‹ Le marché monétaire et ses crises depuis cinquante ansChapitre 11 sur 88 · st · texte numérisé non relu

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Quoique l’aspect général du marché commençât à s'améliorer, les faillites se succédaient sans interruption , la chute des uns entraînant celle des autres. Le 17 novembre, l’important établissement de crédit Wolverhampton and Staffordshire bank suspendit ses payements, mais en Irlande et en Ecosse la continuer renaissait. En ces circonstances terribles, on vit ce que peuvent l’initiative individuelle et les habitudes de publicité dans un pays libre. Ce même jour 17 novembre, se réunit à (îlascovv un meeting

composé des membres de l’aristocratie et de la bourgeoisie riche, et tous les assistants s’engagèrent à accepter au pair le papier de banques en tout payement. Cette énergique résolution ramena la confiance. Le billet circula de nouveau, et comme les actionnaires des banques, la plupart riches propriétaires, étaient tenus sur tous leurs biens, en vertu de la clause de responsabilité illimitée, le passif fut entièrement couvert.

Dans la semaine finissant le 25 novembre, la situation de la Banque commença décidément à se raffermir. Elle vendit de nouveau pour 600,000 1. st. de fonds publics, et l’encaisse gagna 780,000 1. st. Les dépôts privés s’accrurent encore et montèrent à 14,951,000 1. st., ce qui permit au portefeuille de s’élever à 31,350,0001. st., total presque double du chiffre ordinaire. La Banque de France ayant abaissé son escompte à 9 p. 1 00 en présence d’un encaisse de 203 millions de francs, le marché anglais était celui où l’argent était le plus cher, et il l’attirait ainsi de toutes parts ; les changes lui étaient partout extrêmement favorables. Indépendamment de l’or d’Australie, il lui en arrivait de Russie, de France et même des États-Unis; et le numéraire qui avait été absorbé par l’Écosse au moment de la panique revenait peu à peu à Londres. A partir de cette époque, les bilans hebdomadaires de la Banque montrent' une constante amélioration . L’encaisse et la réserve se relèvent rapidement ; le 24 décembre l’escompte est réduit à 8 p. 100, avec un encaisse de 10,753,281 1. st. et une réserve de notes dans le bnnking department de 5,426,670 1. st.

La Banque de France avait déjà réduit, l’intérêt à 0 p. 1 00 et à Hambourg il était tombé à 5 p. 100. En ce qui concerne le marché monétaire la crise était terminée; mais les conséquences de cette rude secousse retombaient maintenant sur le commerce et sur l’industrie, dont l’activité était pour ainsi dire complètement suspendue. L’ébranlement général et la stagnation des affaires amenèrent une baisse considérable sur tous les prix 1 . La fonte tomba de 83 à 48 sc.hellings la tonne, les cotons filés et tissés perdirent de 18 à 24 p. 100, et il en fut de même pour la plupart des marchandises. Les pertes de tous les fabricants furent énormes. Il fallut restreindre la fabrication et renvoyer les ouvriers. L’industrie sidérurgique principalement souffrit beaucoup : plus de cent vingt hauts fourneaux furent mis hors feu et par suite quarante mille ouvriers se trouvèrent sans ouvrage. A Manchester, à Birmingham on ne travailla qu'à Shorltime, c’est-à-dire trente-six heures par semaine. La diminution forcée des salaires traîna après elle son triste cortège de misères : coalitions, émeutes, extension rapide du paupérisme. De septembre 1837 à février 18S8, on compta deux cent sept grandes faillites avec un passif d’environ 1 milliard 1/2 2 . En Angleterre, beaucoup

1. Voici le cours de quelques articles au commenc°mi:nt de 1 S57 et au I er janvier 1858, durant la crise :

Colon

kil.

Janvier 1857.

Janvier 92 - à

18 HS.

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310 » îl

Riz Renjrale. . .

Huile de colza.

2. On a enregistré à ce sujet quelques faits vraiment incroyables. Ainsi

moins de maisons s’écroulèrent qu'en Amérique, mais relativement les pertes définitives furent plus grandes. Tandis que là-bas l'Union se releva bientôt avec toute la vigueur et l’élasticité de la jeunesse, comme un vaillant navire qui, la tempête passée, se redresse sur la vague et reprend sa course rapide, ici la mère patrie, semblable à un puissant trois-ponts dont les lames ont emporté les agrès et fatigué la carène, ne se remit que lentement de la secousse qui avait ruiné son crédit et ébranlé ses industries. Pendant tout le printemps de 1 8 ‘18. le travail languit. Ce ne fut que vers la fin de l'année que les affaires reprirent leur activité accoutumée.

Après avoir ainsi dévasté l’Angleterre, la crise s’abattit sur le continent. La France, qui reçut le premier choc, résista admirablement. Son immense circulation métallique, la plus grande du monde, les allures prudentes du commerce, les usages des banques, qui ne favorisent point les crédits à long terme, telles sont les causes principales qui lui permirent de tenir tête à l’orage sans de trop grands désastres. Néanmoins l’encaisse métallique de la Banque diminua rapidement : en novembre, il était descendu à 189,544,907 fr. pour 589 millions de billets 1 . Le

la Wolverhamplon-Bank avait avancé à deux maisons 40 millions de francs. La firm. G... et f. ie avait en capital lui appartenant 250,000 fr. : elle suspendit avec un passif de 1 4 millions. La firm B... était parvenue, grâce au crédit, à faire en trois ans pour 75 millions d'affaires avec un avoir de 200,000 fr. La maison M..., qui n’avait jamais eu 30,000 fr. à elle, laissa un passif de 9 millions. Le chancelier de l'échiquier, sir Charles Wood, fit connaître au parlement que le Royal -Bank de Liverpool avec un capital versé de 000,000 livres sterling, en prêta 500,000 à une seule maison.

1. Les comptes rendus de la Banque de France nous apprennent qu'en 1855. 1856 et 1857 elle acheta pour I milliard 37 7 millions de francs

taux de l’escompte à Paris fut porté successivement, comme à Londres, h 7 1/2 en octobre, à 8, 9 et enfin à 10 p. 100 en novembre. Jamais on ne l’avait vu aussi haut, car longtemps la Banque s’était fait un point d’honneur de le maintenir toujours au taux uniforme de 4 p. 100. Il y eut un moment de terreur. Quelques maisons fortement engagées avec l’Amérique succombèrent. Oes adresses furent même envoyées d'Orléans et. du Havre réclamant le cours forcé des billets. Beaucoup d’industries souffrirent, l’activité fut partout fortement déprimée ; mais il ne se produisit rien de comparable à ce qui s’était vu de l’autre cAté du détroit. En décembre, l’encaisse s étant relevé à 236,021,592 fr., l’escompte fut ramené à 5 p. 100.

L’Allemagne, Hambourg et les trois États Scandinaves furent bien plus maltraités. Hambourg est, comme on sait, l’un des principaux ports du monde. C’est par l’Elbe que se font en très-grande partie les échanges de l’Europe centrale avec l’Angleterre, le Nord et les pays d’outre-mer. La valeur de ses exportations et de ses importations était montée en 1856 à 1 ,268,305,81 0 marks banco '. Durant les dix premiers mois de 1857, la spéculation avait accumulé dans les magasins des quantités énormes de denrées coloniales achetées à des prix d’un tiers plus élevés que d’ordinaire. Hambourg était non-seulement une très-importante place de commerce, c’était aussi une vaste banque qui se chargeait de la négociation et du recouvrement de

de linprots , pour lesquels elle dut payer 15 millions 893.000 francs de primes.

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