SCENE II
ÉLÉONORE, M»* HÉBERT
M llr UÉBKRT.
Eh bien ! où courez-vous donc ainsi, ma chère Eléonore ?
ÉLKONOHE.
Mais c’est l'heure do notre promenade. .. A quoi pensez-vous, ma bonne amie? vous n’êtes pas prête? N’avez-vous pas entendu le signal de M* Donatien?
1 Si... mais quittez votre manlelet, mon enfant,
T j’ai à vous parler.
MAGASIN THEATRAL
ELÉONORE
Oh! plus tard .. en chemin... quand vous voudrez
H 11 * TIÉBERT
A l’instant.
eléonore.
Songez donc...
M ,lf! HÉBERT.
Je songe qu'il faut que vous m'écoutiez.
ELÉONORE
Parlez vite alors.
■ Ile HÉBERT.
Et si je vous demandais de renoncer à cette promenade ?
ÉLÉONORE
Oh ! je refuserais!
Si je vous le demandais comme une preuve de votre amitié pour moi?
• ÉLÉONORE
Mais quel motif... pourquoi... lorsque nous avons promis... lorsque j’ai 11 lut apprendre une bonne nouvelle?... car vous ne savez pas... nous restons encore ici quinze jours... un mois peut être; cela est sûr, mon tuteur vient de me l’écrire.
M n « HÉBEET.
C’est justement ce qui me fait insister. Maintenant que notre séjour va se prolonger... il est impossible que je ne vous ouvre pas les yeux sur des dangers... il faut cesser de voir M. Donatien!
ÉLÉONORE
Cesser de le voir, lui que le ciel semble avoir placé dans ces montagnes pour nous protéger I... Mais vous ne vous rappelez donc rien? depuis que je le connais, n’est-cc pas sur lui que doivent sc reporter tous mes sentimens de reconnaissance?... Ne s'est-il pas jeté au milieu des flammes pour me conserver ma fortune? Bien plus, dans cette nuit affreuse où Palême m'avait enlevée, n’est-ce pas lui qui est venu me défendre, me sauver?. .
M lu HÉBERT, à part.
Pauvre enfant, comme elle l'aime!
ÉLÉONORE
Et cet homme, qui a tant fait pour moi, qui nous prodigue tous les jours ses soins, ses prévenances, n’a seulement pas été invité à passer le seuil de cette habitation ; il est obligé d’attendre au loin que nous daignions avoir besoin de lui. Et comme si c’était encore la une trop grande faveur, vous me proposez de l’en priver 1 Ah! c’est mal... bien mal... vous, si juste autrefois.
M ,,e HÉBERT-
Eh! mon enfant, plus que jamais je trouve les .préjugés que l’on a ici absurdes, ‘ cruels, mais , ie vous l’avoue, je me reproche de vous avoir ouvert les yeux... puisque je n'avais pas le pouvoir de les ouvrir en même temps à ceux qui vous entourent, ne devais-je pas comprendre le mglhaur da vous mettre en opposition avec tout le
monde?... Songez donc à la position de tien... à la vôtre! Vous , l'héritière, la nièce M de Kerbran, que dirait-on, que penserait on, si l'on savait que vous voyez chaque jour comme un égal... comme un ami, celui que tous ces orgueilleux colons n’esliinent guère plus, malgré ses nobles qualités, que le dernier de vos esclaves?. .. Ah ! je n’ose prévoir. .. si M. de la Rebellère apprenait jamais...
ÉLÉONORE
Eh! que m’importe? dans quelques jours, ne serai-je pas majeure? ne serai-je pas libre?
m ,! * HÉBERT.
Et si Donatien cessait de l’être ?... si sa vie même était menacée?...
éléonori.
Grand Dieu ! qui, moi, je serais cause t...
■ Ito HÉBERT.
Donatien n’est qu’un épave, il vous l'a dit. sans titre de liberté encore, jugez de tout le parti que le ressentiment de M. de la Rebcliére, tout puissant ici, pourrait tirer de cette Situation... Donatien serait perdu!
* ÉLÉONORI.
Ah ! j’aime mieux renoncer... j’aime mieux vous jurer... mais avant je veux le voir encore une fois... une seule fois.
Mais cette dernière fois peut le perdre...
ÉLÉONORE
Oh! non, car ce sera ici, en votre présence, où il viendra en secret, tout-à-l’beure, conduit par vous.
Quoi ! vous voulez ?
ÉLÉONORE
Oh! ne me parlez pas d’obstacles... il n’y en a pas... il ne peut y en avoir... ne me refusez pas. Jamais, sans cela, je n'aurais le courage... oui 11 faut qu’il sache bien que je ne suis pas ingrate, que je braverais tout s’il ne s’agissait que de moi ! que c’est pour lui, pour lui seul...* Allez, ma bonne amie, allez... je n’espère qu’en vous.
M ,le I1KBKRT.
Eb bient j’y consens; mais j’ai votre parole., c’est la dernière fois? n’oubliez pas de le la dire.
Elle sort.