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III. L'Économie dirigée et le Socialisme

Aujourd’hui, les socialistes, peu nombreux en agriculture, acceptent les interventions de l'Etat, ne les considérant que comme des demi-mesures. Elles ne seraient qu'un pis-aller, puisque les socialistes ont un programme agricole quisuppose réalisée une transformation du régime de la propriété.

On peut, en effet, parler de transformation et non d’abolition depuis le Congrès du parti socialiste à Limoges, puisqu'il a adopté à l’unanimité le manifeste « aux travailleurs de la terre » qui contient cette déclaration :

« Le socialisme ne menace pas la petite propriété exploitée par le paysan avec sa famille; il vient au contraire la défendre … ».

Il convient de voir ce qu’il faut retenir de cette assertion.

Le socialisme aurait-il renoncé à lui-même ? en aucune façon ; il ne fait que rester fidèle à sa tradition électorale,

qui consiste à proclamer l'inverse de sa doctrine pour s’attirer les suffrages de la masse agricole.

La tactique consiste à «rassurer » le petit propriétaire rural et à le gagner en le solidarisant avec ses mécontentements.

Les socialistes se réclament, sans doute, de l'autorité de Karl Marx, pour le maintien de la petite propriété ; mais ce n’est qu’en donnant à ses pensées une fausse interprétation. Si le théoricien du collectivisme la considérait comme superflue, c’est parce qu’il pensait que le capitalisme aurait d'ores et déjà réalisé sa destruction. « Nous n'avons que faire de l’abolir, dit-il, le régime de l’industrie l’a abolie ou est en train de l’abolir ».

Il est vrai que les socialistes sont apparemment divisés : les orthodoxes préconisant l’abolition immédiate de la petite propriété, les plus modérés soutenant qu'elle se fondrait d’elle-même dans la propriété collective.

« Le prolétariat paysan, disait Lénine, doit, au lieu de recevoir des lots, obtenir l’exploitation de grands domaines, qu’il travaillera, et gérera en coopératives. Voilà la doctrine ».

On peut distinguer, parmi les interventions de tout Etat sur son Economie nationale, des mesures très différentes : celles qui, maintenant le régime juridique en vigueur, ne visent qu’à remédier à la situation présente ; et celles qui, au contraire, transformant radicalement ce régime juridique, prétendent empêcher le retour de nouvelles crises. Celles-ci sont des mesures socialistes ; celles-[à simplement socialisantes.

Les mesures d’intervention inspirées par l'Economie dirigée, qui ont été prises au profit des diverses branches de la vie économique, sont des mesures socialisantes.

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On peut très bien les opposer à celles qui sont inscrites dans tout programme socialiste. Sans doute les premières font-elles jouer à l'Etat un rôle de providence, mais, néanmoins, elles ne sont pas des mesures socialistes.

D'un point de vue socialiste pur, il faut condamner les mesures socialisantes. En effet, en les prenant à l'exclusion des autres, l'Etat s’achemine peu à peu vers le socialisme sans jamais devoir l’atteindre. Des interventions multiples, croisées, dissimuleront les faiblesses du capitalisme, les erreurs des libéraux, et assureront sa survivance. Elles affaibliront les socialistes en retirant de la force à leurs arguments. « Tout ce qu’on donne à la réforme, a-t-on dit, on l’ôte à la révolution ».

Déjà, au début de la crise, les milieux socialistes condamnaient « la stupide politique de déflation » qui empêche la revalorisation des produits. Plus tard, ils faisaient le procès des lois sur le blé et le vin, profitant disaient-ils, seulement aux gros producteurs.

En fait l'Economie dirigée diffère du socialisme, car celui-ci se réaliserait par la généralisation à tous les produits du monopole et des offices.

Quant à la doctrine, l'Economie dirigée présente avec le socialisme une différence essentielle, puisqu'elle sauvegarde, en principe, la propriété privée des entreprises et des capitaux.

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