II. Allemagne. — Caisse centrale des Associations
III. France. — Les grèves en France en 1900. — L'Exposition de 1900 et les
chemins de fer français 781
IV. Russie. — Les recettes et les dépenses du Trésor en 1900. — Bilan de la
Banque de l'Etat au 1/14 janvier 1901. — Augmentation du tarif douanier russe sur 194 articles 791
INTRODUCTION
Les dix années écoulées entre 1891 et 1900 se partagent en deux périodes à peu près égales, qui présentent au point de vue financier des aspects différents et en quelque sorte opposés. La première période s'ouvre au lendemain de la crise argentine, de la crise des pays à change avarié, suivie de la défaillance des banques australiennes et de l'effroyable secousse que fait naître en 1893 aux États-Unis la crainte d'un passage à la monnaie d'argent, l'incertitude sur la continuation des paiements en or. C'est une période de recueillement, de liquidation, d'oisiveté et d'abondance des capitaux dont les gouvernements et les grandes sociétés profitent pour procéder à des conversions de dettes. Le loyer des capitaux continue à fléchir, les valeurs dorées sur tranches atteignent des prix de disette : c'est le triomphe des valeurs à revenu fixe. Ce mouvement atteint son apogée en 1895-96 (1).
Nous entrons alors dans la seconde période. Il y a un réveil d'activité industrielle ; de nouveaux débouchés s'ouvrent en Europe, en Afrique, en Asie, en Amérique ; il y a la création de tout un outillage industriel dans les pays neufs et les colonies ;
(l)Le ministre des Finances de Russie, dans son rapport sur le budget de 1901, a analysé avec beaucoup de précision les causes qui ont agi dans le monde pour amener le renchérissement des capitaux ; il a fait ressortir le contraste entre les deux ou trois dernières années et la période 1885-1896. Dès 1885, dit-il, on avait vu à Londres le taux delà Banque descendre plus d'une fois à 2 0/0 et celui du marché libre à 1 0/0, voire à 2/4 0/0 ; à Paris, à Berlin et à Amsterdam, le taux d'escompte de la place était tombé à plusieurs reprises à 2 0/0 et à 1 1/2 0/0. A ce bon marché des capitaux, correspondaient de hauts cours sur les fonds d'Etat... Pendant l'automne de 1898 l'insuffisance des capitaux disponibles est devenue très manifeste. Loin de diminuer pendant les deux deruières années, la tension du marché des capitaux s'est encore accentuée à la suite de nouvelles circonstances défavorables. Comparativement au début de Tannée 1898, la situation du marché des fonds d'Etat a empiré : la Rente française 3 0/0, après avoir coté 104,30, a fléchi l'automne dernier à 99,16, les consolidés anglais ont baissé de 113,45 à 97,47, l'emprunt allemand 3 0/0 de 97,70 à 85. Le taux d'escompte des banques d'émission a atteint à certains moments 4 1/2 à Paris, 5 0/0 à Amsterdam et à Bruxelles, 6 0/0 à Londres et jusqu'à 7 0/0 à Berlin. La Banque de Russie a dû
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rélectricité cnlrc en scène comme une puissance qui exige et qui immobilise des centaines de millions: chemins de fer, tramways, matériel de chemins de fer, notamment substitution de rails plus pesants, accroissement ou transformation du matériel militaire ou naval, croissance rapide de l'industrie nouvelle de la vélocipédie et de l'automobilisme, voilà de quoi alimenter de commandes les usines qui se fondent ou qui s'agrandissent, de quoi provoquer les demandes de matières premières, de combustible, de minerai, de main-d'œuvre. A ces causes de développement normal, il est venu s'en ajouter d'autres, comme le fait observer M. Guillain dans son rapport général sur le budget français de 1901 : le renchérissement des charbons, les effets de la guerre du Transvaal, la crise chinoise avec les transports énormes qu'elles ont exigés ; il ne faut pas oublier l'Exposition qui a donné, non pas tant par ses constructions que par les grands déplacements qu'elle a provoqués, un coup de fouet, une poussée exceptionnelle aux industries minières et métallurgiques, aux chemins de fer, poussée qui a contribué à accélérer la rupture entre la production métallurgique et la production houillère.
Les besoins du commerce et de l'industrie n'ont cessé de grandir, la hausse des marchandises a nécessité plus d'argent ; il en est résulté un relèvement des loyers des capitaux qui s'est accentué et qui atteint son point culminant à la fin de 1899.
relever, pour de courts laps de temps, d'ailleurs, son taux d'escompte à 6 et même à 7 0/0 ; depuis près d'un an, elle le maintient à 5 1/2 ; la Rente russe 4 0/0 qui se cotait 102 1/4 au début de 1898, est tombée l'automne dernier à 96 1/2.
Aux causes résultant de l'essor économique et industriel, il est venu s'en ajouter d'autres d'un ordre politique. Depuis la guerre sino-japonaise, explique M. de Witte, les grandes puissances européennes ont assumé hors d Europe la solution de toute uûe série de vastes problèmes, ce qui n'a pas tardé à provoquer de grandes dépenses dans des pays lointains. Par elle-même et dans ses effets immédiats, la guerre de la Chine avec le Japon avait affecté es intérêts matériels de l'Europe : la totalité de l'iademnité encaissée par le Japon lui avait été payée par l'entremise des marchés européens qui, à cet effet, avaient prêté à la Chine en 1895, 1896 et 1898, un montant global de plus de 450 millions R. (1.200 millions de francs). Les événements qui suivirent exercèrent des effets non moins défavorables. Sans parler des troubles survenus en Arménie et dans File de Crète, ni des guerres gréco-turque et hispanoaméricaine, qui n'ont pas laissé de contribuer à la tension des marchés financiers d'Europe, les intérêts d'ordre économique ont eu profondément à souffrir et souffrent encore à un haut degré des hostilités qui se poursuivent depuis plus d'un an dans l'Afrique australe... D'une part les énormes dé-
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Le public, que rabaissement du taux de rintérêt avait fortement éprouvé, se trouvait dans des dispositions plus spéculatives ; il a vendu des valeurs à revenu tîxe pour s'intéresser davantage aux valeurs industrielles. Nous avons assisté ainsi à une oscillation d'une grande étendue dans le^taux de capitalisation ; d'une part, presque tous les fonds d'Etat, notamment ceux de 3 et 3 1/2 0/0, ont subi une dépréciation considérable (la rente française fait naturellement exception), et, d'autre part, nous avons assisté à une hausse souvent extravagante des actions de banques et d'industrie, qu'on capitalisait presque sur le niveau des fonds d'Etat. L'essor industriel et commercial, qui se manifestait par une expansion de transactions, par de plus grands bénéfices, contenait cependant des germes de décadence ou de réaction, si l'on préfère cette expression. Avec une véritable régularité, on a vu, comme dans le passé, les grandes conversions précéder des époques de fiévreuse activité qui aboutissent à des crises, à des difficultés. Celles-ci naissent parfois d'accidents indépendants de la volonté des intéressés, tels qu'une guerre, une disette, des troubles politiques et sociaux, qui viennent entraver la marche des affaires, amènent une diminution des ressources, encouragent les gens à faire rentrer leurs capitaux et à se prémunir contre les dangers ; mais il peut s'agir aussi de perturbations survenant à la suite d'excès commis,
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penses militaires du Royaume-Uni ont fait refluer hors d'Europe d'immenses ressources ; d'autre part, l'arrêt de l'exploitation des gisements sud-africains a réduit de 30 0/0 les quantités d'or que les mines d'or du monde entier fournissent au marché universel. Enfin il se dépense hors d'Europe des sommes considérables par suite de la situation actuelle des ali'aires de ^Ghine. L'outillage industriel et commercial des pays neufs et des colonies a contribué à augmenter l'exode des capitaux européens. On ne saurait dire que les sommes dépensées dans ces pays lointains pour les besoins des gouvernements ou de l'industrie soient perdus pour le marché européen ; elles lui feront retour sous forme d'intérêts et d'amortissement des emprunts ou de bénéfices des entreprises. Mais c'est là une question qui regarde l'avenir. En tout cas, les immenses capitaux sortis d'Europe, en un espace de temps relativement court, ne sont destinés à y rentrer que par fractions et à de longues échéances. Cependant une bonne partie de l'argent déboursé est restée en Europe, où elle a servi à payer les frais de transport et d'équipement des troupes, l'outillage des industries et le matériel destiné à l'Orient (achats de machines, wagons, rails). Cet emploi en Europe d'une partie des sommes dépensées a donné une impulsion nouvelle au développement de l'industrie, et il en est résulté de nouveaux besoins de capitaux. A. la cause d'ordre général qui a fait refluer hors d'Europe des capitaux considérables, il convient d'ajouter le facteur américain, l'influence exercée par les Etats-Unis.
