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Chapitre V

Le prix de gros et la production

Pour le prix de gros du vin, nous avons vu dans le chapitre précédent, les renseignements statistiques que nous avons pu trouver.

Pour la production, le Bulletin de statistique et de

législation comparée nous fournit de nombreux rensei-

gnements en application de la loi du 29 juin 1907, qui

nous dit :

Art. 17. — Chaque année, après la récolte tout propriétaire, fermier, métayer récoltant du vin, devra

déclarer à la mairie où il fait son vin :

1° La superficie des vignes en production qu’il possède ou exploite ;

20 La quantité totale du vin produit et celle des stocks antérieurs restant dans sa cave ;

Copie sera transmise, par les soins de la mairie au receveur buraliste de la localité, qui ne pourra délivrer, au nom du déclarant, de titre de mouvement pour une quantité supérieure à celle de la quantité déclarée.

Toute déclaration frauduleuse sera punie d’une amende de 100 fr. à 1.000 fr.

Avant 1907, les statistiques sur les vins récoltés n’indiquent qu’une simple tendance, car elles sont le résultat « d'évaluation » d’un caractère incertain.

Depuis 1907, les déclarations sont obligatoires, ce qui ne veut pas dire qu’elles soient plus justes: nous ne pouvons mieux faire que de reporter le passage du rapport de M. le Colonel Mirepoix, président d'honneur de la Confé dération générale des vignerons. publié au journal officiel du 22 septembre 1932 (partie annexe).

« Les statistiques n’indiquent d’ailleurs pas les quantités totales de vin récoltées, nombre de vignerons consommant en famille, ou pour les besoins de leur exploitation, la totalité du vin qu'ils récoltent et s’abstenant dans ce cas, de faire la déclaration prescrite par la loi. Cette déclaration est bien obligatoire pour tous les vignerons, mais la seule sanction édictée par la loi est l’impossibilité pour le récoltant qui n’a pas fait de déclaration, d'obtenir des titres de mouvement pour le vin qu’il veut mettre en circulation.

On s’explique ainsi les variations souvent considérables d’une année à l’autre que l’on remarque dans la superficie des vignes en production. Les années de récolte abondante particulièrement dans les régions autres que le Midi, beaucoup de ces vignerons ont un excédant de vin à vendre et ils font alors une déclaration de récolte : inversement, l’année suivante, si l’importance de la récolte a diminué pour une cause quelconque, ils s’abstiendront de faire une déclaration. Ainsi, voyons nous en 1910, année de récolte désastreuse, la superficie des vignes en production s’abaisser à 1.109.473 hectares, alors qu’en 1909, elle était de 1.344.007 hectares, soit une diminution apparente de 235.000 hectares, et que l’année suivante, en 1911, elle remonte à 1.288.474 hectares, soit une augmentation apparente toujours de 180.00 hectares environ ».

Tableau IX PRODUCTION ET SUPERFICIE DÉCLARÉES (France, Algérie)

FRANCE ALGERIE TOTAL miiliers milliers milliers hl ha hl ha hl

Donc les quantités déclarées correspondent à ce que le producteur croit vendre dans son année. Et justement ce sont ces quantités qui ont le plus d'influence sur les prix, puisque ce sont elles qui sont jetées sur lemarché.

Reproduisons ces renseignements dans le tableau IX.

Remarquons que le solde des importations sur les exportations tend vers « 0 » (l’Algérie étant considérée comme étant en France) et que le marché français du vin peut être, actuellement, considéré comme un marché fermé, le débouché pour la viticulture française étant le consommateur français à peu près exclusivement.

1. Remarque : A partir de 1922, l’Alsace-Lorraïne entre en compte dans la production de la France.

Graphique XII!

Prix de Gros 46F

Section I

Le prix de gros (indice de la S.G.F.) et la production déclarée

Reportons sur le graphique de la courbe des prix de: gros d’après l'indice du Bulletin de la S.G.F., puisque c’est celui que nous avons utilisé précédemment, la production déclarée en France, Algérie comprise, depuis 1925.

