SCENE IV
Lu Mûmes, É LÉONORE, LE GÉREUR D É- LÉONORK , M"* HÉBERT.
kléonore, arrivant jusqu'à la table de vente. Arrêtez! arrêtez l’enchère! je m'oppose à la vente de cet esclave.
LA REB*L1ÊRR.
Comment! comment! que veut dire ceci?
ÉLÉONORX, a la Rebeliêre.
C'est à vous que je m'adresse , monsieur , à vous, qui avez tout pouvoirici; faites-moi rendre justice. Cet homme, qu’on avait dit le protégé, l'affranchi de M. d’Erambuc, cet homme est à moi. ( Lui donnant des papiers.) Tenez, regardez sur ces cahiers de dénombrement ; le voici porté à la date de sa naissance, et voilà plus haut le nom de sa mère.
Elle descend de cheval.
M 11 * Hébert, vivement.
Ce n’est pas tout. Monsieur Mathieu, faites voir à M. de la Rebeliêre la marque que Donatien porte au bras.
Mathieu lève la manche de Donatien.
ÉLÉONORE
C'est celle du comte deKerbran, dont je suis la nièce et l'héritière.
MATHIEU
MAGASIN THEATRAL
Maintenant, si M. de la Rebelicre désire qu'on lui Use l'article du Code noir...
Mathieu l'outre et le lui prneute, co lui indiquant le paragraphe.
LA RBBELIÈRK, le repoussant de la main.
Assez, assez, je me trouve suffisamment éclaire* En ma qualité de commandant des Carbets, i j'ai dû poursuivre et j'ai poursuivi la vente de cet esclave. Maintenant il se trouve afoir un mal- j tre, je le rends à qui de droit.
ÉLÉONORR.
Ahl j'arrive donc à temps pour le sauver
Le* «oldau font descendre Donatien de la table.
LA REBELlfeRE.
Mais ne vous réjouissez pas encore ; cela ne c-iange rien à sa condition... cet homme, ma belle pupille, bien qu’il vous appartienne, n'en est pas moins esclave.
iLioMOii.
Esclave! lui! ohl vous vous trompez, monsieur; car je n'ai réclamé mon droit de maîtresse que pour l'abjurer h l'instant même. Donatien, vous êtes libre ! oui, je vous affranchis solennellement ici, è la face de Dieu et des hommes.
LA RBBBMÈllB, vivement , uvec rage.
Vous ne le pouvez pas.
éléonore.
Pourquoi donc ?
LA REBELlfeRE, avre ironie.
Oh! mademoiselle, son sort ne dépend pas entièrement de vous. Il faut encore que le gouverneur lui accorde une patente de liberté, et il ne l'obtiendra jamais , jamais, entendez-vous ? vous pourrez le rendre libre de fait et non de droit. Il restera esclave, oui, oui, esclave! Vous avez invoqué le Code noir î regardez; c’est lui qui vous répond.
ÉLÉONORE, après avoir regardé Mathieu, qui lui répond tristement par un signe affirmatif.
Esclave ! toujours !...ômon Dieu!... Mais, non, non, monsieur, vous êtes dans l'erreur... j'étais folle de m alarmer... la Martinique n’est qu’un point dans le monde: celle liberté qu'elle lui refuse... eb bien... la France... la lui rendra.
LA REBELlfeRE, avec une sourde rage.
La France!... oui... en effet, nos lois ne le suivront pas jusque la... Vous pouvez l'y emmener... mais non pas avant qu’il ait subi la peine è laquelle nul esclave ue peut se aouslraire quand il a insulté un homme libre...
ELÉONORE
Que voulez-vous dlref
LA Rf BKMfenE.
Puisque nous marchons le Code noir è la main, il est bon de le faire Valoir jusqu'au bout, pour le maintien de nos droits et privilèges. L'esclave Donatien m'a offensé, injurié, menacé: tout Saint- Pierre en est témoin Je demande donc qu ici , sur I heure, il soit alla, hé uui quatre piquets pour y recevoir vingi-neuf coups de lanière, i Pré. seiw.ni l. Code a Éléonore.) Lisez, mademoiselle, lisez, c'est écrit; c'est la loi!...
ÉLÉONORE, parcourant des yeux le livre avec anxiété.
O mon Dieu!
LA REBELlfeRE.
Messieurs de la maréchaussée, faites votre devoir.
PALfeuK, se rapprochant.
Alors, je ferai le mien.
éléonore, qui pendant ce temps a toujours eu tes yeux attachés sur te livre, et dont la figure s'éclaircit lout-a-coup, s'élance entre les soldats et Donatien.
Non, non, vous ne toucherez pas à cet homme!
(Profond silence. Pnléme reste en sus,, en, comme les autres. ) A votre tour, lisez... Tout esclave qui épouse une femme libre est libre de droit Eh bien! moi, Eléonore de Kerbran, femme libre, femme blanche, femme noble, j épouse l'esclave Donatien ! L'esclave est libre de droit... (Lui présentant le Coder.) C’est écrit, monsieur, c'est la loi!