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d'exagérations de la spéculation à la Bourse, sur les immeubles, sur les marchandises. Ces deux ordres de faits peuvent agir simultanément, et c'est ce qui s'est produit en 1900. Le point de départ du grand mouvement d'affaires auquel nous avons assisté, de 1806 à 1900, principalement en Allemagne, en Angleterre, aux Etats-Unis, en Belgique, en Russie, avait été parfaitement sain, parfaitement légitime ; il s'agissait d'une étape nouvelle dans le développement industriel, rendu plus facile par le concours du capital cherchant des emplois rémunérateurs ; mais en même temps, la consommation des capitaux, leur immobilisation ont dépassé les ressources existantes et le resserrement s'est fait sentir, l'an dernier, avec une rare intensité et la détente sur le marché financier n'a pu se faire encore. Des symptômes la laissent entrevoir parce que les affaires vont se ralentir, parce qu'au lieu de monter, on commence à descendre. Aux besoins de l'industrie sont venues se superposer les nécessités des grands Etats, qui ont dû procéder à l'emprunt, comme l'Angleterre, comme l'Allemagne.
L'année 1900 nous paraît, en quelque sorte, une année de transition entre la période de prospérité qui durait depuis 1896 et les années moins brillantes qui peuvent suivre, une année de transition entre la baisse des fonds d'Etat et des titres à revenu fixe et leur retour à un niveau plus élevé. Les causes qui ont amené la situation difficile des marchés monétaires n'ont pas disparu, mais leurs effets se sont atténués; tout au moins l'on se figure qu'il en est ainsi, et c'est déjà beaucoup.
Si Ton interroge les divers indices qu'offre la statistique, on verra que l'impulsion donnée se continue, que les recettes des chemins, les mouvements du commerce extérieur offrent des plus-values; mais il en est d'autres où l'on constate des affaiblissements, tels que les com pensations du Clearing house de Londres en moins-value de cinq à six milliards de francs sur 1899 (pour les onze premiers mois). Les recettes nettes des chemins de fer ont à souffrir du renchérissement du combustible et de la plupart des éléments de l'exploitation ; le commerce extérieur est grossi dans ses totaux par la hausse des marchandises, alors que les quantités se sont réduites. La main-d'œuvre s'est payée plus cher, mais elle cesse d'être aussi recherchée ; le chômage reparaît, les salaires ont tendance à baisser, les grèves ont été nombreuses, surtout en France. Pour les mines de houille, pour les métaux comme le cuivre et le plomb, on n'a aperçu en 1900 aucun signe de faiblesse; mais la sidérurgie a franchement commencé la descente, non pas
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celle des produits spéciaux, tels que ceux pour la guerre, la marine ou les chemins de fer, mais la production courante, celle des fers marchands, des fers de construction. Leur hausse devait arrêter le progrès de la consommation, les cours ont notablement fléchi, la production diminuera, il en résultera une répercussion sur les mines de houille, le prix du combustible se détendra lentement pour retomber peut-être dans quelques années aux anciens prix. La hausse du combustible était due à l'épuisement des stocks, après les grandes grèves du pays de Galles, à une moindre production, à l'influence qu'ont exercée les guerres hispano-américaine, sud-africaine, chinoise, au point de vue des transports maritimes et du mouvement des flottes, à l'activité industrielle et aussi à l'action des syndicats, sans parler de la panique des consommateurs. M. Bamberger, en 1873, avait dit que la fin de remballement de la spéculation était annoncée par l'embrasement des valeurs de charbonnage ; il faudra voir si la hausse des charbons n'a pas été le signe précurseur de la liquidation industrielle.
Il s'est fait, de 1896 à 1900, beaucoup de folies à la Bourse et il s'y est perdu beaucoup d'argent en valeurs de toute espèce, parce que le public s'est laissé entraîner, parce que les promoteurs d'affaires ont su l'attirer à leur suite : vélocipèdes, brasseries, mines d'or d'Australie, du Klondyke, de l'Afrique méridionale, usines de toutes sortes, tramways, entreprises d'électricité, entreprises coloniales ; il y a eu des Krachs de bourse partiels, si l'on peut s'exprimer ainsi, notamment à Saint-Pétersbourg, puis à Berlin, Bruxelles, Paris, New- York, mais ce ne sont point des catastrophes tragiques que l'on a enregistrées en 1900.
Il y a eu ce fait caractéristique qu'en Allemagne, c'est le public, non pas les professionnels, qui a mené la campagne de hausse en 1898 et en 1899, qui a acheté et mis en portefeuille ou en gage les titres, de même qu'en 1900 il les a jetés sur le marché; dans l'un comme dans l'autre cas les professionnels sont intervenus. Nous verrons tout à l'heure que la législation a contribué à rendre pire la situation.
L'année 1900 a donc été une année de transition, une année de déceptions et de désillusions pour ceux notamment qui escomptaient déjà un boom comme le corollaire nécessaire de l'Exposi tion universelle.