Pour avoir une ligne qui suive à peu près celle des prix de gros nous pouvons tracer un palier après la position du point marquant la quantité déclarée récoltée, palier allant jusqu’au moment où la récolte suivante commence à être prévisible, c’est-à-dire avril-mai moment où on peut rejoindre le palier suivant qu’on peut faire commencer en septembre, la récolte s’effectuant en partie dès ce mois.

Comme précédemment, nous allons chercher les différences en pourcentage à la moyenne, puis les différences d’amplitudes pour pouvoir les éliminer, ceci enfin d’avoir des courbes de même grandeur plus facilement comparables, nous obtenons ainsi le graphique XIII après avoir retourné une des. deux courbes par rapport à l’autre, puisque les prix sont en principe inversement proportionnel à la quantité récoltée. Quant aux calculs nous portons ceux de la production dans le tableau ci-joint. Nous voyons que le coefficient de déviation est de 0,147 pour la production, ce qui nous donne un rapport de 2,090 à 1 avec celui des prix de gros que nous avons trouvé égal à 0,3010 dans le chapitre précédent. Les prix sont donc deux fois plus élastiques que la production ; nous multiplions par 2 les écarts à la moyenne 100 de la production et nous gardons les résultats trouvés dans le chapitre précédent pour les prix de gros.

Quelle conclusion pouvons nous tirer de l’étude de ce graphique ? Là encore les maxima et minima des deux courbes ainsi obtenues ne concordent pas très bien. Une translation horizontale serait nécessaire, mais on peut la faire mentalement, pour la portion de la courbe qui commence en 1928. De cette façon, nous avons une plus grande interdépendance entre les deux courbes sauf en

1928-29. Cela montre qu’en période de hausse générale des prix, les prix montent plus haut que le prix idéal celui qui serait déterminé mathématiquement d’après la production, et en période de palier, puis de baisse, période qui commenceen 1927, les prix semblent montrer une résistance pour suivre la courbe de la production. Cependant, les deux bonnes récoltes successives de 1928 et 1929 ont fait que les prix ont rejoint leur parité idéale, mais cette baisse a été arrêtée par la perspective d’une moins bonne récolte en 1930. Car nous ne croyons pas dans l'efficacité des interventions législatives en matière économique : le loi du 19 avril 1930, prévoyant l’achat d’alcool par l'Etat, n’a pas empêché un indice inférieur en mai. Et puis, cet alcool il faut le vendre. On déplace la question, on ne la résout pas. Par contre, la loi du 4 juillet 1931 qui est venue instituer le principe du « blocage », c’est-à-dire l’interdiction pour certains propriétaires récoltants de vendre toute leur production lorsque la récolte totale est trop forte, a une influence sur la stabilité des prix : nous constatons des paliers d’octobre 1931 à juin 1932, de juillet 1932 à juillet 1933. Mais cependant, la récolte totale détermine le prix moyen annuel, car après le déblocage, il faut vendre ce qu’on a empêché de jeter sur le marché dès le début.

Quant à la portion de la courbe avant 1928, si elle suit dans les grandes lignes les variations de la quantité récoltée, par contre la dépréciation monétaire et la hausse générale des prix qui enestrésulté rend impossible une comparaison certaine, les prixduvinétantinfluencés par cette dépréciation de la monnaie.

Cherchons donc une relation entre le prix moyen de l’année vinicole et la production déclarée. Nous obtenons comme somme annuelle des prix de gros :

8923 de septembre 1926 à août 1927

dont nous pouvons prendre le 1/102 comme indice moyen.

Les coefficients de déviation sont dans ce cas de 0,22 pour les prix et de 0,147 pour la production, soit un rapport de 2/3. Les moyennes étant sensiblement les mêmes (640 pour les prix et 642 pour la production) nous n’avons pas besoin de chercher les différences en pourcentage à la moyenne pour avoir des variations proportionnelles, il suffit de faire correspondre deux unités pour les prix à trois unités pour la production. Mais comme pour obtenir le graphique XIV ces calculs sont utiles, nous les portons dans le tableau ci-joint.

Nous constatons qu’il y a un lien très fort entre la production et les prix, lien confirmé par le coefficient de corrélation qu’on trouve égal à — 0,917. Si nous avions pris comme moyenne annuelle les indices d’octobre à septembre, nous n’aurions trouvé que — 0,911.

