressent directement la défense nationale; d’ailleurs d’autres pays européens (Italie, Allemagne) nous ont devancés dans cette Voie. Ù

3° Eviter la surproduction des céréales par la polyculture. — Dans l'hypothèse d’un marché intérieur rigoureusement fer mé, les chiffres indiquent que la France ne produit que 70% et ne teille que 29 % de ses besoins en lin. La même hypothèse appliquée aux céréales montre que (momentanément sans doute) il y a surproduction.

Un hectare de blé nécessite une dépense de 2.300 fr. à 3.200 fr. ; le produit au cours mondial ne vaut que 1.000 à 1.500 fr. Un hectare de lin a un prix de revient de 1.500 fr. à 2.500 fr., et la récolte vaut au cours mondial de 2.000 à 3.200 fr.

La protection du lin est donc avantageuse, si elle permet aux cultivateurs de substituer en partie du lin aux céréales.

B. Comment l'Etat est intervenu.

Les moyens possibles de défense contreles linsétrangers étaient les droits de douane et la prime à la culture. Le droit de douane présentait pour le lin de grandes difficultés d’application : les textiles sont interdépendants, et il eût fallu les protéger tous, sinon c'était condamner le textile « protégé » au profit des autres.

Le droit de douane est aussi moins souple; il faut qu'il soit élevé pour être efficace. En 1931, dans le réseau des accords internationaux et du «troc international»,

la protection du lin par des droits de douane aurait présenté d’extrêmes difficultés.

a) Législation.

En fait, la protection de notre liniculture ne s'exerce que par l’existence de primes compensatrices, en l’absence de toute protection douanière.

Les primes instaurées par la loi de 1892 portaient sur le nombre d’hectares emblavés ; la prime ne devait pas dépasser 60 fr. par hectare. Un crédit de 2.500.000 fr. par an fut voté pour une durée initiale de six années, mais renouvelé par la suite.

Les primes faibles n’augmentèrent pas les surfaces cultivées, mais évitèrent la disparition de la culture du lin en France. Ce régime dura jusqu’en 1922, année à partir de laquelle il fut abandonné et le lin fut laissé sans soutien. Jusqu'en 1929, la culture du lin ne subit pas de difficultés trop grandes, grâce aux cours astronomiques des prix agricoles français en franc-papier.

Mais en 1929, le lin russe s’abattit sur l’Europe, créant une crise mortelle pour le lin français, qui n’avait aucun moyen de se protéger. L’U.R.S.S., en effet, essaya, pour reprendre les débouchés européens, un véritable dumping, en répandant sur le marché les stocks accumulés de 2 ou 3 années. Les surfaces cultivées tombèrent en France à 9.000 hectares, en 1931.

Le 4 juillet 1931, pour remédier à la crise qui atteignait la culture du lin, le Parlement vota une loi portant création d’un système d'encouragement à la culture du lin, pour une durée de 6 années, et qui prévoyait une dotation budgétaire de 60 millions de francs. Les décrets du 30 août 1931, du 1® juin 1932 et du 19 avril 1934, précisèrent les conditions d'application de cette loi.

Les primes sont attribuées non plus à l’hectare, pour éviter qu’elles soient accordées à des cultures sans valeur, mais à des matières utilisables pour les industries de transformations de rouissage, teillage. Bref, la prime est calculée par kilogramme de filasse d’origine et de provenance française, vendue ou exportée. En cas d'exportation, la prime réservée aux producteurs n’excède pas les deux tiers de la prime allouée aux lins teillés à l’intérieur du territoire.

b. Mode d'attribution de la prime.

On pourrait appliquer au mode employé pour attribuer les primes, le terme de « décentralisation ».

Les liniculteurs ou teilleurs qui désirent bénéficier de la prime doivent produire un dossier de demande, comprenant un certain nombre de pièces, dont la nomenclature et la forme sont fixées par les décrets d’application précités (30 août 1931, 1® juin 1932 et 19 avril 1934).

Ce dossier est envoyé aux syndicats agricoles, lesquels les transmettent à l’un des deux groupements professionnels agréés par le Ministère de l’Agriculture, pour les centraliser, effectuer une première vérification et préparer les bordereaux de liquidation.

Ces deux organismes sont :

19 Le Bureau central des liniculteurs et des teilleurs de France (8, rue du Cardinal Mercier, Paris). — C’est le centre le plus important : il groupe plus des 3 /4 des dos- Siers.

(L'Association générale des producteurs de lin se trouve à la même adresse).

20 La Société des Liniculteurs du Nord (15, rue des Vieux murs, à Lille). — Ce bureau reçoit les autres dossiers (soit 10 à 15% de l’ensemble).

Le but cherché en admettant deux syndicats distincts est d'éviter que la politique n’entrave le bon fonctionnement d’un syndicat unique, par lequel tous les intéressés seraient obligés de passer.

Ces deux syndicats transmettent les dossiers au Ministère de l’Agriculture, qui, de ce fait, emploie très peu de personnel, puisqu'il ne s’y fait qu’une seconde vérification des pièces et la mise en marche de la procédure de paiement. L'Etat paie lui-même les primes par l’intermédiaire des Trésoriers payeurs généraux, receveurs particuliers des Finances et percepteurs.

La principale fraude possible consiste à toucher la prime pour du lin importé. Tous les industriels signent une pièce incluse dans leur dossier, indiquant qu’ils n’ont pas importé de lin depuis le 15 juin. ; sinon l’article 9 du décret du 30 août oblige l’importateur à justifier, dans un délai de six mois, de la vente sans primes à la filature ou au négoce d’une quantité équivalente de filasse.

Les lins importés sont facilement reconnaissables par les praticiens, car ce sont généralement des lins « rouis Lys»1; les filatures, les négociants et les réceptionnaires peuvent signaler la fraude.

De plus, le passage à la douane nécessite un certificat du pays exportateur. Les importations passant presque toutes par Lille, un contrôleur du ministère se trouve dans la région du Nord; il connaît les importations et peut suivre la marchandise : il arrive aïnsi à déceler les fraudes.

La loi du 4 juillet a prévu la prime au lin produit et teillé en France. Mais, à titre transitoire, jusqu’au moment où le teillage français serait suffisamment dével-

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