Un des incidents les plus caractéristiques d'une année riche en émotions et en surprises, c'est que le chancelier de l'Echiquier et le Secrétaire d'Etat de la Trésorerie de l'Empire d'Allemagne aient, tous les deux, avant l'automne, cherché le point d'appui d'une
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opération financière de l'autre côté de l'Atlantique. Ce n'est point que l'un ou l'autre aient redouté de ne pas trouver preneur parmi les capitalistes indigènes, mais c'est qu'il leur a paru indispensable de profiter de l'occasion pour faire une opération de change, pour protéger leur marché monétaire, en y faisant arriver des capitaux de l'étranger, sous une forme spéciale, celle de métal jaune ou de créances, et l'étranger, cette fois, c'étaient les Etats-Unis, qui se trouvent abondamment fournis de métal jaune.
Nous avons indiqué dans notre revue du Marché financier en 1899 que, depuis quelques années, depuis 1896 surtout, l'Amérique du Nord était devenue un des facteurs principaux des vicissitudes économiques et que l'axe de la balance monétaire était susceptible de se déplacer, New- York de devenir une rivale de Londres. En 1900, les circonstances ont favorisé cette évolution.Malgré la guerre d'Espagne, le marché américain a bien moins dépensé au dehors que celui de l'Europe. Une série de bonnes récoltes a contribué à relever la puissance économique du pays. En même temps que s'y accroissaient les capitaux et que s'y développait la production industrielle, le commerce d'exportation faisait de grands progrès, ce qui assurait aux Etats-Unis, outre une excellente balance commerciale, une balance des paiements favorable. Depuis 1897, les importations d'or des Etats-Unis n'ont cessé d'excéder les exportations, l'abondance de l'argent sur le marché américain permet d'y employer d'importants capitaux en achats de titres émis par des Etats européens. Malgré les paiements à faire sur les valeurs américaines placées en Europe, malgré les rentrées de titres revendus par l'étranger, il subsiste un solde créditeur considérable au profit des Etats-Unis (1).
Le marché monétaire anglais a été paralysé en quelque sorte par les emprunts de guerre ; les envois d'or de l'Afrique du Sud ont cessé, tout au contraire il faut y remettre des livres sterling pour la solde des troupes, pour le paiement des vivres et des fourrages en même temps que l'intendance anglaise prodigue les millions pour des achats de chevaux, de mulets, de bœufs, de fourrages, de blés et que l'amirauté contribue puissamment à la hausse du fret.
Les frais visibles de la guerre du Transvaal dépassent à une centaine de millions de livres sterling (2). Ce chiffre ne se rapporte
(J) Voir le rapport de M. de Witte, p. 22 (traduction française).
(2; Ressources supplémentaires demandées à rimpôt,]2 millions ; réduction
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qu'aux paiements effectués; il doit être bien difficile de chiffrer les dépenses engagées, qu'il faudra acquitter un jour. A quelles sommes atteindra le coût définitif, après le rapatriement des troupes, après le paiement des indemnités dues aux habitants du Cap et du Natal dont les propriétés ont été dévastées, avec les pensions aux blessés, aux malades, aux veuves et aux orphelins. Un économiste, plein de courage, M. Wilson, a calculé que les dépenses ont dû progresser de 1 .500.000 livres à 3 ou 4 millions par semaine. Il lui semblait que le gouvernement devait être fort en retard pour les paiements et que, la guerre finie, il faudrait 30 ou 40 millions pour la liquidation (1).
C'est au mois de mars que Sir Michael Hicks Beach a émis un emprunt de guerre de 30 millions de livres en un 2 3/4 p. 100 à 98 1/2. Il fut souscrit dix fois ; la prime au moment de la souscription dépassa 2 et 2 1/2 p. 100. Les grosses souscriptions reçurent 6 p. 100, celles de 1.000 à 500 livres obtinrent 4C0 livres. Au mois d'août, il y eut une émission de bons de l'Echiquier 3 p. 100, à 98; ces bons sont remboursables en trois ans; ils forment partie d'un crédit d'emprunt de 13 millions de livres. Si le gouvernement a eu recours à ce type, c'est qu'il ne voulait pas augmenter l'emprunt de guerre mal classé ni les 18 millions de bons du Trésor qui se trouvaient déjà sur le marché. La façon dont s'y est pris le chancelier de l'Echiquier n'a pas laissé de bons souvenirs à Londres ni contribué à augmenter sa popularité. C'est d'ailleurs un financier assez médiocre, fort entêté, auquel manquent les qualités maîtresses de M. Gladstone et l'habileté de M. Goschen. On a raconté que le chancelier de l'Echiquier parla de son emprunt à quelques banquiers ; ceux-ci se montrèrent peu enthousiastes et répondirent que, au-dessous de 4 p. 100, on trouverait difficilement de l'argent. Là-dessus, Sir M. Hicks Beach se mit en quête, et, vers le 2 août, il conclut avec un ancien fonctionnaire, aujourd'hui associé de la plus puissante maison améri-
de ramortissement, 4 millions 1/2; émission de bons du Trésor, 8 millions ; emprunt de mars 1900, 30 millions; emprunt de guerre supplémentaire, 13 millions ; bons du Trésor émis en août, 10 millions; en octobre, 2 millions ; soit un total de 84 millions et demi, auxquels il faut ajouter 15 millions de crédits nouveaux votés en décembre 1900 et 3 millions de bons de l'Echiquier, émis en novembre.
(1) Les crédits budgétaires anglais pour l'armée ont été de 20,6 millions de livres pour 1899-1900, de 61,459 millions pour 1900-1901 .
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caine, établie à Londres, la vente ferme de la moitié de l'emprunt à 98, avec condition du paiement en or. Puis, sans que rien fût connu de cet arrangement, le prospectus fut publié un vendredi, engageant le public anglais à souscrire, et lorsque, après trois jours de fête, la souscription fut ouverte le mardi matin, il y eut afflux de demandes. Mais à 10 heures 3/4, les portes furent fermées, les listes déclarées closes. Il y eut un très grand mécontentement; en outre, le chancelier de l'Echiquier s'était adressé à la première maison européenne de Londres pour l'aider; grâce à cette intervention, le Continent transmit pour 18 millions de livres qui ne furent pas accueillies davantage. Le chancelier de l'Echiquier demeure convaincu qu'il a fait une excellente opération en procurant 5 millions de livres en or au marché anglais, au moment où l'encaisse de la Banque d'Angleterre était tombée au-dessous du minimum des sept dernières années. Mais une forte tranche des bons de l'Echiquier ne tarda pas à revenir à Londres.
