ACTE 111, SCÈNE IV
forces!... J'suis pas un saint!... Voyez-vous, je vous ai aimée, moi, bien avant de vous connaître !... Quand j'étais tout jeune et que je vivais chez mon père qui était aubeririste dans un petit pays perdu, une fois, il est descendu à la maison deux ou trois voyageuses de Paris... Probable, qu'si j'ies revoyais maintenant, elle ne me paraîtraient pas bien belles, ni bien séduisantes, mais dans ce temps-là je pensais qu'il ne pouvait rien y avoir au monde de plus merveilleux, même dans les livres de gravures!... Leur parfum, dont on avait plein les narines, leurs toilettes bien serrées à la taille, avec des jupes qui faisaient du frou-frou quand elles marchaient, leurs rires clairs qui ne sonnaient pas comme les gros rires du village... tout ça m'avait comme saoulé!... Dans ma cervelle dejgosse, il est resté une image, qui ne devait pas avoir beaucoup de ressemblance avec leur image à elles... Et peu à peu quand je me suis mis à rêver des femmes, c'est à cette vision de mon jeune temps qu'allait mon désir, comme à quelque chose de si joli, qu'y a pas mèche de le rencontrer !... Alors, figurez-vous ce que j'ai ressenti, quand je me suis trouvé en face de vous pour,. la première fois et qu'il m'a semblé que c'était mon rêve de] trente années qui se levait tout à coup, là, devant moi, en chair et en os!... Vousdevez comprendre que quand y a trente ans qu'on court après une femme et qu'on la trouve onûn, on a pas envie de la lâcher!... Aussijjliens pas à mon château, j'tiens pasjà mon parc, j'tiens pas à mes chasses, j'tiens pas à mes chevaux,j'tiens pas à mon argent... je ne tiens qu'à vous !... S'il ne m'était pas resté un espoir d'arriver jusqu'à vous, y a belle lurette que je me serais collé une balle dans la peau!... Seulement, j'ai jamais désespéré tout à fait... Je pensais : elle est jeune, elle est belle, elle aime... j'étais presque content de vous savoir amoureuse, parce que comme ça j'étais sûr [que vousjteniez à la vie,ià une vie calme, »à une vie luxueuse... Et ça, j'avais d'quoi vous le donner!... Je vous l'offre. Si vous acceptez, vous aurez seulement besoin de raconter les histoires qu'il faut pour que tout paraisse vraiseniblable !... J'suis pas inquiet pour ça!... Vous trouverez bien le joint pour qu'on s'doute de rien et que tout le monde soit contint.... Vous voyez, moi, je vous propose tout ça, sans phra.ses...* Pardonnez-moi !... Ça doit vous changer... Mais rappelez-vous qu'avec les autres, c'est tout
ce qui vous est resté, les phrases, et que même ils ont demandé quelque chose en échange!... Tandis que moi je vous demande seulement un peu d'espoir... II me faut ça voyez-vous! au moins ça!... Cet espoir-là, c'est ma part de bonheur.., Je ne vois rien au delà... Je vous veux, qu'j'en suis malade!... J'vous désire à toutes les minutes... Je vous désire à en avoir la bouche sèche rien qu'en pensant à vous !... J'ai si envie de vous, que quand je ferme les yeux, je vous appelle malgré moi et qu'il me semble que mes tempes vont éclater!... Mais j'ai confiance en votre parole. Vous la tiendrez quand vous voudrez... J'attendrai ce qu'il faudra !... Ecoutez-moi. J'ai connu aussi des temps où je me faisais une bile d'encre en songeant à une échéance!... Moi aussi j'ai frisé la faillite!... Je devine tout le mauvais sang que vous avez dû vous faire, depuis quelques mois... Je me doute que pendant que je passais des nuits de fou en pensant à vous, vous, pauvre petite, vous pensiez à cette misère qui se penchait sur vous, tout près, qui vous soufflait dans la figure !... Eh bien ! si dans un moment pareil, on m'avait montré un miracle... que mes billets étaient tout à coup payés, que j'avais de l'argent devant moi, il m'aurait semblé que c'était bougrement bon!... Songez que vous pouvez vous reposer ce soir, pour la première fois depuis si longtemps, sans aucune inquiétude et que si vous vous éveillez dans une suée de peur, ce sera pour vous rendormir, en souriant comme une gamine!.. . Que demain matin vous pourrez vouslever, sans ces sacrés soucis, et regarder le beau soleil, la belle campagne en riant de tout votre petit cœur et de tous vos jolis yeux ! . . . Allons! ça vaut bien quelque chose ça! Faites-moi comprendre que ça y est... que j'ai votre parole... et le miracle va s'accomplir !... Non, non, non! ne me répondez pas encore!... J'ai pas encore fini... Je comprends que vous ne puissiez pas vous accoutumer tout de suite à cette idée!... Je vous le répète, prenez votre temps !... Pour moi, l'important c'est de ne plus souffrir comme ces temps passés... Voyez-vous ce calvaire-là, ça ne se recommence pas!... J'sais bien que jamais vous n'aurez rien pour moi... J'en ai fait mon deuil, y a longtemps!... Au fond, ce sera un pauvre petit bonheur que le mien. Mais il me suffit!... Tout ce que je voudrais, c'est vous rendre moins odieux ce que je vous demande et qui est toute ma vie à moi !... Vous