I. Le mark hanro vaut I fr. 87 e
toutes les traites du nord Scandinave. Pour faire l'ace à ces immenses opérations, beaucoup de capitalistes et de commissionnaires avaient recours au dangereux expédient du crédit Actif fondé sur du papier de complaisance. La situation du marché était donc déjà critique. Le terrain était miné, et un ébranlement un peu sérieux devait suffire pour causer les plus graves catastrophes. La crise éclata quand elle diminuait déjà d'intensité à Londres, après la suspension de l’«c< de 1 8 H . La faillite d’une maison établie en Angleterre, et qui faisait de grandes affaires avec tout le Nord, produisit le premier choc; la secousse fut terrible. En moins d’une semaine, la situation sembla désespérée : on ne comptait plus les banqueroutes; tout le monde était devenu insolvable. On essaya de tous les moyens pour rétablir le crédit ébranlé, sans pouvoir y réussir; association pour l’escompte, prêts en bons d’État sur marchandises, nomination d’administrateurs pour les maisons embarrassées, rien ne parvint à calmer la panique.
Pendant quinze jours, ou eût dit une ville prise d'assaut. Enfin le salut arriva d’où certes on n’aurait pas dû l’attendre, de l’Autriche, réduite elle-même depuis si longtemps à l’extrémité du papier-monnaie ; mais précisément parce qu’elle n’était pas tenue au remboursement de ses billets à cours forcé, elle pouvait se passer de son métal, et elle prêta à Hambourg 10 millions de marks banco, qu'elle envoya par un train spécial aussi richement chargé qu’un galion du Mexique. Cet, argent fut employé à faire des avances aux principales maisons qui allaient succomber, et
dés ce moment la couliance revint un peu. Déjà, à la lin de décembre, l’escompte était ramené au taux habituel. Quand on lit le relevé des désastres occasionnés par la crise, ou trouva 145 faillites avec un passif de près d’un demi-milliard de francs, dont une grande partie, il est vrai, fut payée plus tard. Par le contre-coup, tout le nord Scandinave fut secoué et ravagé, et maintenant encore on ne s’y rappelle qu’en frémissant la terrible année 1857. A Copenhague, à Stockholm, à Christiania, dans le Schlesw ig- Holstein, les banqueroutes furent relativement aussi nombreuses qu’à Hambourg. Dans le Danemark seul, on en compta 200, dont 77 pour Copenhague. La plupart des villes de l’Allemagne, Leipzig, Stettin, Berlin, Magdebourg, Stuttgard, Cologne, et les villes du nord de l'Italie eu relations habituelles avec l’Allemagne, Turin, Milan, Venise, eurent aussi à traverser de rudes épreuves. Partout éclataient les faillites, suivies de pertes, de ruines et de suicides. Les conséquences de l’ébranlement des grands marchés de Londres et de Hambourg se tirent sentir jusque dans l’autre hémisphère. Dans l’Amérique du Sud, à Uio de Janeiro, à Buenos-Ayres, à Valparaiso, à (iuayaquil, et jusque dans les îles de la Sonde, à Batavia et à Siugapore, beaucoup de maisons succombèrent avec des passifs plus ou moins considérables.
La crise de 1857 fut surtout remarquable par sa généralité, car il n’y eut pour ainsi dire aucune partie du globe qui y échappa. Elle montre combien le lien commercial qui réunit tous les peuples est devenu intime par suite de la facilité des échanges et des communications, par suite
aussi de l’extension du crédit, qui ne craint plus de s’aventurer jusqu'aux antipodes. Elle prouve manifestement que désormais, pour le bien et pour le mal, dans la prospérité et dans l’adversité, les nations deviennent réellement solidaires. Saint Paul, dans une sublime image, a dit que tous les hommes ne forment qu’un corps, et les philanthropes se sont toujours plu à parler de la grande famille humaine. Ces expressions cessent d’être, dans l’ordre économique du moins, de pures métaphores ; elles commencent à traduire tout simplement la réalité. f)u’à l’autre bout du monde un engorgement se produise pour la circulation, que de l’autre côté de l’Àlantique la guerre civile éclate, et les peuples européens ne tardent pas à ressentir le contrecoup de ces accidents locaux. Ils s’en aperçoivent à des signes que nul ne peut méconnaître et dont tout le monde pâtit : la rareté de l’argent et la baisse de toutes les videurs.