La Banque d'Angleterre a pourvu en bonne partie aux dépenses courantes de la guerre par des avances temporaires et, à certains moments, le gouvernement s'est trouvé fort endetté à la Banque. A la fin de novembre, il devait ainsi près de 8 millions de livres sur des « Ways and Means, et des eficiency bills ». Le gouvernement a le droit de demander des avances temporaires lors du paiement des coupons et de circonstances imprévues, mais, cette année, il a naturellement augmenté son appel à la Banque d'Angleterre. Celle-ci s'est trouvée, à plusieurs reprises, dans une situation délicate et difficile ; d'une part, elle avait le devoir de veiller à la sécurité monétaire, de ne pas laisser l'escompte hors banque s'en aller à vau-l'eau, à une grande distance du taux officiel et faciliter ainsi le drainage du métal jaune; d'autre part, elle devait faciliter au gouvernement le placement de ses emprunts, de ses bons à courte échéance. En outre, les grands débours que l'Etat faisait pour payer les frais de guerre amenaient sur le marché une abondance considérable, due à des causes factices, pouvant faire illusion sur la situation véritable du marché des capitaux (1).
Les besoins gouvernementaux sont donc venus compliquer une situation déjà tendue, cela n'a pas été seulement le cas en Angle-
(1) Le bilan de la Banque d'Angleterre a porté la trace, au mois de mars, des opérations de l'emprunt de 30 millions; le portefeuille grossit dans ure semaine de 7.560.000 livres, pour diminuer ensuite de 5.770.000 livres, les particuliers retirèrent 7.900.000 après en avoir versé 9.470.000.
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terre, mais presque partout les débiteurs ont dû consentir à leurs bâilleurs de fonds des conditions plus avantageuses. Nous en avons des exemples frappants en Allemagne. Si le chancelier de l'Echiquier doit emprunter à 98 1/2 en 2 3/4 et à 98 en 3p. 100, à courte échéance, il le fait toujours en sauvegardant l'avenir, en limitant à deux et à trois ans la période de non-convertibilité, mais il obtient de l'argent à des conditions meilleures que celles auxquelles l'on procède sur le Continent. En Allemagne, le relèvement du taux de l'intérêt pour les emprunts est très marqué ; dès le mois de mars, la Bavière, qui avait été Tune des premières à adopter le type 3 p. 100 et à convertir ses 4 p. 100, est revenue au 3 1/2 p. 100 ; elle en émet 42 millions à 93 1/2 (cédés au syndicat à, 92 1/2 p. 100), pour des travaux de chemins de fer et des achats de matériel. Son ancien 3 1/2 tombe à 96 p. 100, le 3 p. 100 à 86.90. Dans le courant de l'année, la Saxe emprunte en 3 p. 100 à 83. Ces emprunts en 3 p. 100 et 3 1/2 p. 100 réussissent lorsque le prix en est tentant pour le public, mais celui-ci montre beaucoup plus de goût pour le 4 p. 100. A la fin de Tannée, l'Etat de Hambourg obtient un très grand succès avec du 4 p. 100. (1 est vrai que rémission en coïncide avec le réveil du marché pour les valeurs à revenu fixe.
La même calamité atteint les municipalités en quête de capitaux pour les travaux publics, pour les industries diverses, éclairage ou transports, pour la construction de maisons,pour les services multiples dont elles se chargent. Leur concurrence sur le marché des capitaux a fait gémir les ministres des Finances. M. de Miquel, dit-on, a fait retarder autant que possible les autorisations d'émettre des emprunts municipaux et obligé les villes à s'adresser à la Banque d'Allemagne pour des avances; cela aurait été notamment le cas pour la ville de Cologne. Les municipalités ont dû revenir à un taux de 4 p. 100. Il en a été de même pour les obligations des banques foncières ; ces établissements qui sont nombreux en Allemagne ont été forcés de modifier l'intérêt des lettres de gage afin de pouvoir les écouler et encore le public s'est-il montré peu empressé. En automne, la déconfiture de deux banques hypothécaires, qui étaient exploitées par un groupe de financiers en vue de spéculations immobilières et autres, a augmente les difficultés; les banques foncières, surtout à Berlin, ont dû consacrer une partie de leurs disponibilités à soutenir le cours de leurs propres obligations. lien est résulté une véritable perturbation sur le marché de ces titres, dont il existe plus de six milliards en Allemagne.
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Les besoins de la Trésorerie allemande onl été considérables cette année, et la meilleure preuve c'est qu'il a été demandé 153 millions pour Texpédition de Chine jusqu'à la fin de mars 1901, et qu'il sera ensuite sollicité du Reichstag encore 100 millions de mark pour 1901-1902. Au mois de septembre, l'Empire dut se créer des ressources pour une centaine de millions de francs; lorsque le besoin s'en imposa, le marché indigène n'était pas assez pourvu pour qu'on espérât lui prendre impunément 80 millions de mark et cependant ne pas diminuer le taux d'escompte. En 1S99, la tension avait été très considérable, 6 p. 100 pendant près de trois mois, 7 p. 100 pendant trois semaines. On demanda alors au gouvernement de tout faire pour empêcher le retour à des taux aussi élevés. En septembre 1900, le change n'était pas en faveur de l'Allemagne, il y avait lieu de craindre, en prenant une aussi forte somme au marché indigène, de peser sur lui et de précipiter peut-être des sorties à destination de l'étranger. Comme Ta expliqué le président de la Reichsbank, pendant le premier semestre de 1900, la situation en Allemagne a été difficile, les exigences du commerce et de l'industrie encore considérables; on peut s'en rendre compte par le portefeuille ; pendant les neuf premiers mois, la Banque a acheté pour 5.872 millions d'effets de commerce en 1900 contre 5.718 en 1899; il y avait à tenir compte aussi du chiffre considérable des émissions faites à Berlin. Comme nous l'avons dit, les changes étaient contraires; par suite des demandes des voyageurs pour l'Exposition à Paris, et d'autres causes, l'Ailemagne était fort endettée à l'étranger. Dans ces conditions, il parut raisonnable d'avoir recours à une opération financière à l'étranger (1). C'était le seul moyen d'attirer des quantités considérables d'or et de rendre la balance des paiements favorable. C'est ainsi qu'avec la coopération de la Reichsbank, et par l'entremise de la Société d'Escompte de Berlin, de la Norddeutsche- Bank de Hambourg et de MM. M. Warburg de cette ville, le Trésor
(1) Cette transaction de l'Empire faite en septembre trouva son expression dans le bilan de la Reichsbank seulement en octobre ; le portefeuille-titres, composé principalement de bons dn Trésor escomptés, descendit progressivement de 55,2 à 14,7millions. Ce remboursement fut opéré à l'aide des rentrées de l'emprunt, sans que le marché allemand, assez pauvrement garni, fût mis à contribution.
De 1894 à 1899, l'excédent net des importations d'or en Allemagne a été de 564 millions. Pendant le premier semestre de 1900, contre une importation de 44 millions il y a eu sortie de 83 millions, soit un excédent de 39 millions.
