CHAPITRE VIII
PREMIER REMÈDE : CONSERVATION d'UN GRAND APPROVISIONNEMENT DE NUMÉRAIRE SURTOUT DANS LES CAISSES DES BANQUES.
La discussion des effets produits par l’abondance et la rareté du numéraire nous permet d’aborder maintenant l’examen des mesures propres à prévenir les crises ou du moins à en pallier les funestes conséquences. On a vu que, pour qu’une véritable crise éclate dans un pays, il faut la réunion de trois circonstances : d’abord l’emploi du crédit sous toutes ses formes et porté à ce point qu’il réduise extrêmement l’usage de la monnaie métallique ; puis un vaste commerce qui de temps à autre, par un dérangement de la balance, nécessite l’exportation d’une grande quantité de numéraire à prendre sur une circulation qui en possède tout juste le nécessaire ; enfin un marché surchargé d’opérations à terme qui exigent le secours du crédit, et qui, le crédit se refusant ou se contractant, aboutissent à des pertes, à des désastres. Si les crises résultent de la concordance de ces trois circonstances, pour les prévenir il faudra nécessairement empêcher que ces causes ne se représentent; mais comment y parvenir?
Le premier remède qui s’indique est de conserver une
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circulation métallique abondante. M. Fullarton, dans son remarquable essai sur le Règlement de la circulation , a parfaitement montré comment la France naguère encore échappait aux pert urbations monétaires, grâce aux innombrables accumulations d’argent grandes et petites qui existaient chez tous les particuliers, depuis le paysan qui enfouissait ses écus dans un pot de fer jusqu’au banquier qui les conservait dans son coffre-fort. Quand l’exportation enlevait une certaine quantité de numéraire, une partie de ces petits trésors, attirée dans la circulation par une légère hausse d’intérêt, suffisait pour combler le vide, et c’est ainsi qu’on a vu la France, après les maux d’une double invasion, payer un demi-milliard aux puissances alliées en quelques mois, sans qu’on remarquât aucune gène sensible dans la circulation. Depuis que l’argent ne s’enfouit plus, mais se place en titres d'emprunts publics ou en obligations de chemins de fer, et qu’en même temps la circulation fiduciaires’élèveà800ou900 millions, lemo?ieymarket français est devenu bien plus sensible aux contractionset aux fluctuations produites par le commerce extérieur.
Afin de conserver une large circulation métallique, faudrait-il donc renoncer à l’emploi du crédit ou tout au moins à celui du billet de banque? M. Wolowski fait un calcul très-simple qui engagerait presque à recommander ce dernier parti, quelque extrême qu’il paraisse. L’emploi de 800 millions en billets, moyenne de l’émission tant en France qu’en Angleterre et aux États-Unis, procure une économie annuelle de 40 millions; mais si les crises décennales occasionnent une perte d'un demi-milliard, esti-
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mation bien inférieure à la réalité, rliacun de ce» pays perd au moins 10 millions par an par l’usage de la monnaie de papier, bien à tort vantée comme la plus économique de toutes. Certes, si en renonçant au billet on était certain d'échapper aux crises, il ne faudrait pas hésiter à payer les 40 millions de primes que coûterait ce sacrifice fait à mie complète sécurité ; mais cela ne suffirait pas, car Hambourg, sans véritable émission de billets, n’a pas échappé aux grandes tourmentes commerciales, et c'est l’emploi de tous les instruments de crédit, dont le billet de banque est l’un des moins importants ‘, qui tend à réduire la circulation métallique, circonstance essentielle sur laquelle Robert l'eel n’avait point assez fixé son attention en 1844. Quoi qu'il en soit, il est toujours certain que, pour rendre les crises moins fréquentes, il faudrait limiter la circulation des billets plutôt que de l’étendre, comme le demandent à tort la plupart des publicistes français en ce
1. En Angleterre, le billet de banque perd chaque année de son importance comme agent d’échange. En 1844 , la circulation üduciaire se montait à environ 30 millions sterling. Aujourd'hui , quoique le mouvement d’affaires ait probablement doublé , le chiffre des billets ne dépasse guère 26 millions, et rémission des banques provinciales est réduite à la moitié environ de ce qu’elle était en 1844 et du maximum légal. A mesure que le mécanisme des opérations de banque se perfectionne , on règle davantage les dettes réciproques par de simples transcriptions dans les livres. Depuis que tout récemment la Banque d’Angleterre s’est fait représenter au clearing-house de Londres, les centaines de millions qui s’y soldent chaque jour n’exigent plus même l’emploi des hanknotes . En 1863, on a fait par jour jusqu’à 330 millions d’affaires au clearing-house de New-York par de simples annotations dans les écritures. Dans ces deux pays, l’emploi du billet diminue à mesure que le mouvement des échanges devient plus considérable. En présence de ce fait , ne serait-on pas amené à croire que la liberté d'émission ne ferait ni tout le mal que redoutent ses adversaires, ni tout le bien qu’en espèrent ses partisans?
LB MAftCHÉ MONÉTAIHE.
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moment. En Angleterre, où la monnaie métallique ne sert plus qu’au commerce de détail, on reconnaît le danger de la situation en présence d’un mouvement d’exportation et d’importation qui s’élève par an à 9 ou 10 milliards. Les deux écoles économiques qui se partagent l’opinion au sujet de la circulation sont d’accord sur ce point. On sait ce qu’a fait l’école de Mac-Culloch par son représentant au pouvoir, Robert Peel, en vue d’assurer à la Banque une forte réserve. Tooke, le chef de l’école adverse, est aussi d’avis que les banques devraient toujours conserver un approvisionnement métallique très-considérable. C’est le dernier mot de sa fameuse Histoire des Prix. Voici le raisonnement qu’il fait et qu’il appuie sur une étude approfondie de l’histoire du money-market. Quand la balance du commerce est dérangée par un excès d’importation, il faut nécessairement envoyer de l’or à l’étranger pour rétablir l’équilibre ; mais, une fois ces expéditions faites et les dettes payées, le change se remet au pair, car il n’y a plus excès de traites sur l’Angleterre : dès lors la cause du drainage métallique cesse, et l’or ne s’écoule plus du pays. Si donc, quand l’écoulement commence, la banque est en possession d’un puissant encaisse, elle pourra atteindre le moment où l’équilibre se rétablira, sans aucune mesure exceptionnelle et en portant seulement l’escompte aux taux de B ou 6 p. 100. Si au contraire le commerce doit puiser l’argent dont il a besoin dans un réservoir à moitié rempli au début, il le mettra complètement à sec avant d’avoir pu solder ses dettes envers l’étranger, et la banque sera obligée d’avoir recours à des mesures d’une rigueur déses-