LE MANCHE MÛNÉTA1HE
sastres commerciaux qui avaient affligé l'autre côté de l’Atlantique. Dans les années qui suivirent la crise de 1847, l’activité industrielle et commerciale avait été faible. Le numéraire peu demandé allait s’entasser dans les caves de la Banque, de façon qu’en juin 1852 l’encaisse atteignit la somme de 22,232,000 1. st. pour une émission de 23,380,000 1. st., et 12,500,000 1. st. de ces billets reposaient comme réserve dans le banking rlepartment. L intérêt était réduit à 2 p. 100. Le bon marché de l’argent stimula le commerce, comme l’indique le chiffre des exportations qui s’éleva de 78,076,000 1. st. en 1852 ù98,932,00ü en 1853. L’encaisse métallique baissa en conséquence; en octobre 1853, il n’était plus que de 14,358,000 1. st. La réserve tomba à 5,604,000 1. st. et l’intérêt s’éleva à 5
En 1854 et 1855, la guerre de Hussie et les emprunts étrangers absorbèrent de grands capitaux. L'intérêt ne descendit pas au-dessous de 5, et s'il ne s'éleva pas plus haut, on crut en Angleterre qu’on le devait aux arrivages d’or de l’Australie et de la Californie. Eu mai 1854, la réserve fut réduite à 4 millions. On craignit une crise, et beaucoup de faillites éclatèrent à la fin de décembre 1855. L’encaisse fléchit beaucoup : il tomba à 10,275,000 1. st. L’escompte demeura fixé à 6 p. 100, depuis octobre 1855 jusqu’en mai 1856. En juin, il fut abaissé à 4 1/2. Relevé à 5 au 1 er octobre, à 7 au 15 novembre, il ne descendit plus guère au-dessous de 6 p. 100 pendant l’année 1857. Ce taux élevé indiquait assez que la demande de capitaux tendait à dépasser constamment l’offre. Un seul fait don-
liera la mesure de l’accroissement de la production. Les exportations s’élevèrent de 78,070,000 liv. st. en 1832 à 115,826,000 liv . st. 1830, et à 122.155,000 liv. st. en 1857.
Les relations du Koyaume-Uni avec l’Union américaine s’étaient surtout développées dans des proportions considérables eu 1850. Le commerce anglais avait envoyé aux États-Unis pour 22 millions sterling de marchandises, et les capitalistes anglais y avaient placé en entreprises diverses, surtout en chemins de fer, plus de 2 milliards de francs. La nouvelle de la crise américaine devait donc produire une vive inquiétude dans le monde commercial anglais, d’autant plus que la révolte des cipayes aux Indes menaçait d’occasionner aussi de fortes pertes et d’exiger de grands envois de numéraire.
De tous côtés, se manifestaient les plus graves symptômes. Comme à l’automne de 1855 et 1850, un pressaut besoin d’argent se faisait sentir sur tous les marchés du continent, et partout les banques avaient élevé le taux de leur escompte ; à Amsterdam, il était à 5 12; à Francfort, à 6 ; à Berlin, à 6 1/2; à Hambourg, à 7 1/2. Cette hausse de l’escompte attirant l'argent mettait le change contre l’Angleterre et produisait un drainage métallique. A la fin de septembre, en deux jours seulement, la Banque se vit enlever un quart de million sterling. Les demandes d’escompte étaient considérables. Le bilan de la Banque du 3 octobre signala une diminution dans l’encaisse de 013,390 1. st. et dans la réserve, de 1,418,551 1. st. ; une augmentation du portefeuille de 2,1 10,097 1. st. prove-
nant eu partie d'un prêt de 1 milliou sterling fait sur valeurs à la Compagnie des Indes. Le taux de l’escompte fut relevé de 5 1/2 à ü, ce qui était évidemment insuffisant. En effet, le bilan du 20 octobre révéla une nouvelle réduction dans l’encaisse de 552,749 1. st. et de 505,584 1. st. dans la réserve contre une augmentation du portefeuille de 530,034 1. st. Aussi, le lundi 12, l’escompte est porté à 7 p. 100. Cette hausse, ou plutôt la vue des causes qui la rendaient nécessaire produisirent une sorte de panique. Les consolidés tombèrent un moment à 80 1/2.
Sur le continent, la Banque de France, avec un encaisse de 225,505,132, avait, pour la première fois, dépassé l’ancien taux légal en portant l'intérêt à 6 1/2. A Hambourg, il était à 9 p. 100. L’état du change entre New- York et Londres donnant un profit sur les expéditions d’or, rendait celles-ci inévitables. Heureusement, dans le cours de la semaine, 800,000 1. st. en or arrivèrent d’Australie et rassurèrent un peu les esprits; mais les faillites éclataient déjà à Londres et à Glascow, et la Banque continua à perdre son encaisse.