TNTRODUCTION XI
accepta l'offre de la maison Kuhn Lœbe et Cie de New-York, associée avec la National City Bank, de prendre 80 millions de mark de bons du Trésor^ remboursables en 1904 et 1905 et rapportant 4 p. 100 d'intérêt.
Le paiement eut lieu non pas seulement en or effectif, mais en créances sur Tétranger et en effets de commerce sur Londres, qui représentaient de l'or. La Reichsbank a pu, en vendant une partie de ces traites, peser sur le change. L'opérât' on que le baron de Thielmann a faite à New- York a contribué à dégager le marché.
Il s'est engagé plus tard au Reichstag une discussion intéressante 6ur l'opportunité de cet emprunt contracté à l'étranger , que les agrariens ont presque considéré comme une trahison et que cependant M. Arendt a approuvé. L'opération a été défendue par un homme aussi compétent que M. Siemens avec d'excellents arguments. Nul pays ne craint de vendre ses titres sur le marché le plus avantageux, et à certains moments tous ont eu recours à des places étrangères. Un point que l'avenir élucidera, c'est si le classement aux Etats-Unis est satisfaisant et si, peu àpeu, les titres ne reviendront pas en Allemagne.
C'est la place de Paris qui a été le grand réservoir vers lequel le métal jaune a afflué dans des proportions inconnues jusqu'ici. L'Exposition Universelle, avec ses 47 millions de visiteurs, a créé des besoins de remise dans le monde entier; la France, en outre, est créancière des pajs étrangers et les exportations d'or de Russie et des Etats-Unis ont pris le chemin de Paris. Le chèque sur Londres qui était à 25,26 en janvier 1890 fléchit en février, remonte en mars, lors de l'emprunt de guerre anglais, à 25.24 1/2, baisse ensuite graduellement à 25.17, remonte en août (émission des bons de l'Echiquier), s'affaisse ensuite d'une façon ininterrompue et clôture en décembre entre 25 1/2 et 25 05 1/2. Le cours le plus haut a été pendant l'année 1900 de 25.26 1/2, le plus bas de 25.05 1/2, le cours moyen de 25.16.
Malgré l'Exposition, l'année n'a pas été brillante à Paris. Nous avons déjà dit que, grâce à son classement exceptionnel, la rente française s'était mieux tenue que les rentes semblables des grands pays; vers la fin de l'année, elle a été en reprise assez sensible, malgré les efforts d'un découvert qui s'est formé pour exploiter une fausse interprétation de la loi de 1895 sur les caisses d'épargne (loi qui laissait cinq ans pour ramener de 2.000 fr- à 1.500 fr. le maximum des dépôts individuels). Les grands établissements de crédit, dont les opérations se sont étendues, ont procédé à des augmentations de capital; leurs actions ont progressé. Bien que
XII INTRODUCTION
la France ait participé moins que d'autres pays à l'essor industriel, elle n'a pas échappé à un fort mouvement de spéculation sur un certain nombre de valeurs industrielles, qui, introduites sans émission publique avec une très grosse prime, ont subi une forte dépréciation (valeurs de traction, valeurs métallurgiques russes). On a beaucoup écrit sur les procédés d'émission, sur les conséquences de la réorganisation du marché de Paris, sur le renforcement du privilège des agents de change, sur la question des reports; la polémique a été également très vive et très acerbe sur le convenio que le gouvernement espagnol a fait avec ses créanciers porteurs de rente extérieure estampillée (réduction de 4 p. 100 en 3 1/2 p. 100, la différence étant consacrée à l'amortissement) et sur le rôle de l'Association nationale des porteurs français. Les griefs, les récriminations du public, des journalistes ont été d'autant plus accentués que les espérances n'ont pas été réalisées. Le jugement de M. Gaillaux sur les effets de la réglementation française et allemande en matière de bourse reste intact, cette année encore, sauf que la bourse de Bruxelles n'a pas échappé à la réaction, due à des excès de spéculation.
Au mois de février, la Banque de France a célébré son centenaire. Elle mérite amplement la justice qui lui a été rendue, de mettre au-dessus de toute autre préoccupation, celle des intérêts publics, elle pratique le véritable patriotisme qui fait plus de besogne que de bruit.
En examinant le bilan des grandes banques qui donne en quelque sorte la synthèse de la situation économique, nous constatons que les encaisses or étaient au commencement de l'exercice à la Banque de France de 1.866 millions de francs, à la Banque d'Allemagne de 586 millions, à la Banque d'Angleterre de 732 millions. L'encaisse or de la Banque de France n'a cessé d'augmenter; le 25 mai elle dépassait 2 milliards et au dernier bilan (6 décembre) elle était de 2.324 millions, soit une entrée nette de 458 millions. Il n'est pas sans intérêt de remarquer que, pendant la même période, l'encaisse argent a baissé de 42 millions. L'encaisse de la Banque d'Allemagne a suivi une marche assez irrégulière, elle s'est cependant renforcée et elle était au 30 novembre de 1.018 millions (or et argent) dans lesquels l'or entre vraisemblablement pour 728 millions. La Banque d'Angleterre, bien qu'elle ait été le plus attaquée, a, au 6 décembre 1900, 48 millions de plus qu'à la fin de 1899. Ce ne sont donc pas les grandes banques qui ont souffert de l'interruption de la production des mines au Transvaal. La circulation fiduciaire a grandi en France de 112 millions,
INTRODUCTION XIII
elle aurait augmenté beaucoup plus sans la diminution du portefeuille commercial ; à la Banque d'Allemagne, le plus gros chiffre atteint a été le 30 juin de 1 .637 millions de francs ; la limite légale a été dépassée plusieurs fois sans que la Banque ait cru devoir hausser le taux de son escompte. Quant à la Banque d'Angleterre, la circulation n'y varie jamais beaucoup et ce compte n'offre pas d'intérêt.
Ce qui est plus intéressant, c'est le portefeuille commercial ; il est au commencement de décembre, à la Banque de France, de 781 millions, venant de 1.200 millions. Le portefeuille de la Banque d'Allemagne a été, au plus haut, de 1.216 millions et au plus bas de 872 millions, avec tendance marquée à remonter, puisqu'il est au 30 novembre de 1.090 millions de francs. Le portefeuille de la Banque d'Angleterre, généralement si calme, a éprouvé le contrecoup des besoins de l'Etat; au début de l'année il était de 865 millions, au 15 mars il atteignait 1.012millions, puis il s'est affaissé jusqu'à 602 millions; au 6 décembre, il était de 673 millions seulement. Un trait caractéristique de l'année a été la fermeté et l'élévation du portefeuille des avances sur titres, tant à la Banque de France que dans les banques étrangères.
