‹ Le marché monétaire et ses crises depuis cinquante ansChapitre 14 sur 88 · II», si · texte numérisé non relu

II», si

D’autre

part, les États-Unis

importaient pour beaucoup

plus «le la Chine et de 1 Inde qu’ils n’y exportaient. Ils étaient donc en dette envers ces pays ; mais comme ils étaient créanciers de l’Angleterre, ils la chargeaient de payer leurs dettes pour eux ; en d’autres termes, ils payaient la Chine au moyen de traites tirées sur Londres. Londres s’acquittait donc envers New- York eu envoyant de l’argent vers l’Orient.

Eu 1860, comme on le voit d’après le tableau donné plus haut, les exportations d’Amérique en Angleterre avaient augmenté, et ses importations avaient diminué, de sorte qu’une balance était due à l’Amérique de 23,115,100 1. st., soit environ 600 millions de francs, au lieu de 250 millions en 1850'. La situation si grave de l’Union à la suite de l’élection du président Lincoln et l’appréhension d’une guerre civile qui déjà semblait inévitable, avaient fortement restreint la consommation des produits européens et les ordres à l’étranger, de façon qu’au commencement de 1861 la dette commerciale de l’Angleterre envers 1’Union augmenta encore ; et, en effet, pendant le premier trimestre de l’année, les exportations vers les États-Unis tombèrent à 4,096,679 1. st. contre 5,822,109 en 1860, et 6,202,941 en 1859, tandis que les importations montèrent à 13,834,051 1. st. contre 11,084,113 eu 1860 et 6,901 ,609 en 1859. La balance pour ces trois mois était donc de 9,737,372 1. st. en faveur des États-Unis, et il fallait l’ajouter à celle de l’année 1860.

La conséquence naturelle de cette situation fut une

I . Les expéditions vers l'Angleterre en blé et farine s’étaient élevées, en 1859, aune valeur de 1 4 ,083,893 1. si , et on 1800, à 2 1 ,835,1 13 ). si. ; soit en plu?, en I8G0, 7,7 51,750, ou 191 millions de francs.

fin

forte dépression du change sur Londres. Les créances de l’Amérique sur l’Angleterre donnaient lieu à la création de beaucoup de traites. Ces traites étant plus offertes que demandées par ceux qui en avaient besoin pour payer des importations anglaises, devaient nécessairement perdre de leur valeur. Aussi le change dont le pair s’exprime par 109 tomba-t-il à 102 en novembre et décembre 1863. A ce taux, il y avait avantage k envoyer du métal au lieu de faire tirer sur Londres. Par suite l'écoulement de l’or devint sérieux et, comme toujours, entama tout d'abord l'encaisse de la Banque. Le l;i novembre 1860, l’escompte fut relevé à 6 p. 100, tandis qu’il n’était qu’à 3 au commencement de l’année. Toutefois, ce ne fut qu’en janvier 1861 que. le monde commercial commença à s’inquiéter des dangers qui menaçaient le money market. Par des pertes constantes de numéraire, la Banque d’Angleterre était réduite, au 9 janvier, à 12,173,386 1. st. ; et, d’autre part, la Banque de France avait perdu eu un mois environ 80 millions de francs. Une circonstance spéciale tendait à rendre la position de cet établissement extrêmement difficile. Son encaisse métallique s’élevait encore à 349,670,694 fr., ce qui n’était pas un chiffre alarmant. Malheureusement la plus grande partie de ce numéraire était en argent, qui, réalisant une forte prime comme marchandise, aurait été enlevé pour le creuset, si la Banque avait remboursé ses billets en ce métal. Elle était donc réduite à son stock en or qui était, disait-on, extrêmement réduit. On parlait même de suspendre les payements en espèces. Sans doute, on en était loin, car la Banque pouvait et aurait même dû

vendre son argent pour de l’or en réalisant la prime à son profit, et c’est ce qu’elle fit, en effet, plus tard par suite d'un accord avec la Banque d’Angleterre ; mais elle préféra d’abord tirer de l’or de Londres au moyen de traites, ce qui effraya le marché anglais déjà fortement déprimé parles demandes d’exportation métallique pour New- York. Afin de se défendre, la Banque d’Angleterre éleva le taux de l’escompte à 7. La Banque de France, de son côté, le porta d’un coup de 5 f/2 à 7 p. 100.

Le 16 janvier, quoique l’Angleterre eût déjà envoyé 3 millions sterling en Amérique, le bilan de la Banque indique une nouvelle réduction du numéraire de 400,023 livres sterling. La semaine d’après, le change sur Londres ayant monté à New-York à 4 06 1/2, il se produisit un moment d’arrêt dans l’écoulement de l’or; mais tout à coup, au moment où le money-market commence à respirer, un autre danger le menace venant cette fois de l’Orient. Le change s’améliore à New-York , mais il se déprécie à Calcutta et de fortes remises d’argent se font vers l’Inde. En six semaines on enlève pour 1,521,901 livres sterling d’argent, tandis que toute l’exportation de ce métal pendant les six derniers mois de 1861 ne s’était élevée qu’à 3,703,903. Les grands achats faits par le commerce en Chine et les placements dans les travaux publics de l’Inde, expliquent ce drainage métallique. L’encaisse de la Banque tombe à 11,671,332 et elle élève le taux de l’escompte à 8 p. 100.

