‹ Le marché monétaire et ses crises depuis cinquante ansChapitre 8 sur 88 · I.A CRISE DF. I8ST · texte numérisé non relu

I.A CRISE DF. I8ST

Le 24 août, Y Ohio life and trust company suspendit a\ec un passif de 5 millions de dollars, qui, liquidation faite, ne laissa pourtant qu'une perte insignifiante. Bientôt suivit la suspension du Méchante banling association , un des plus anciens établissements de l’État. Au commencement de septembre, il y eut une éclaircie : on espéra que la crise s'arrêterait. Dans les grands ouragans, après une première bourrasque, il s’établit de même un instant de repos qui précède le déchaînement linal des éléments. Les banques eu profitèrent pour restreindre peu à peu leurs escomptes atiu de se mettre à couvert; mais ces mesures de prudence augmentèrent les alarmes. En quelques semaines, toutes les valeurs, même les meilleures, baissèrent de 30 à 30 p. 100. Un sinistre maritime, auquel ou aurait attaché peu d'importance eu temps ordinaire, porta la panique à son comble. Le moncy-marhet attendait avec impatience un steamer chargé d'or qui devait rendre, espérait-on, quelque facilité à la circulation embarrassée. Malheureusement le Central- America, ce galiou californien si anxieusement désiré, fit naufrage, et dès lors ce fut un sauve-qui-peut général. A la lin de septembre, les banques de Maryland et de Peusylvanie suspendirent , entraînant avec elles cent neuf maisons des plus importantes de Baltimore, de Boston et de Philadelphie. Au 3 septembre, cent soixantequinze banques avaient arrêté le remboursement des dépôts. L'escompte était à 30 ou 40 p. 100. Les fabriques commençaient à se fermer, et les ouvriers étaient renvoyés en foule. Les banques de New-York avaient encore un encaisse de 13 millions de dollars, et elles tenaient bravement

tli LE MARCHÉ MONÉTAIRE,

tête à l’orage, restreignant chaque jour leurs avances et retirant leurs billets. Dans les première jours d’octobre elles parvinrent à faire rentrer ainsi pour 224,668 dollars de billets et 75,881 dollars de numéraire, mais en diminuant leurs avances de 4,017,000, et ces restrictions élevaient de plus en plus le taux de l’intérêt : il monta à 60 ou 70 p. 100, ou plutôt tout crédit était mort, tout échange suspendu. Les commerçants, poussés au désespoir et rendant les banques responsables de l’extrémité où ils étaient réduits, organisèrent un run sur celles qui se tenaient encore debout. Le 13 octobre fut un jour terrible : on assista alors aux émeutes du monde financier, à la prise d’assaut des bastilles du capital. Les banques payèrent pendant quelques heures à bureau ouvert; le soir cependant, sur les trentetrois qui restaient, trente-deux suspendirent aussi. Dans tout l’État, puis dans tout le Nord, enfin dans l’Union entière, tout s’écroula comme sous le coup irrésistible d’une trombe . Presque aucun établissement, aucune maison, ne resta debout. Tout payement en argent avait cessé, toute remise était impossible ; nul ne pouvait plus ni vendre ni obtenir de crédit. 11 n’y avait plus ni prêteurs ni acheteurs'. Quand on fit le relevé des désastres, on trouva qu’au Canada et dans l’Union il y avait eu 5,123 faillites, avec un passif de 299 millions de dollars, plus d’un milliard 1/2 de francs,

1 . Les billets de banque parfaitement garantis par dépôt de bonnes valeurs, entre les mains de l'État , continuèrent néanmoins à circuler aü pair ou avec une perle de 1 à 2 p. 100. La suspension des remboursements amena bientôt une amélioration dans la situation, parce que les banques h'étaient plus obligées de retirer leurs billets et de réduire ainsi les moyens d’échange.

dont la moitié environ était définitivement perdue. Chose inouie, à l’exemple des banques, quatorze grandes compagnies de chemins de fer, écrasées par leur dette flottante, suspendirent aussi avec un passif de 189 millions de dollars. Le contre-coup des catastrophes de New-York se lit sentir jusqu’aux bords du Pacifique. En Californie, les banques furent de même décimées par un run tout spontané ; cependant, après avoir fermé leurs portes pendant quelques jours, elles reprirent leurs payements.

Dans le reste de l’Union, si la crise fut exceptionnelle par sa généralité, sa soudaineté et sou intensité, elle ne fut pas du moins de longue durée. La baisse extrême des meilleures valeurs et la fabuleuse élévation de l’escompte (60 p. 400) attirèrent l’attention des spéculateurs européens. Les ordres d’achats arrivèrent, et par suite les remises en métal. L’or reflua si rapidement que déjà, au commencement de décembre, la réserve des banques de New-York s’éleva à 26 millions de dollars, et qu’elles purent reprendre leurs payements en espèces. Au 1 er janvier, toutes les banques de l’Union en avaient fait autant, sauf celles de Pensylvanie, à qui ou accorda un délai jusqu’au 1" avril.

Le cyclone financier qui avait dévasté les États-Unis en octobre n’atteignit l’Angleterre 1 qu’en novembre. Un ne s’v attendait point du tout à subir le contre-coup des dé-

1. Les faits en ce qui concerne l’Angleterre sont empruntât» au rapport du comité d'enquête de la Chambre des communes, sur la crise de 1867, et aux journaux spéciaux de l’époque, VEconomist et le Times principalement.

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