L'année débute à la Banque de France par 483 millions d'avances, le compte grandit d'une manière presque constante et au 6 décembre il enregistre 518. A la Banque d'Allemagne, oii les statuts imposent une grande rigueur vis-à-vis des avances, à certains moments le portefeuille se gonfle, on le trouve à 182 millions le 31 mars, à 135 millions le 30 septembre. Ce sont les points culminants ; le 30 novembre, il n'est plus que de 85 millions. On a dit que le chiffre élevé des avances pouvait être attribuée à ce fait que le public qui avait coutume de placer ses épargnes en fonds publics a été surpris par leur baisse; au lieu de vendre, il a emprunté pour acheter des valeurs industrielles; celles-ci à leur tour ayant baissé, il les garde en continuant à emprunter sur les valeurs à revenu fixe (1).
(l) Un juge fort compétent en ces matières nous écrivait que ce qui ressortait de ces chiffres, c'est que la situation était comme déséquilibrée. L'épargne, gorgée de valeurs industrielles, les conserve à tout risque, ne voulant pas réaliser les pertes qu'elle a subies, mais elle ne sait plus comment placer ?es fonds. D'où baisse générale avec pléthore de capitaux. Il faut dire que les grèves et les projets fiscaux, ajoute notre correspondant, annoncées de toutes parts, rendent l'industrie peu attrayante en France et sont pour quelque chose dans les faits actuels. Il est évident que la situation ne
XIV INTRODUCTION
En Allemagne, les besoins de FEtat ont contribué à grossir le portefeuille de la Banque; la Trésorerie s'est adressée plus d'une fois à la Reichsbank pour escompter des bons. La caisse de l'Empire n'a plus un fond de roulement considérable, et l'opération engagée en Chine a porté une certaine perturbation dans son fonctionnement. Comme l'Allemagne a été le pays où le mouvement industriel a été le plus brillant, les besoins d'argent les plus considérables, il est intéressant de suivre l'influence exercée sur les bilans de la Banque en automne ; on voit grossir le portefeuille, la circulation, puis diminuer ces deux chapitres et l'encaisse suivre une évolution contraire.
Si l'on prend les quatre dernières années, on voit, du 31 août au 31 décembre, les mouvements ci-dessous en millions de
mark :
Encaisse.
31 août 864 859 827 84i
30 septembre 756 738 686 725
31 octobre 800 728 707 766
30 novembre 870 773 729 814
31 décembre 826 752 700 729
Portefeuille et avances.
31 août 757 760 870 803
30 septembre ...... 1 .OU 1 .089 1 .238 1 .080
31 octobre 868 1.002 1.071 931
30 novembre 743 916 977 921
31 décembre 914 1.054 1.221 l.'<:34
Réaerve-billels.
31 août 4-123 +125 +63 -f 84
30 septembre — 205 - 276 — 371 — 295
31 octobre — 39 —155 —187 —138
30 novembre +98 — 36 — 89 — 23
31 décembre — 172 — 282 — 337 — 335
A partir du 1" janvier 1901, les ressources de la Reichsbank se trouvent augmentées de 40 millions M. et, en outre, la réserve des billets à émettre a été portée de 293 à 450 millions, soit 157 millions de plus. Avec sa prudence habituelle, la Banque d'Allemagne continuera certainement à manier l'escompte comme il convient
peut rester ce qu'elle est; bon gré, mal gré l'argent va revenir aux achats; le petit mouvement de reprise que l'on constate (mi-décembre) sur les rentes et sur d'autres valeurs est un premier indice. Cette disposition d'esprit montre surtout que, pour quelque temps, le rôle des valeurs industrielles est terminé en France.
INTRODUCTION XV
aux intérêts du pays et non pas comme le suggèrent les inflationnistes. Les besoins demeurent considérables, malgré le ralentissement des affaires. Dans les huit premiers mois de l'exercice, le timbre sur les effets de commerce a produit 10 0/0 de plus qu'en 1899-1900, qui était déjà en augmentation de 8 0/0.
On sait que la nouvelle législation allemande sur les bourses a contribué au resserrement des capitaux par Tinterdiction des affaires à terme, elle a amené les gens à se servir de succédanés du marché à terme, qui exigent l'immobilisation de sommes plus considérables que par le passé, sans écarter le moins du monde la spéculation; elle a fait disparaître une organisation qui était utile pour amortir les à-coups, les fluctuations trop violentes. On s'en est bien aperçu à diverses reprises en 1900 à Berlin. Un autre grave inconvénient de la nouvelle loi, c'est qu'en n'admettant la validité des transactions à terme qu'entre personnes inscrites dans le « registre de bourse », elle a ouvert la porte à la mauvaise foi, q.ii est bannie plus qu'on ne croit, lorsque le législateur nintervient pas, dansles relations commerciales et financières. Au mois d'août le monde des affaires en Allemagne s'est ému d'incidents comme il en survient presque toujours dans les périodes de baisse. Une vieille maison de Cologne a fait usage du droit que concède la législation entre personnes non inscrites sur le registre, pour refuser de payer ses différences, sous prétexte qu'il s'agissait d'opérations de jeu. Non contente de ne pas faire honneur à ses engagements, elle réclama le remboursement des couvertures absorbées. On fut d'autant plus surpris qu'il s'agissait de banquiers, non de joueurs de profession. On se rappellera qu'il y a une trentaine d'années, un habitué de la Bourse de Berlin ayant plaidé l'exception de jeu, le président de la corporation des négociants le traita publiquement de coquin et lui tint un langage si énergique que l'autre s'exécuta. Les temps ont changé. 11 y a une véritable démoralisation dont le législateur allemand porte en grande partie la responsabilité (1). Le Bœrsengesetz a été
(1) M. de Mendelssohn Bartholdy, chef d'une des premières maisons de Uerlin et qui fit partie de la grande commission d'enquête sur les Bourses a rappelé que le registre de Bourse fut créé contre l'avis de la Commission par le Reichstag. La majorité avait admis le Registre pour les affaires à terme en marchandises, le Reichstag le supprima; elle l'avait rejeté pour les transactions en valeurs mobilières, le Parlement l'introduisit, le gouvernemeat le subit. La Gazette de Francfort a raconté que deux frères se sont entendus pour jouer l'un à la hausse, l'autre à la baisse. Celui qui gagnait a encaissé les différences, l'autre a soulevé la question de la non validité des opérations.
XVI INTRODUCTION
une cause d'affaiblissement pour le marché financier allemand, considéré à un point de vue un peu général; indirectement le crédit même de TEtat s'en ressent. La nécessité d'amender la loi s'impose. Mais il ne paraît pas qu'il soit facile d'y arriver.
Le 14 mars 1900, le président des Etats-Unis a donné sa sanction à la loi établissant d'une façon définitive l'étalon d'or aux Etats-Unis ; c'était une évolution qui s'imposait nécessairement ; par un acte de courtoisie rétrospective, on a inscrit dans la nouvelle loi qu'aucun obstacle ne serait apporté à l'établissement du bimétallisme international (1).
