‹ Le Marché du Vin à ParisChapitre 25 sur 27 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Pour montrer que la consommation du vin est fonction dépendante du prix de détail du vin à Paris, nous avons recherché un lien entre cette consommation et ce prix. Notre étude a porté sur des périodes un peu spéciales, faute de statistiques avant 1914 sur les prix, après 1925 sur la consommation.

De 1914 à 1925 ïl se trouve deux anomalies : une dépréciation de la monnaie donnant une hausse générale des prix, et une forte diminution de la consommation provenant, non des prix, mais du manque de consommateurs. Quant à la période 1919-1925, les résultats ont été meilleurs, mais la dépréciation monétaire existé toujours. Cependant, nous croyons pouvoir conclure à un lien entre les prix et la consommation, le consommateur parisien tenant compte du prix de la marchandise qu’il consomme, et même du prix réel, c’est-à-dire du prix corrigé en tenant compte du pouvoir d’achat de la monnaie, plus que du prix apparent celui qu’il connaît sur le marché. La recherche d’un plus haut degré de corrélation permet de dire que les variations de la consommation suivent celles des prix avec un retard de quelques mois, donc que les prix sont facteurs de la consommation. Puis, nous avons eu recours à un moyen indirect : j'ai essayé de montrer que les prix de détail sont fonctions des prix de gros (les variations des prix de détail suivent

celles des prix de gros avec un retard de quelques mois : un ou deux } et que les prix de gros sont effets de la production.

Schématiquement, nous obtenons cet enchaînement: la production commande les prix de gros, les prix de gros commandent les prix de détail, les prix de détail commandent la consommation, le tout avec un certain retard sauf entre production et prix de gros, car la spéculation amène déjà un décalage des prix avant que la récolte soit entièrement et définitivement connue. La conclusion est que la production commande la consommation.

Cependant, il ne faudrait pas être aussi absolu : les prix ne servent que de liens entre les deux extrêmes, et en réalité, il faut tendre vers un équilibre stable. Si la consommation se dérobe, les prix ne pourront pas monter aussi haut que le producteur le voudrait, malgré une faible récolte, et si le consommateur boit le vin par plaisir et qu’il ne puisse pas s’en passer, malgré une forte récolte, les prix ne baiïsseront pas en proportion inverse. La récolte de 1933, que nous connaissons actuellement, vient confirmer cette idée. La crise actuelle ayant porté une forte atteinte au pouvoir de consommation de la masse, les prix de vin ont fortement baïissés malgré une récolte moyenne. Si sur le graphique XIII on portait la production de 1933, on la trouverait légèrement inférieure (puisque la courbe est renversée) à celle de 1932 (66 à 65 millions d’hectolitres), cependant les prix ont baïssés à tel point qu’ils correspondent à une récolte plus forte, celle de 1931, par exemple, qui est de 73 millions, soit 7 millions d’hectolitres en plus.

Nous croyons d’ailleurs que la crise actuelle va servir

à remettre les valeurs à leur place, valeurs que la période d’après guerre a complètement bouleversée:. Si les producteurs ne peuvent pas vendre tout leur vin, où s'ils ne peuvent le vendre qu'à un prix dérisoire (un vin qui est vendu 1 fr. 50 à Paris n’est payé que 0 fr. 50 à celui qui le récolte car on compte 1 fr. de frais par litre ! ...) ils en feront moins,et ils en feront sûrement de meilleure qualité. Et ceci nous amène à parler des graves défauts que présentent les vins vendus actuellement sur la place de Paris.

