‹ Le marche de SaintPierre melodrame en cinq actesChapitre 38 sur 52 · SCENE U · texte numérisé non relu

SCENE U

Les Mêmes. LA REBELIÉRE.

Pétulant IrsMernicre* phrase* de la acène précédente, .1 porte du hangar s'eat ouverte, an hommr qui en nt *orti rapidement et a traversé le jardin ae prêtent* dans l’appartement, jette sa cravache et ton chapeau,** dit d'tin air joyeux et empresse.

LA REBELIÉRE.

Me voilât (A Fémi.) Laisse -nous.

LE MARCHÉ DE SAINT-PIERRE

éléonore, te retournant vivement. •

Bon Dieu ! qu'liez-vous donc devenu? Comme vous n’aviez pas dit où vous alliez, nous faisions mille conjectures sur \otre absence.

LA REBELifeRB, avec an sourire étrange.

Vraiment ! vous aviez la bonté de vous occuper de moi? Eh bien, moi aussi, je me suis occupé de vous.

Us deux femmes, étOMés* de l'accent qu’il met à ces paroles, »c regardent.

ELEONORE, à part.

Que veut-il dire?

LA REBELifeRB, continuant.

En ma qualité de chef de la paroisse, je viens

de commander uneexpédition qui aura, je l'espère, |

de Brandi résultats pour la tranquillité de la co- 4 Ionie.

ÉLÉONORE

Au nom du ciel, monsieur î ne parlons pas de cela II « agit sans doute de quelque épouvantable supplice? ces récits me font mal, vous le savez. la RRBKLifeRE, froidement.

Oh! oui, je sais que vous Mes devenue très-facile à émouvoir .depuis... mais celle fois il n y a rien qui puisse froisser la sensibilité de votre cœur. Il n’est question si de potence ni de bûcher. 11 . s’agissait de s’emparer de quelques misérables qui vaguaient sans maîtres, et pouvaient faire de grands dommages sur les possessions voisines. * Cela m’intéressait surtout à cause de votre habita- j tion aux Eaux -Chaudes. Puisque vous y plai- ( sez tant, ma chère pupille... {avec une intention j marquée ) j’ai pris à cœur que vous puissiez y aller on toute sûreté, et sans crainte de mauvaise rencontre. Il fallait pour cela vous délivrer d’un voisinage dangereux. L’habitation d’Enambuc était le repaire des nègres marrons, des épaves de tout le quartier des Carbets.

ELÉONORE, à part.

Ah! mon Dieu!

Elle porte son inçucUoir i sa figure pour cacher sa pâleur.

LA REBELifeRB, froidement, aprét avoir regardé Eléonore.

Il fallait en finir avec ces gens-la.

M n * IIKBEIIT •

Qu’esl-il donc arrivé? pendant tout le temps que nous avons passé aux EÆux-Chaudes, tout était tranquille aux environs, et les gens de l’habitation d’Enambuc semblaient vivre fort paisible- j ment.

* LA REBELifeRB.

Jusqu’à l’occasion favorable. Mais nous avons prévenu tous les malheurs. Le gouverneur s’est ! entendu avec moi pour réduire ces misérables, et tout a été terminé heureusement. C’est là le sujet de mon absence. Les choses se sont passées légalement; cinquante miliciens tnc suivaient pour au besoin me prêter main-forte. Nous avions appris ! qu’il y avait sur l’habiuiion une douzaine de : nègres et un mulâtre qui parait être, non pasteur \

maître, mais leur chef. Vous savex, ma chère Éléonore, il s’appelle Donatien.

éléonore, te contenant à peine.

Mon Dieu ! ayez pitié de noast

M lle iiébkrt, d'une voix à peine articulée.

Après ! après !

LAREBELlfeRB.

Ah! c’est toute une histoire. La campagne n’a pas été longue; mais elle a été conduite vivement, je m’en (latte : nous sommes arrivés aux Eaux- Chaudes hier d’assez bonne heure encore, à l’improviste, et le soir nous avons attaqué la place; assisté d'un notaire et d’un avoué, j’ai heurté à la portç, en commandant d’ouvrir au nom du roi et de la loi. Aussitôt, le mulâtre s'est présenté luimême, suivi de ses nègres, et je lui ai fait lire à haute voix l’ordre du gouverneur et la sentence de la sénéchaussée. Ensuite, j'ai commandé a rnes gens d’appréhender au corps tous les individus présens : ils ont fait résistance. Alors le combat a commencé Cl nous avons lâché des coups de fusil. Les nègres se sont rendus; mais le mulâtre se défendait avec une fureur désespérée. J'ai cru que nous ne l’aurions pas vivant.