La valeur de la monnaie d'argent reste intacte. L'unité monétaire est le dollar d'or; c'est en cette monnaie que sont payables les obligations de l'Etat, toutes les autres dettes publiques ou privées à défaut de stipulations spéciales. On sait la complexité des instruments de paiement aux Etats-Unis; l'inconvénient qui résulte pour le Trésor de ce que l'Etat a assumé les fonctions d'émet teur de papier-monnaie et de ce qu'il a conservé plus de 300 millions de dollars de billets remboursables en or. La loi de 1900 s'efforce de remédier à la situation défectueuse, en créant un département spécial de l'émission et en constituant une réserve d'or de 150 millions de dollars pour le remboursement des greenbacks. En même temps il a été englobé, dans cette loi monétaire, une conversion facultative des 4.250 millions de francs d'obligations fédérales 5, 4 en 3 p. 100 et 2 p. 100, à raison de ] 10 p. 100 de 2 p. 100 contre 100, et une modification du régime de l'émission fiduciaire des banques nationales, afin de se garantir des preneurs pour le nouveau 2 p. 100.
Les banques nationales ont été imaginées, lors de la guerre de Sécession, par M. Chase, surtout afin de placer les emprunts de guerre ; il leur accorda le privilège d'émettre des billets circulant dans tout le territoire de l'Union, jusqu'à concurrence de 90 p. 100 de leur capital et de 90 p. 100 de la valeur nominale des titres fédéraux déposés à la caisse du Trésor. Certaines restrictions étaient imposées au point de vue du capital minimum des banques et de l'importance des localités où elles pouvaient s'établir. M. Gage, en 1900, a fait voter par le Congrès l'autorisation d'émettre jusqu'à concurrence de la totalité du capital et de la totalité du montant nominal des obligations déposées, à condition qu'elles fussent du 2 p. 100 nouveau ; il a fait réduire de moitié (de 1 à 0,50) la taxe
(11 Une faut pas oublier que les Etats-Unis se sont reconnus impuissants à réhabiliter l'argent tout seuls, avec la France.
INTRODUCTION XVII
sur les billets ainsi couverts, enfin il a fait admettre la fondation de banques nationales au capital de 25.000 dollars et dans des localités de 3.000 habitants. Si l'on doit approuver sans réserve les Etats-Unis d'avoir mis fin à toute incertitude concernant la qualité internationale de leur monnaie, on peut critiquer le compromis survenu en ce qui touche les attributions de l'Etat comme distributeur de moyens de paiement; il eût été préférable d'emprunter et de rembourser simplement tous les greenbacks, de même une partie dangereuse de la loi est celle qui ouvre la porte à une augmentation considérable de la circulation fiduciaire des banques nationales, jusqu'à 400 millions de dollars (2 milliards de fr.).
A la fin de novembre, il avait été converti 260 millions de dollars d'ancienne dette, soit le tiers environ : la prime payée de 10 p. 100 a absorbé 26 millions ; il reste pour la première année une économie de 6 1/2 millions, qui sera ensuite de 32.6 millions. La mesure est surtout avantageuse aux banques nationales, l'avenir montrera si elle a été utile aux intérêts généraux du pays. Jusqu'ici le Gomptroller of the Currency a approuvé 244 demandes d'organiser des banques nationales pour un capital de 52 millions de dollars. Le total des demandes, y compris celles-ci, a été de 890, dont 382 s'appliquent à la transformation d'institutions existantes en banques nationales; la majorité des demandes vient des Etats de l'Ouest et du Sud (1).
Cette année la circulation des banques nationales a augmenté déjà de 80 millions de dollars; cette augmentation a contribué à la facilité sur le marché financier américain. La condition du marché a été différente en 1900 de ce qu'elle avait été en 1899. On se ressentait à la fois des besoins de fagriculture au lendemain des grandes récoltes et de l'animation extraordinaire de la Bourse. Cette année, les affaires ont été plus calmes. Durant la campagne électorale pour la présidence, on s'est imposé quelque réserve ; après le succès de M. Mac Kinley, les cours ont monté.
Un autre facteur de première importance, c'est que le solde en faveur des exportations ait été si considérable dans les dernières années : 5.300 millions de francs de juillet 1898 à juin 1900 (2).
Ce grand mouvement d'exportation a eu son origine dans la
(1) M. Gage lui-môme reconnaît que le système monétaire des Etats-Unis, subordonnant trop la quantité de billets en circulation au prix des titres de la dette fédérale et pas assez aux besoins du commerce et de l'industrie, n'est pas encore satisfaisant.
(2) De 1890 à 1899, l'excédent des exportations a été de 2.615 millions de dollars.
XVIII INTRODUCTION
crise industrielle plus étendue et plus sévère, qui était la conséquence de Yargentisme et qui a atteint son maximum en 1893, lors de la lutte soutenue par M. Gleveland. Le prix des produits américains tomba très bas, et cela pendant des années. Cette dépréciation a stimulé les exportations de même qu'elle a incité les intéressés à améliorer les procédés de production et de vente. L'industrie des chemins de fer a traversé une épreuve terrible, marquée par la faillite des compagnies; elle en sortit réorganisée et capable de transporter à meilleur marché; ce fut encore une cause d'accroissement des exportations. Les Etats-Unis ont bénéficié de racti\ité des demandes d'acier et de fer en Europe, résultant en partie des armements des gouvernements; les grandes récoltes qu'ils ont eues pendant les dernières années ont trouvé des débouchés faciles.
Ce sont là des conditions qui expliquent la suprématie momentanée de l'Amérique du Nord, mais il faut se garder d'un optimisme exagéré. La position industrielle et financière est très forte, mais il ne faudrait pas en tirer des conclusions trop larges. Cette situation a été obtenue par le développement rapide de l'exportation, à la suite de circonstances spéciales qui ne se reproduiront peut-être pas toujours.
On s'est demandé si l'on ne triomphait pas trop tôt à New-York de la décadence de Londres. New- York a gagné beaucoup d'argent de diverses manières ; la plus lucrative a été la réorganisation des chemins de fer où l'on a sacrifié sans raison les porteurs européens d'actions et d'obligations. Les Etats-Unis ont eu, comme nous venons de le dire, plusieurs récoltes vendues dans de bonnes conditions grâce aux déficits en Russie et aux famines dans l'Inde. Cette année-ci la récolte du coton serait inférieure à la moyenne, et l'on a poussé les prix. Il est entré beaucoup de capitaux à New-York, mais tout cela n'aurait pas suffi si l'on n'avait changé la législation des banques nationales. De ce fait, la circulation a été augmentée et finflation relative a dû trouver un emploi. Les États-Unis ont servi de débouchés à une partie de l'emprunt de 10 millions de livres en bons anglais et de 80 millions de mark en bons allemands, mais une partie considérable des premiers est rentrée en Angleterre et quant aux seconds, New-York les a payés en tirant sur Londres (1).
