SCENE III
Les MtHES, LA REBELIÈRE, LA CAPRESSE.
La Rebeliére sort de la roaiaoo.
l'hcissibr, l’apercevant.
Place! place à M. de la Rebeliére. { La foule s’écarte pour les laisser passer; ù ses noirs : ) Apportez donc un siège. ( Les noirs placent un fauteuil prés de la table. ) Si son excellence veut le permettre, on va commencer.
LA REBELIÉRE.
Certainement, certainement.
l'huissier, faisant monter un vieux nègre sur le tréteau.
Voyons, viens là, patriarche de la bande, nous allons commencer par tpi. ( Elevant lu voix.) A cent cinquante francs le noir.
uni voix.
Deux cents.
l’huissirr.
A deux cents.
uni autre voix.
Trois cents.
l’bussisr.
A trois cents livres, messieurs.
LYnchère continue.
LA rebeliére, qui pendant ce temps s'est levé ,
s’est approché du banc où sont les autres esclaves
et les a passés en revue, arrivant devant Donatien.
Lève-toi, que je le voie un peu marcher.
DwdalirU u»lr iRinhlliilt'.
l’bksikb.
A trois cents livres...
LA rebeliére, à Donatien.
Ne m'entends-tu pas?
l’buissier.
A trois cents... une fois... deux fois... adjugé, la rebeliérk, de mime.
Je te dis de te lever, si lu ne veux pas apprendre ce que c’est qu’une lanière neuve au bout d'un bambou.
Donatien , la voix tremblante de colire.
Voilà une lâche et cruelle menace, monsieur; il faut que vous soyez bien sûr de l'impunité, pour oser me la faire 1
LA REBBLIÉRB.
Tais-loi, et considère la bassesse et l’infamie de ta position devant l'homme auquel, dans quelques minutes peut-être, tu vas appartenir comme esi clave.
paléme, àyart.
Oh! oh t oh! ça n’est pas fait.
LA REBBLIÉRB.
Comme esclave 1 entends-tu ?
Donatien , se lève ; à ce moment tout le monde
tourne son attention de son côté, et la vente est I suspendue.
Esclave! moi I... ah! oui, c'est vrai. Je suis esclave, parce que vous êtes venus vingt contre un, au mépris de tout droit et de toute humanité, et parce que j'ai eu la maladresse de succomber vivant. Je suis esclave, parce que je n’ai pas cru qu'il fallût me présenter devant le commandant de la paroisse, chargé de rendre ici la justice, ma demande dans une main et une arme dans l'autre.
• Certes, le triomphe est beau; il y a de quoi vous vanter! Je serai votre esclave, et vous serez mon maître, monsieur, comme les voleurs le sont de la bourse des passans qu'ils ont dépouillés.
LA REBBLIÉRB.
Insolent 1
DONATIEN, continuant.
El vous osez parler de bassesses et d’infamie! vous, le fils d’un homme qui a vécu trois ans sous le fouet d’un commandeur; vous, qui devenu riche à force d’iniquités, avez renié jusqu'au nom de votre père, qui s’appelait tout simplement Rebel, le tonnelier, comme il était, tandis que son fils
est M. de la Rcbelière! Etrange noblesse!
t dont tout le monde ici peut vérifier les titres. Il n'est pas un habitant de la Martinique, monsieur, fût-il le dernier, dont l’origine ne vaille la vôtre, et Ü est plus honorable d être esclave comme uioi I que matlie comme vous.
PALÉME, à lui-niéme.
A la bonne heure!
la rebeliére , levant sa canne pour en frapper Donatien.
Misérable!.
LE MARCHE DE SAINT-PIERRE
PALftME, la main dans ses vêlement. i
J'en suis !
DONATIEN , bondissant et arrachant le bambou à pomme d'or de tes maint, le brisant et le jetant en morceaux sous la table. k
Prenez patience, monsieur, je ne vous appartiens pas encore.
Au mouvement de Donatien, 1c» homme* de la maréchausu ; r se tout saisis de lui. M. de la Rebeliêre a recule d'un pas, et a porté la main ■ sou épée; une longue clameur s'élève parmi la foule.
PREMIER MULATRE.
11 est perdu !
LA rebeliêre , après un moment de silence et de stupéfaction générale, se tournant vers V Huissier. Continuez la vente... c’est le tour de ce drôle.
\ ces mots, les soldats font placer Donatien sur la table et l'y maintiennent debout.
l’huissier, criant. •
A deux cents livres le mulâtre, messieurs.
plusieurs voix , dans ta foule.
Cinq cents.... mille..-, douze cents.... quinze cents... deux mille.
Moment de silence.
l’huissier.
A deux mille, messieurs.
LA REBBLlfcRE.
Trois mille.
Pélagie, avançant vivement la tête.
Trois mille cinq cents.
LE mulâtre, auquel Pélagie vient de faireun signe.
Tiens ! est-cc qu’elle veut acheter un mari?
( S'adressant aux autres.) Assez; alors il ne faut pas surenchérir sur elle.
PALÊME, aux autres.
Êtes-vous fous? Mon Dieu! continuez donc. ( Il s’écrie à demi caché par le groupe. ) Quatre mille. 1 LA REBELIÊRE.
Quatre mille cinq cents.
PÉLAGIE
Cinq mille.
LA REBELIÊRE.
Six mille.
PÉLAGIE
Sept.
LA
REBELIÊRE, «animan/.
Huit.
PÉLAGIE
Dix mille !
LA REBELIÊRE, St levant. >
Douze mille! j
PÉLAGIE, à part. ,
Douze mille!... je ne sais si je dois... (Jffjami- |
riant les diamant « la dérobée.) Oh! oui, elle a raison, il y en a bien pour vingt mille livres.
l’huissier.
A douze mille francs le mulâtre, une fois, deux fois... personne ne dit mot?
PÉLAGIE, à part, regardant la Rebeliêre.
Il faut l’effrayer. (Haut.) Quinze mille!...
Murmure d'clonoemcnt dans la foule.
PALÊME.
Elle a donc le Pérou dans sa pacotille, la capresse ?
LA RRBBLIÊRK-
Dix-huit raille francs.
PÉLAGIE, à part.
J’espère qu’il y tient! Ma foi, les grands moyens!... (Haut ) Vingt mille livres.
LA REBELIÊRE, à part.
Que signitie l'acharnement de cette femme?... Est-ce qu’Éléonore.(f/aMi.)Viogt-cinqmillelivres. PÉLAGIE.
Viogt-cinq mille livres. Ahl mes moyens ni vont pas jusque là, décidément il l’aura.
l’huissier.
A vingt-cinq mille livres le mulâtre! (Silence.) A vingt-cinq mille livres, personne ne dit mol. c'est bien vu, bien entendu... personne ne dit mot?...