M ll ° iiébert , anéantie.

Infortuné jeune homme !

LA RBBELlfcRE.

Enfin, on l’a saisi et garrotté.

éléonore.

Mais ce Donatien n’appartient à personnne, monsieur. Quel droit avez-vous sur lui?

LA REBELifeRB.

Quel droit ! le droit de lui demander ce qu’il est, ses titres de liberté, et, puisqu’il n'én a point, de le déclarer épave et de le faire vendre. Telle est la loi ! le code noir est précis/ Comprenez-vous à présent?

éléonore, baissant la tête.

Et ne rien pouvoir pour lui!... rien!

LA REBELifeRB.

Demain dimanche, à l’issue de la messe , cet homme sera vendu à l'encan devant l’église de Saint-Pierre ; il appartiendra au plus offrant et dernier enchérisseur.

Ki.ÉnNORB, à elle-même.

Vendu! ( A la Hebelit rc. ) En attendant... où est-il ?

LA RBBELlfeRE.

Il est ici. C’est un homme hardi, capable de tout... je ne me fierais pas aux gens de la geôle pour un tel bandit!

éléonore, a part.

Comme il le traite, l'infime !

M l,e Hébert, de même.

Contenez-vous.

La REBELifeRB-

Pendant le trajet des Eaux-Chaudesici, j’ji cru que ce misérable mettrait fin à ses jours. Il essayait de se jeter à bas du cheval sur lequel on l’avait lié... il est horriblement meurtri.

éléonore. n elle-même ,

La force m’abandonne.

MAGASIN THEATRAL

LA BBtVMfcni-:.

Ces gens-là n’ont aucune crainte de Dieu ni de l’autre vie; ils sont capables de tout... même de se tuer.

M ,,e BÉRERT , indignée.

La crainte de Dieu ! mais si vous Véprouvles, monsieur, permettez-mol de le dire, vous seriez plus humain pour ce malheureux.

LA REBELlfeRB.

Voilà encore vos préjugés de France! tous auriez dû les perdre depuis votre séjour en ce pays, et mieux comprendre la supériorité de notre race. Éléonore, malgré tout ce que vous avez pu lui mettre en tête, a des idées plus justes que les vôtres; n’est-ce pas, mon amour?

ÉLÉONOBB.

Pardon, monsieur... je ne sais... je n’étais pas à la conversation.

LA RBBBLftRR.

Seriez-vous indisposée?

ÉLÉONORE

Oui, depuis ce matin... j’ai une migraine affreuse.

LA REBELlfeRB.

Moi, c’est tout le contraire, je me suis levé d’une humeur charmante, et toute la journée s’en est ressentie; j’ai «lissé en route, avec le capitaine de la milice, et je me sens d’une gaîté... éléonore, à part.

De tigre qui joue avec sa proie.

LA rebeliêre, prenant la main d'Eléonore .

Oui... votre main est brûlante. (A Hé— bert.) Elle a le genre nerveux très-délicat. ( A Eléonore.) FJ puis, vous ne prenez pas, je crois, assez d'exercice... de distraction. Tenez, je vous emmènerai à Saint-Pierre, cela vous promènera ; nous nous reposerons jusqu’à minuit, c'est l’heure de partir, si nous voulons profiter de la fraîcheur. Vous vous recoucherez en arrivant à Saint-Pierre, et vous dormirez, si cela vous plaît, jusqu’à midi; après quoi, nous assisterons ensemble à la vente de ces épaves, j'en achèterai quelques-uns, et d’abord ce Donatien... je suis sûr qu’il me coûtera au moins douze cents livres, et le coquin n’en vaut pas la moitié, car il faudra frapper fort et long-temps pour l’habituer au travail; mais n’importe.

kléonorb.

Oht non, monsieur, vous ne ferez pas cela...

vous savez hien que cet homme ne peut pas. . ne doit pas être esclave.

la rebeliére.

Je n'ai qu'un mot à vous répondre, mademoiselle, pesez- le bien: cet homme m'a menacé, insulté, et j’ai, juré qu’il mourrait sous le fouet du commandeur.

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