(l)Au coiumencemeot tle l'année, les compagnies d'as-urances américaines ont acheté une vingtaine de millions de dollars d'obligations de chemins de fer russes garanties par TEtat. Plus tard, on a essayé de placer à New-York
INTRODUCTION XIX
La question du classement définitif aux Etats-Unis reste ouverte : il s'agit, il est vrai, d'obligations, à quelques années d'échéance. Les Etats-Unis ont placé des capitaux en Europe, ils ont racheté des valeurs de chemins de fer. Malgré toute cette abondance de ressources, ils ne dédaignent pas cependant de se faire ouvrir des crédits de banque en Europe.
Le métal blanc a éprouvé cette année un réveil, les prix se sont relevés. Les causes principales de la reprise ont été les achats du Gouvernement des Indes, et d'autres achats pour l'Extrême-Orient.
On sait qu'en 1898 le Gouvernement des Indes prit l'engagement de donner de l'or contre des roupies, à raison de 1 livre pour 15 roupies. Le 15 septembre 1899, une loi fut promulguée rendant l'or étalon dans l'Inde. Le Gouvernement assumait l'obligation légale de continuer à échanger des roupies pour de l'or et se chargea, mais sans assumer aucune obligation légale, de donner de l'or contre des roupies jusqu'ànouvel ordre, en d'autres termes l'obligation de recevoir de l'or était définitive, celle d'en débourser était facultative. Jusqu'au 31 mars 1900, il avait reçu 9 millions de livres sterling d'or en échange pour des roupies ; durant le mois de mars 1900, il consacra 500.000 livres de cet or à acheter del'argentpour le frapper en roupies, soit 11.500.000 roupies. Pendant l'exercice fiscal 1899-1900, YIndian Office vendit des lettres de change et transferts télégraphiques sur l'Inde pour 19 millions de livres, au change moyen de 1 sh. 4 pence 068. Le montant d'or reçu par le Gouvernement jusqu'en octobre 1900 a progressé de 8 millions et demi, dans le Currency Reserve (fonds d'échange), le 31 mars 1900 à plus de dix millions et demi. Sur ce total, un million environ est entré dans la circulation ; un million et demi a été employé en achat d'argent-métal, et dans le courant de décembre un nouvel achat pour 500.000 livres est en voie d'exécution. Le montant de la réserve d'or, en octobre, s'élevait à 8 millions de livres et il y a de nouvelles entrées d'or actuellement. Y compris les 500.000 livres de décembre, le Gouvernement indien aura frappé 45 millions de roupies avec le produit des ventes d'or. Cela ne représente pas la totalité des frappes nouvelles, car il a été refrappé des vieilles monnaies n'ayant pas cours et du métal blanc obtenu de divers Etats indigènes, en vertu d'arrangements particuliers. 11 est probable que la frappe d'argent depuis le 31 mars 1900 s'élève à 60 millions de roupies.
des titres suédois. La cote de New-York enregistre des valeurs allemandes, suisses, hollandaises.
XX INTRODUCTION
Si Ton ajoute aux frappes de 1899-1900 et de 1900-1901 le montant qui est sorti du fonds d'échange contre des entrées d'or, on peut estimera près de 170 millions l'accroissement de la circulation argent aux Indes depuis moins de deux années. Une partie de cet accroissement résulte du plus grand besoin de numéraire dans les districts éprouvés parla famine, besoin de monnaie d'argent pour payer les aliments et les travaux d'assistance (1).
Le montant des traites et transferts de l'Indian Office est estimé pour le budget de 1900-1901 à 16.440.000 livres contre 19.000.000 l'année précédente. Il n'est pas probable que le Gouvernement des Indes aura à vendre beaucoup plus de la moitié, car la métropole a de gros paiements à faire au Gouvernement indien pour transports, approvisionnements, troupes expédiées des Indes dans l'Afrique méridionale et en Chine. Jusqu'au 28 novembre 1900, l'Indian Office a vendu des traites ou transferts pour5.780.000 livres contre 12.200.000 durant les huit mois correspondants de l'année fiscale 1899-1900. Le taux obtenu s'est tenu de très près à 1 sh. 4 pence. Pour compléter cette esquisse du mouvement monétaire et financier en 1900, il ne faut pas oublier de mentionner la crise au Brésil, l'effondrement de plusieurs banques qui a provoqué l'intervention de l'Etat et des mesures législatives contre
les transactions à terme sur le change. Le change brésilien a tra-
versé de grandes oscillations : de 7 -— -• pence, il s'est élevé à
13 1/2 pour retomber à 10 1/2.
Cette question du change est aussi d'une importance capitaie pour l'Espagne, et il faut souhaiter que la politique de la Banque d'Espagne soit dirigée davantage dans le sens des intérêts généraux du pays, moins exclusivement en faveur des seuls actionnaires. On a eu, en 1900, ce spectacle étrange d'un abaissement de l'escompte à 3 1/2 0/0 à Madrid, alors que les autres banques européennes élevaient le leur; il est vrai qu'on était au lendemain d'un emprunt et qu'il fallait faciliter la mise en circulation des billets que l'opération de consolidation avait fait rentrer dans les caisses de l'établissement (2).
(1) Les dépenses pour la famine aux Indes se sont élevées à 13 millions de livres sterling en deux ans, dont 6.1 millions en secours, 3.4 millions en remises d'impôts, 2.3 en avances aux Etats indigènes, 1 million aux particuliers.
(2) A la fin de 1900, l'agio sur l'or est de 35 0/0 à Madrid. La circulation fiduciaire est de 1.600 millions, contre lesquels la Banque d'Espagne a 392 millions en or, 402 millions en argent, 200 millions en effets de commerce
INTRODUCTION XXI
Que réserve l'année 1901 ? Il se peut que, si la guerre du Transvaal vient à se terminer et que Tordre soit rétabli en Chine, qu'on assiste à une détente sur le marché des capitaux, une poussée des cuurs, mais le grand mouvement de 1895-1900 a subi certainement un arrêt. Ce sont les fonds d'Etat et les obligations qui attirent l'attention des capitalistes. Ce qu'il faut souhaiter, c'est que les idées libérales en matière de commerce regagnent du terrain à la veille du renouvellement des traités de commerce; l'exemple de l'Allemagne est là pour prouver tout le profit que le pays retire de conventions commerciales à longue échéance. La lutte, en tout cas, sera ardue.
Arthur Raffalovich.
900 miUions de pagarès de l'Etat. Depuis huit ans Tor a augmenté de 152 millions (76 0/0)^ l'argent de 234 millions (133 millions). La Banque a acheté de l'argent pour le faire frapper et émettre en contre-partie du métal évalué momentanément deux fois sa valeur marchande, le double de billets La banque pour un capital de 150 millions a distribué 37 1/2 millions de pesetas aux actionnaires en 1899, 36 millions en 1898 et en 1897. Il faut absolument assainir la situation.