A mesure que le numéraire s’écoule, la Banque hausse le taux de l’intérêt pour le retenir ou le rappeler. Les

chiffres suivants montrent parfaitement la relation de ces variations.

Dates du bilan.

Encaisse.

K&compte.

3 octobre 1860.

7 novembre.

26 décembre.

2 janvier 1861.

13 février.

20 février.

Le taux de 7 p. 100 avait suffi pour arrêter la fuite de l'or, car le bilan du 2 février avait montré une augmentation dans le numéraire de 96,036 livres sterling, et celui du 6 février de 213,220 livres sterling; mais pour arrêter l’écoulement de l’argent vers l’Orient, il avait fallu recourir à des moyens plus énergiques.

A peine l’escompte est-il porté à 8 p. 100 que le numéraire reflue vers Londres et vers la Banque. Comme l’intérêt est très-bas en Allemagne et en Hollande, l’argent passe en Angleterre où il trouve un plus fort loyer. Voici les chiffres empruntés au bilan de la Banque d’Angleterre, qui prouvent à l’évidence à quel point un intérêt élevé attire le capital disponible.

Réserve. Encaisse.

13 février. 6.356.000 11.571.332.

20 mars. 8.325.000 12.701.000.

L’escompte fut abaissé de 8 à 7 p. 100 à Londres, le 21 mars; à 6, le 4 avril, avec un encaisse de 13,000,130 livres sterling; à S le 1" août; à 4 1/2 le 15 août; à 4 le

29 août; et enfin à 3 1/2 le 19 septembre avec un encaisse de 13,999,792*.

Au moment où l’argent devenait extrêmement abondant à Londres il se raréfiait sur le marché français au point d’y amener une crise qui, dans son origine, dans sa marche et dans sa terminaison accusa tous les phénomènes caractéristiques de ces perturbations financières.

Comme dans les grandes crises de 1847 et 1837, le marché monétaire français était surchargé d’engagements à termes. Les affaires nouvelles et les entreprises commerciales avaient absorbé presque toute l'épargne annuelle. Les compagnies avaient émis des obligations pour environ 230 millions ; l’Italie avait négocié un emprunt de 713,000,000, dont une grande partie placée en France; puis étaient venus les emprunts de la Turquie et de l’Espagne sous diverses formes, les chemins de fer italiens, etc. Si on ajoute les autres affaires moins importantes, on arrive à un total de plus d’un milliard. Or, d’après les uns. l’épargne annuelle de la France s’élève dans ces dernières années à environ un milliard, tandis que d’autres, les optimistes, laportentàl,200millions.En admettant même ce dernier chiffre on voit qu’il n’était point suffisant pour faire face à tous les besoins du marché. 11 fallait donc avoir largement recours au crédit.

I, Il peut sembler singulier que celle différence si minime de 35 millions de francs puisse faire tomber l'Intérêt de 6 à 3 1/2 p. 100. Mais il faut remarquer qu'en août les changes étaient très-favorables A l'Angleterre, et que, par suite de la guerre civile en Amérique, les appréhensions de l’avenir déprimaient l'esprit d’entreprise et diminuaient beaucoup les demandes d'argent. I.e change sur Londres était à Paris à 25.11.

A l’automne un dérangement de la balance du commerce vint enlever le numéraire et par suite restreindre le crédit, précisément alors qu'on avait besoin et du crédit et du numéraire pour satisfaire aux engagements contractés. La récolte de 1862 avait été insuffisante, et on estimait qu’il faudrait importer du blé pour 3 à 400 millions de francs. A la fin d’octobre déjà on constata l’importation de 8,336,000 hectolitres de blé pris en partie dans les approvisionnements de l'Angleterre. Il en résulta qu’il fallut faire des remises de numéraire, et comme toujours, on le prit dans le grand réservoir de métal que la Banque tient à la disposition du commerce. Le bilan d’octobre constata une réduction de l’encaisse de 80 millions contre une augmentation du portefeuille de 74 millions. La Banque n’avait plus que 304,761,228 fr. pour répondre à un passif immédiatement exigible de 766,439,725 de billets et 202,801,850 de dépôts. Il fallait qu’à tout prix elle fortifiât sa situation. Elle éleva le taux de l’escompte à 5 1/2 puis à 6 p. 100 ; mais au lieu de continuer hardiment et d’arriver s’il le fallait à 7 p. 100, elle préféra acheter à la maison Rothschild pour 50 millions de traites sur Londres, afin de faire venir de l’argent d’Angleterre et de contre-balancer les exportations de métal vers ce pays, mesure d’une efficacité douteuse, car pour faire refluer l’argent il n’y a qu’un moyen décisif et conforme aux lois économiques, c’est de l’attirer par l’appât d’un loyer élevé et par la dépréciation des prix, c’est-à-dire par la hausse de l’escompte. Le bilan de novembre constata encore une perte de 20 millions de fr. sur l’encaisse et vint prouver

que l’achat des traites n'avait pas sufii pour rappeler le numéraire. Néanmoins, comme l’escompte à Londres n’était qu’à 3 1/2, les 6 p. 100 du marché français finirent par ramener l’or récalcitrant. En décembre l’encaisse de la Banque ayant regagné 40 millions, le taux fut ramené à 5 p. 100. La hausse de l’escompte avait eu son effet ordinaire, inévitable; il avait rappelé le numéraire et mis fin à la crise.

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