‹ Le marché monétaire et ses crises depuis cinquante ansChapitre 32 sur 88 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DE L' ACCROISSEMENT DE LA UCANTITÉ DKS MÉTAUX PRÉCIEUX BT DK LEUR INFLUENCE SÜR LE TAUX DE L INTERET.

Mais, a-t-on dit, la preuve que l’abondance de l’argent n’a aucune inlluence sur le taux de l'intérêt, c’est que depuis la découverte des p/acers d'or de la Californie, qui ont versé sur le monde environ sept milliards d’or, le taux de l’intérêt, loin de baisser, a beaucoup haussé. Autrefois, pendant de longues années, l’escompte était à 4 p. 100 en France, à 3 p. 100 en Angleterre; maintenant, quoique l’approvisionnement métallique de l’Europe ait augmenté d’un tiers environ, il est souvent à 5 p. 100, et l’an dernier,

abord qu’on pourrait combattre cette théorie par l'exemple de la Californie, où l’or est abondant et l’intérêt élevé ; mais en y réfléchissant on voit que cet exemple ne prouve rien. En Californie et en Australie, l’or est plutôt une marchandise qu’un intermédiaire des échange» , et l’abondance de l’or, en tant que marchandise, n’agit pas plus sur l’intérêt que l’abondance du fer ou du plomb. Ce qui fait baisser l’Intérêt, c’est la quantité de numéraire s’offrant sur le marché monétaire , non celui qui s’eiporte ou se thésaurise , et précisément dans les pays producteurs de l’or c’est ce métal qui s'exporte pour payer les importations. Enfin l'intérêt est élevé en Californie et dans toute l'Amérique du Nord, parce que les prolils y sont considérables dans toutes les branches de la producUon. Tant qu'avee 100 fr. on en pourra gagner annuellement 10 ou 12, jamais on ne les prêtera pour 2 ou 3,

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ACCROISSEMENT DE LA QUANTITÉ DES METAUX. 143 1864, il s’est élevé, pour toute l’année, au taux moyen de 7 p. 100. Comme ees faits paraissent démentir les principes que nous avons essayé de démontrer, il ne sera pas inutile d’en chercher l’explication.

Pour faire bien comprendre l'effet produit par un accroissement dans la quantité des métaux précieux, prenons un exemple très-simple. Supposons qu’un capitaliste possédant des millions aille s’établir dans un canton relativement pauvre ; il peut employer ces millions, soit à acheter des produits, soit à faire des avances aux entrepreneurs d'industrie. S’il se contente d’acheter des produits, il s’ensuivra que cette demande nouvelle fera hausser les prix, mais ne contribuera en aucune façon à faire baisser létaux de l’intérêt; elle produira plutôt l’effet contraire. Il en serait tout autrement si le capitaliste employait son argent à faire des avances aux entrepreneurs d’industrie. Dans ce cas, il est évident que son offre, agissant sur le marché où se loue l’argent, fera baisser le taux de l’intérêt. Ce sera là l’effet immédiat 1 . Par un second effet plus lointain, cette quantité nouvelle de numéraire contribuera à la hausse des prix. Toutefois, ce que nous venons de dire ne sera exact que si nous ajoutons la formule recommandée par M. Stuart Mill, toutes choses égales d'ailleurs, car si cet or, prêté à l’industrie et. répandu dans le canton, avait pour résultat de stimuler l’esprit d’entreprise, d’accroître

1. M. Stnart Mill , qui affirme au chap. xxm, liv. 111, de «es Principe* d’économie politique , que l'abonda nce de l'argent n’a aucun effet sur le taux, de l’intérêt, admet cependant dans un autre passage que la découverte d’un grand trésor ou une nouvelle émission de billets de banque ferait baisser l'intérêt. Voir chap. xxu, § 2, liv. 111.

la production, et de multiplier ainsi le nombre des transactions il se pourrait que l’intérêt, loin de baisser, s’élevât par suite d’une grande augmentation dans les demandes d’avances nécessaires aux entreprises nouvelles. Or, voilà précisément les phénomènes qui se sont produits à la suite de l’exploitaton des placers de l’Australie et de la Californie : des quantités énormes d’or se sont répandues sur le monde ; une partie de cet or a pénétré dans la circulation sous forme d’achats de produits, en poussant à la hausse des prix, sans agir sur le taux de l’intérêt; mais une autre partie, et de beaucoup la plus grande, a passé d’abord par les mains des prêteurs d'argent, banques, banquiers et capitalistes, qui, à la recherche d’un emploi fructueux, l’ont offert sur le money-market , en contribuant ainsi à la dépression du taux de l’intérêt. Il suffit de lire les bulletins des journaux spéciaux pour se convaincre que c’est ainsi que les choses se passent. Les métaux précieux arrivant des mines sont enlevés par les banques, remis à la Monnaie, transformés en numéraire et prêtés ensuite à leurs clients, car ce n’est que sous cette forme de numéraire, que les métaux précieux agissent sur les prix et sur l’intérêt. Tant qu’ils restent en lingots, leur abondance n’a pas plus d’effet que celle de toute autre marchandise, du fer, du thé ou du coton.

Si l’accroissement énorme de la quantité d’or existant en Europe, depuis 1848, n’a pas eu pour effet d’abaisser le taux de l’intérêt, quoiqu’une grande partie de cet or ait été offerte sur le marché des prêts, cela provient de ce que, depuis cette époque, l’activité industrielle et commerciale

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