Le vignoble français ayant été ravagé par différentes maladies successives : oïdium vers 1855, puis phylloxéra vers 1872, il a fallu prendre certaines mesures pour compenser ces pertes. La prémière a été d'encourager la culture de la vigne en Algérie, la seconde a été de permettre l'augmentation du rendement demandé au vignoble. Pour augmenter ce rendement, on a eu recours au « gros plants » ainsi qu'à la chaptalisation (addition de sucre au moût pour augmenter le degré alcool) avec addition d’eau, pour revenir au degré initial. Et maintenant que le vigneron en a pris l’habitude, il ne veut plus s’en passer !.. Mais le corrolaire de ces pratiques qui consistent à produire de la quantité a été une mauvaise «constitution » des vins ainsi obtenue, ét par conséquent leur mauvaise conservation. Et pour pouvoir conserver une chose qui jadis ne démandait pas mieux que de vieillir en cave, il a fallu faire appel aux produits chimiques. Et on peut dire que le législateur a tout fait pour favoriser la fraude... en la protégeant et en la rendant légale !.. ns

Or, il serait plus intéressant, pour le producteur, qu'il

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revienne à un vin sain », exempt de produits chimiques

Richard É 11

(et surtout l’anhydride sulfureux … ou tout autre antiferment) afin que le médecin ne se voye pas dans l’obligation d’interdiré une boisson à cause des éléments qui entrent artificiellement dans sa composition. Qu'on fasse une différence entre le vin «légal» et le vin «naturel ». Qu'on fasse une habile propagande pour détourner le consommateur de ces vins trop beaux et trop bons pour ne pas être frelatés. Cette beauté ne peut s'acquérir qu'avec le temps, et aujourd’hui, on ne peut pas attendre. Cette douceur provient d’une fermentation non complète, et seul un produit chimique peut résoudre cette question. Les machines actuelles font peut-être mieux que le temps, mais le vin a été déséquilibré dans ses éléments et il faut ajouter des produits chimiques pour permettre sa conservation. Aujourd’hui, l’industrie du vin ne peut donc pas s’en passer. Mais pourquoi avoir industrialisé ce commerce ? | Quant au négociant, il devrait revenir à la vente de vins qui ne soient plus de ces vins « standards » sans «goût » et sans «bouquet ». Un vin «fruité »est beaucoup plus agréable, et en général ce « fruit » correspond à un certain terroir, à un vin de certaine origine. Sile négociant ne cherche pas à plaire au goût de la clientèle, par la vente d’un vin neutre qui plaît à tous sans plaire à aucun, il faut que le producteur, par l’intermédaire de maisons de vente sur la place de Paris, vienne défendre son débouché afin d'éviter une tendance qui peut être très fâcheuse pour l'indépendance de son avenir. Si, jadis le client achetait son vin en fût, c’est qu’il y trouvait l'avantage d’acheter un vin à son goût. Il ne faut pas négliger cette clientèle qui s’intéressait, qui «aimait » le vin. Enfin, n'oublions pas que c’est par ce principe de la

bonne qualité que l’Algérie a pris sa place sur le marché français, place qu’elle ne perdra que si la clientèleretrouve les bons vins d’origine qu’elle a jadis connus.

À un autre point de vue, il faudrait aussi quedes prix soient moins spéculatifs, afin que le marchand en gros puisse posséder un stock non appelé à se déprécier dans l’année, ce qui lui permettrait de soigner les vins qu’il livre à sa clientèle. Comme nous le dit M. L. Augé-Laribé 1 « il n’est rien de plus capricieux comme la production de la vigne et le marché des vins. On dirait d’ailleurs que les hommes font tout ce qu’ils peuvent pour pousser aux extrêmes les variations des prix provoquées par les variations des récoltes ». :

Notre conclusion est qu'il faut refaire l’éducation du producteur, de l'intermédiaire et du consommateur, sinon, les lois économiques s’en chargeront, mais avec beaucoup plus de pertes pour le vigneron.

Pour le producteur, il faut qu’il abandonne l’habitude de rechercher la quantité avant la qualité par la pratique des gros plants et de la chaptalisation : Un vin de 8° bien constitué est meilleur qu’un vin amené artificiellement à 100.

Pour l'intermédiaire, il faut qu'il sache qu'on ne devient pas négociant en vins sans en connaître les premières notions, comme cela arrive parfois. Il doit savoir guider, conseiller son client, dans lequel il doit voir un débouché crdinaire, habituel, constant comme cela existait jadis et seule la vente en fût peut le lui donner.

Et pour le particulier, il faut qu’il sache qu’un vin ne peut plus être limpide actuellement, car il n’a plus

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