‹ Le Marché Financier de Paris: Sous le Second EmpireChapitre 23 sur 37 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

En même temps que la place de Paris acquérait la physionomie nouvelle que nous avons brièvement dé- crite, celle de Londres évoluait dans un sens différent. Grâce à l’expansion de l'Angleterre dans ses colonies et sur tout le globe, grâce à son système monétaire — l'or régnait sans conteste depuis 1800, — Londres devenait le centre des règlements internationaux. De plus “en plus les affaires conclues entre Anglais et Etrangers, et même entre Etrangers, y aboutissaient pour des paiements en Livres sterlings. Au Stock Exhange, reconstitué en 1854, se négociait un nombre infini de valeurs de tous genres, mais principalement les actions : car la mise en actions d'entreprises de toute nature marcha, en Angleterre, d’un pas plus rapide que partout ailleurs. Et Londres, premier marché du change devenait un immense entrepôt de valeurs mobilières d’une infinie variété. |

Mäis si la cote de Londres énumérait la plupart des fonds d'Etats étrangers, c'était à Paris déjà qu'ils se négociaient surtout. C'était par le Comptant que notre Bourse intéressait l'étranger : nulle part ailleurs l’épargne, toujours reconstituée, n’était plus avide des placements qu'offraient les Etats et les Villes. — Déjà la clientèle nombreuse d’un certain nombre de sociétés

et des maisons particulières accordait une entière confiance à leurs administrateurs : un emprunt d'Etat, quel qu'il fût — on en a vu des exemples — patronné par une grande Banque, était couvert avec la plus grande facilité. Paris élait et allait demeurer, un demi siècle, le marché par excellence des titres à revenu fixe. L'influence mondiale de la France était accrue par les progrès que notre pays avait réalisés dans la technique bancaire et boursière. )

À qui faire remonter le mérite de tels progrès? Il ne semble pas que ce soit au gouvernement impérial qui, gêné trop souvent par des préoccupations politiques, à l’intérieur autant qu'à l’extérieur, contraria parfois le développement des institutions - nouvelles; du moins, ce régime autoritaire, qui succédait à un régime très vite affaibli, sut-il assurer l’ordre. Il semble au contraire, que nous devions trouver l’origine de cette activité prodigieuse à la fois, dans les conceptions d'une élite et dans les qualités foncières de toute une masse, à la fois dans les idées Saint-Simoniennes et dans les vertus d'épargne des classes moyennes, . qui dans les trente années de paix antérieures la Révolution de 1848 avaient accumulé des capitaux considérables.

Il en résulta un accroissement de la richesse publique, conséquence directe de la meiïlleure exploitation des ressources du pays. Les progrès de la technique industrielle — applications nouvelles de forces motrices comme la vapeur et l’électricité, perfectionnements mécaniques, réalisations pratiques de procédés chimiques de laboratoire — y contribuèrent pour une très large part; de même les progrès de la technique de la

production, que couronna la liberté de l'anonymat. Les progrès de la technique bancaire, cause à la fois et conséquence des autres, ne jouèrent pas un rôle moindre. Le développement des Etablissements de crédit, des dépôts et des comptes-courants, comme celui de la monnaie fiduciaire permit d'énormes économies de numéraire et la réduction au minimum des capitaux improductifs. La capitalisation des revenus épargnés en fut facilitée, cependant que la multiplication des valeurs mobilieres leur offrait un placement sûr et aisé. La conséquence fut pour la fortune publique un accroissement notable de revenus qui compensa largement l’aiourdissement des charges budgétaires. La rentrée facile des impôts permit à l’Etat de développer son œuvre sociale d'enseignement, d'assistance, d'hygiène.

Simultanément la phySionomie du régime moderne de la Production se transformait et, dès 1870, elle possédait les traits essentiels qui allaient demeurer jusqu’à nous. Jadis la classe capitaliste, à quelques exceptions près, rares et peu importantes, dirigeait elle-même les diverses entreprises. Par le développement de l’anonymat et la multiplication des valeurs mobilières, qui permirent à un plus grand nombre d'individus de devenir capitalistes, il naquit une nouvelle classe sociale : celle des hommes d’affaires qui purent, par la nouvelle organisation du crédit et en faisant appel sous une forme commode à l'épargne de la communauté, s’occuper activement et pour leur compte de la Production. C'était bien une classe nouvelle, car quoiqu’elle eñt avec la classe capitaliste des relations multiples et constantes, elle commençait à avoir parfois des intérêts différents. Cette transformation, due à une lente évo-

lution, après s'être affirmée tout au long de la preinière moitié du XIX° sècle, reçut par la création des Etablissements de crédit, la diffusion des valeurs mobilières, la liberté de l'anonymat, sa forme définitive entre 1852 et 1870. C’est donc au Second Empire que la France est redevable de l’organisation de son régime capitaliste moderne de la Production.

Vu: Le Doyen Vu: Le Président de thèse H. BERTHÉLEMY GERMAIN MARTIN

Vu et permis d'imprimer le Recteur de l'Académie de Paris :

PSAPPEETL

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