‹ Le marché monétaire et ses crises depuis cinquante ansChapitre 41 sur 88 · MOUVEMENT DES MÉTAUX PRÉCIEUX EN FRANCE · texte numérisé non relu

MOUVEMENT DES MÉTAUX PRÉCIEUX EN FRANCE

Or.

Importation. . . .

Exportation. . . .

Argent.

Importation. ...

Exportation. ...

On voit que l’exportation de l’argent a atteint en 1863, 240 millions, et tandis que l’année précédente, en 1862, l’excès d’importation de l’or avait comblé le vide laissé par l’exportation de l’argent, en 1863 ou a exporté même plus d’or qu’on n’en a importé. Pendant les premiers mois de 1864, à l’époque où la crise est la plus violente, les ex-

porterions de métaux précieux continuent à être considérables. L’ürient enlève 104,280,316 fr. d’argent durant le trimestre en 1864, contre 79,299,220 en 1863. En Angleterre les exportations de métaux précieux sont aussi élevées, mais grâce au mécanisme de l’élévation de l’escompte par lequel on combat la rareté des moyens d’échanges, l’or appelé de toute parts remplace rapidement celui qui est envoyé vers l’étranger.

L’étude de l’origine de la crise de 1864 nous révèle donc l’action des trois causes principales qui ont produit les autres grandes perturbations financières. Ce qui caractérise celle de 1864, c’est qu’elle a été produite en grande partie non par une mauvaise récolte, comme en 1 847 ou par de folles spéculations commerciales comme en 1825, mais par de grandes importations de coton à payer en numéraire, par un coton-drain , comme on a dit énergiquement en Angleterre. Cette cause déterminante a donné aux événements financiers de l’année dernière une physionomie particulière. Quand la gêne résulte de la nécessité de payer de grandes importations de céréales à la suite d’une mauvaise récolte, l’industrie souffre et la production diminue, parce que la cherté de la nourriture impose des économies sur toutes les autres consommations. La demande de capital tend donc «à se restreindre, et d'autre part aussi le capital est rare, parce que les épargnes que le pays peut faire dans une mauvaise année sont notablement diminuées. L’an dernier le pain était à bon marché. La récolte de 1863 avait été bonne; l’industrie était donc active; le commerce avait pris une extension inouïe et un nombre considérable d’en-

DES CAUSES DE LA CRISE DE 1 863-1 SC4. 159

treprises nouvelles s’étaient constituées ; mais d’autre part le capital ne faisait pas défaut; l’épargne et l’accumulation de nouveaux capitaux avaient été aussi fortes que jamais. Une preuve évidente que le capital ne manquait pas, c’est la quantité prodigieuse de nouvelles compagnies qui, dans les première mois de 1864, ont pu émettre leurs actions à prime sur le marché de Londres, et le chiffre extrêmement restreint de faillites qui ont éclaté vers la lin de l’année. Eu égard aux ressources disponibles, il n’y a pas eu excès de spéculation comme dans les années 1 823 et 1 857 signalées par une véritable débâcle et d’innombrables sinistres commerciaux. Les demandes de capitaux ont été grandes, mais l’offre y a fait face. Ce qui semble avoir manqué c’est le numéraire, dont la quantité n’augmentait pas à proportion de l’immense développement des transactions.

Que réclame l’escompte? De la monnaie évidemment, puisqu’escompter est une opération qui consiste à acheter des promesses à terme en livrant de l’argent comptant. Quand le mouvement des affaires s’étend, quand le commerce exporte beaucoup de produits 1 , plus de lettres de change sont créées et présentées à l’escompte pour obtenir du numéraire. Il aurait donc fallu qu’en 1864, année d’expansion commerciale, la quantité de métaux précieux employés à l’échange augmentât à proportion. Or, on l’a vu, la nécessité de faire de grands payements à l’Orient enlevait l’or et l’argent surtout, à mesure des arrivages,

1. Au commencement de 1864,les exportations de l'Angleterre s’étaient accrues de 50 à 60 millions de francs par mois.

d’où résultait l’élévation du loyer de l'instrument métallique des échanges.

Kn résumé donc la crise de 1864 a été longue et même intense si l’on considère le taux de l’intérêt et la dépréciation des principaux fonds publics, consolidés anglais et rente française. Mais elle a été moins désastreuse que les crises précédentes, et elle n’a arrêté d’une manière sensible l’accroissement de la production et l'accumulation de la richesse dans aucun pays de l’Europe.

Page 1