Cependant, la production présente cette particularité que l'utilité finale décroît à mesure que les quantités offertes sur le marché augmentent. Lorsque la récolte est déficitaire, c’est-à-dire inférieure à la consommation, qui est légèrement en dessous de 50 millions d’hectolitres, d’après les quantités de vin soumises au droit de circulation, (ce qui nous donne une consommation de 60 à 65 millions d’hectolitres si nous ajoutons ce qui peut être consommé en franchise de ce droit), le vin récolté présente une grande utilité pour celui qui veut

le consommer. Par contre lorsque la récolte est trop excédentaire le supplément de plus en plus élevé présente de moins en moins d'utilité. Nous ne devrions donc pas raisonner sur des lignes droites, mais sur des paraboles. Aussi vient-il à l’idée de remplacer les nombres de la production par leur logarithme afin de faire ressortir la décroissance de l’utilité finale qui déterminela valeur, donc les prix, avec l’accroissement de la production, et nous avons ainsi un taux d’accroissement proportionnellement décroissant.

Nos deux séries deviennent :

892 log. 492 2,692 760 log. 573 2,758 642 log. 721 2,858 468 log. 757 2,879 707 log. 556 2,745 450 log. 733 2,865 565 log. 659 2,819

et nous trouvons ainsi un coefficient de corrélation légèrement supérieur : il est égal à — 0,921 (au lieu de. — 0,917 précédemment) ce qui semble confirmer notre raisonnement.

Si nous voulons reporter sur un même graphique trois courbes : prix de gros, production à l’échelle ordinaire et production à l'échelle logarithmique, nous constaterons qu’en effet la courbe logarithmique est plus près de la courbe des prix de gros, sauf en 1927-28 et en 1928-29 que la courbe de la production ordinaire. Pour dresser ce graphique XIV, il est nécessaire de connaître les coefficients de déviation qui sont égaux à 0,22 pour les prix, 0,147 pour la production comme nous l'avons trouvé ci-dessus, et 0,082 pour la courbe logarithmique. Dans le tableau ci-joint, nous avonsle résultat des calculs (différence en pourcentage à la moyenne et

s halte 1 4

élimination des différences d'intensité de variation) nous permettant de tracer mon graphique.

Notre conclusion est que les prix de gros du vin sont effets de la production déclarée tant en France qu’en Algérie. Ce lien est même très élevé si on prend l’indice moyen de l’année vinicole, c’est-à-dire septembre à août. Ce lien est légèrement supérieur si on fait ressortir que la demande ne croït pas proportionnellement aux quantités offertes, mais croît selon une progression logarithmique.

Graphique XIV

Sent1952 Aoul 1933

Prix de gros

Différence % Ecarts Elimination de la à la àla moyenne: différ. d'amplitude moyenne 640 100 Ecart : 0,22 139,37 +39,37 +179 118,75 +18,75 + 85,2 100,31 60,81 he, 4 73,12 26,88 122 110,47 +10,47 + 47,6 70,31 —29,69 —135 88,28 —11,72 — 53,3 Production. Echelle ordinaire Différence % Ecarts à la moyenne à la moyenne Ecart : 0,147 642 100 76,87 —23,13 —157,3 89,53 10,47 = A,2 112,65 +12,65 + 86 118,28 +18,28 +124,3 86,87 —13,13 — 89,3 114,53 +14,53 + 98,8 102,97 2-97 + 20 Production. Echelle log. Différence % Ecarts à la moyenne à la moyenne : Ecart : 0,082 802 100 86,5 —13,5 —164,6 94,75 — 5,25 — 64 107,25 + 7,25 + 88,4 109,88 + 9,88 +120 ,4 93,13 26:87 SLR 108,13 + 8,13 + 99,1 102,38 + 2,38 + 29 Récolte : Ecarts déclarée Différence % Ecarts x2 751 114,65 +14,65 + 29,30 492 75,11 —24,89 —A49 ,98 573 87,48 —12,52 —25,04 721 110,07 +10,07 +20, 14 757 115,57 +15,57 +31,14 556 84,88 —15,12 —30, 24 733 111,90 + 11,90 +23,80 659 100,61 + 0,60 + 1,20

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