‹ Le marché; comédie en trois actesChapitre 54 sur 56 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Tenez, voulez-vous que je vous prouve que je n'ignore rien : vous êtes, comme on dit, dans le pétrin... jusqu'au cou! D'ici dix jours...

GERMAINE

Mais, Monsieur, vous n'avez pas le droit vraiment...

FOROU

Croyez-vous que c'est pour remuer votre chagrin, que je vous rappelle ça?... Non pas! Mais comme demain si vous me faites un signe, je serai parti et que vous ne me reverrez jamais, vous pouvez bien me laisser déballer tout mon paquet une bonne fois!... C'est peut-être notre dernière conversation!... Eh bien! permettez-moi d'être franc et soyez franche aussi !... Au lieu d'être furieuse après moi, vous devriez sentir combien il fallait que je vous aie dans le cœur et dans le sang pour tout épier, pour tout découvrir !...

GERMAINE, énervée.

Puisque j'ai consenti à vous écouter, obligez-moi en vous exprimant autrement que par énigmes 1

FOROU

Ah ! Vous ne saisissez pas !... J'étais plus clairvoyant que vous, moi !... Y a des jours où je le regrettais, par exemple !... Y a des jours où je médisais: Y a pas de bon sens à se laisser tourner les sangs comme ça!... Mais rien n'y faisait!... Quand la nuit venue, je repassais la journée, des fois il me fallait tirer ma couverture par-dessus mes yeux, pour qu'on entende pas mes cris de bête blessée !... J'arrachais les draps avec mes dents ou je me fourrais le nez dans l'oreiller pour pleurer, comme au temps où j'étais gosse et que j'avais gros cœur... Et ce n'est que quand j'avais pleuré toutes les larmes de mon corps, que je finissais par m'endnrmir de chagrin !... Mais c'est tout de même triste à des moments, quand on a quson traversin à qui se confier!... Vous me trouvez idiot, n'est-ce pas?

GERMAINE

Je ne trouve jamais ridicule un être qui souffre.

FOROU

Seulement, ça vous est bien indifférent!... Vous en aimez un autre!... Alors, quand on aime, on se fiche de tout le reste!... Si des gens venaient me conter leurs peines d'amour, c'que j'ies enverrais ballader!...

GERMAINE

Je serais très heureuse de vous apporter un peu de calme, monsieur Forou... Mais vous voilà bien loin du conseil que vous veniez chercher...

FOROU

Vous avez raison... J'suis là, j'trottine sur place, au lieu de rendre la main et de prendre un bon temps de galop, pour en finir une fois pour toutes... Madame, j'ai une proposition à vous faire. Laissez-moi aller jusqu'au bout sans m'interrompre... Vous êtes prévenue et vous ne verrez pas d'offense dans ce que je dirai... Si vous refusez, demain je file !... C'est entendu, ça !... Vous qui êtes fine comme l'ambre, vous devez sentir que j'suis pas marchand de boniments et que j'tiendrai ma parole... Je me suis informé, rapport à vos affaires... J'sais ce qui vous manque et j'sais pour quand il vous le faut... Si j'étais un saint, je vous dirais : « Puisez dans mon bien, et quand vous y aurez puisé la tranquillité et le bonheur, moi je me tirerai des pieds et vous n'entendrez plus parler de moi!... » Mais voilà, j'suis pas un saint!

GERMAINE

En vérité, je ne vous ai jamais rien demandé...

FOROU

Encore une fois, Madame, je vous supplie de tout écouter!... Après, vous pourrez me chasser de votre maison et de votre vie... A faire ce sacrifice que j'vous disais, j'y ai pensé !... J'y ai pensé beaucoup et longtemps !... Mais vrai, vous aider à vivre heureuse avec un autre, qui sera heureux par vous, pendant que moi j'crèverai de douleur dans mon coin, y a pas à dire, c'est au-dessus de mes

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