Le 17 octobre, on constata une nouvelle réduction de 585,405 1. st. L’encaisse est tombé à 9 millions et demi sterling, et la réserve eu billets à 3,217,185 1. st. La Banque de France, voyant, aussi son numéraire la quitter, élève le taux de l’escompte de 0 1/2 à 7 1/2 le lendemain du jour — 19 octobre — où la Banque d’Angleterre le porte à 8 p. 100. Le change sur Londres, à New-York, descend à 102, donnant ainsi un grand avantage aux expéditions d’or sur les remises par traites. 1) autre part,
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l’Inde enlève beaucoup d’argent 1 qui, étant tiré du continent comme marchandise, devait être payé en or. Le steamer Ripon eu emporte 900,000 1. st. en un seul voyage. Le 27 octobre, le Borouÿh bank, de. Liverpool , suspend ses payements, et le 7 novembre la puissante maison liennistoun et C ie fait faillite. Les bilans de la Banque sont toujours des plus défavorables. Le 31 octobre, il y a une réduction de 638,241 l.st.sur l’encaisse et de 1,243,940 sur la réserve, et, le 4 novembre, de 233,773 sur l'encaisse et 128,548 sur la réserve. D’un autre côté, le portefeuille augmente sans cesse, ainsi que les dépôts. Leux-ci s'élèvent à 11,910,070 1. st. et le portefeuille à 22,028,251 1. st. Le 5 novembre, l’escompte est porté à 9 p. 100, taux inouï jusqu’alors. Malgré cet intérêt si élevé, les demandes d’avances sont énormes et pressantes. Chacun veut se munir d’argent ou de billets, alin d’être prêt à toute éventualité, et cherche à faire réescompter ses valeurs par la Banque.
L’emploi si perfectionné et si général du crédit à Londres tendait à rendre la position plus diflicile encore. Les banquiers ont pour habitude d’opérer, sans garder chez eux de réserve en argent on en billets. La Banque d’Angleterre est leur caissier général. Au moyen des dépôts qu’ils reçoivent et pour lesquels ils payent intérêt, iis font des avances aux bill-brokers 2 , sur papiers de commerce, et si les déposants réclament leurs fonds, ils font rées-
1. En 1857, l'Angleterre envoya dans l'extrême Orient une \ a leur de 419,882,000 fr. eu argent.
2. Commissionnaires en fond? publics , effets de commerce, etc.
compter ce papier par la italique. Or, voilà l'opération qui deviiit nécessaire sur une grande échelle en octobre 1857, et qui épuisa les ressources de la Banque. Les banquiers, au lieu de faire de nouvelles avances au commerce par le moyen des bill-brokers , retirèrent leurs fonds à mesure des échéances et les mirent en dépôt à la Banque. 11 ne restait donc aux bill-brokers qu'un moyen de continuer l’escompte et de se soutenir, c’était de s’adresser à la Banque pour obtenir le réescompte que celle-ci accorda du reste très-largement. En un jour, un seul bill-broker obtint ainsi 700,000 1. st. Sauf à la Banque, l’escompte était partout suspendu. Nul ne voulait se dessaisir de son argent. C’est ainsi que s’expliquent les chiffres si remarquables des bilans hebdomadaires : les dépôts, le portefeuille et la circulation des billets augmentent constamment; l’encaisse et la réserve diminuent. 11 n’y a point de ruti pour de l’or, ni nulle défiance du billet, mais comme ou veut avoir des moyens de payer, on épuise à la fois et la réserve métallique et la réserve en billets. Pour augmenter ses ressources disponibles, la Banque vend une partie de ses fonds et emprunte sur dépôt de valeurs.
Du 5 au 8 novembre, les faillites se multiplient d'une manière effrayante; le 9 on apprend que la W es ternis ank d’Écosse avec ses succursales a suspendu ses payements, et bientôt la City-Bank de Glascuw en fait autant. Les Banques d'Irlande et d’Écosse puisent alors largement dans les caisses de la Banque d’Angleterre, en lui demandant des avances sur des papiers de commerce et sur d'autres valeurs. En un seul jour, l’Irlande enlève ainsi
800,000 1. st., et l’Écosse 50,000 1. st. Heureusement, grâce au taux élevé de l’intérêt, 9 p. 100, l’or avait cessé de s’écouler hors du pays; mais comme en 183!) et 1847, il était maintenant absorbé par les besoins intérieurs.
Le bilan du 11 novembre présenta des chiffres désastreux. Le numéraire était réduit à 7,171,000 1. st., la réserve à 1,462,133 1. st., tandis que les dépôts s’élevaient à 18,250,000 1. st., le portefeuille à 26,113,453 1. st., et la circulation à 21 ,036,430 1. st.
En une semaine la Banque avait prêté au commerce, sous forme d'escompte et d’avances, 5,000,000 1. st. Le 9 novembre, l'escompte fut porté à 10 p. 100. mais ce taux n’arrêtait pas les demandes. Le 10, la Banque escompta pour 1,126,000 1. st., et le 11 un million sterling fut encore enlevé pour l'Ecosse. Jamais on n'avait vu des jours plus orageux. Le marché monétaire était à l’agonie. Le 11 , la puissante maison de change ( bill-brolcers ) Sanderson et C'*, suspendirent avec 31/2 millions sterling de dépôts. Le 12, la Banque escompta encore pour 2 millions sterling. Mais en secourant aussi largement le commerce, elle touchait au moment où, d’après Y ad de 1844, il lui faudrait suspendre toute opération nouvelle, quoiqu’elle eut encore environ? millions sterling (175,000,000 fr.) de numéraire. Mais â ces 7 millions elle ne pouvait toucher, parce que, d’après Y ad, ils devaient servir avec les 14 millions engagés en fonds de l’État, à garantir les 21 millions de billets en circulation. La Banque ne pouvait donc ni employer son encaisse métallique, ni avancer plus de billets, car le département de l’émission n’en pouvait livrer que
contre valeur égale en métal. Elle allait donc se trouver complètement réduite à l'impuissance, et c’est la crainte de cette terrible extrémité, l’approche de ce moment redouté, qui avait accru la panique et l’avait portée au comble. C’estalors, le 12 novembre à 3 heures de l’après-midi, que le gouvernement se décida à suspendre Yact de 1844, et à autoriser une extension de l’émission, à condition que l’escompte serait maintenu au même taux (10 p. 100).
Les chiffres suivants montrent à quel point cette mesure était encore plus urgente en 1857 qu'en 1847.