‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 100 sur 206 · AVIS AU PUBUC EUROPÉEN · texte numérisé non relu

AVIS AU PUBUC EUROPÉEN

Le gouverneur général a plusieurs fois averti le public que la politique, Thumanité, l'intérêt général, Turbanité enfin qui est le cachet de la civilisation, nous imposaient le devoir de ne pas maltraiter les Arabes qui visitent nos villes et fréquentent nos marchés.

Ces avertissements n'ont pas eu tous les résultats qu'il avait le droit d'en attendre. Il apprend chaque jour que les Arabes sont renvoyés et quelquefois battus lorsqu'ils causent le moindre embarras, soit sur les routes, soit auprès des fontaines, abreuvoirs, etc.

Celte conduite est indigne d'une nation comme la nôtre. Il y a de la bassesse et de la barbarie à traiter ainsi des hommes désarmés et isolés qui viennent commercer au milieu de nous avec conûance. Il y a plus que de la barbarie à agir ainsi; il y a danger.

Les Arabes qui ont subi ces outrages portent leurs ressentiments dans les tribus ; et les haines, si naturelles au peuple

324 J^ MARÉCHAL DUGKAUD.

vaincu, n'en sont que plus vivement excitées. Ces brutalités provoquent donc la révolte^ ou tout au moins Tassassinat des Européens qui voyagent isolément dans le pays.

Nous avons la prétention de civiliser les Arabes; ne soyons donc pas plus barbares qu'eux. Que Ton sache que ce sont les Arabes seuls qui gardent nos routes dans l'intérieur pour garantir la sécurité des voyageurs; que lorsque ceux-ci sont attardés et surpris par la nuit, ils sont recueillis soit par le poste, soit par le douar voisin, où ils reçoivent non seulement le gîte, mais encore des vivres. Quel contraste avec le traitement que quelques-uns de nos concitoyens leur font éprouver lorsqu'ils viennent dans nos cités î

Pour faire cesser un état de choses qui, heureusement, ne peut être attribué qu'à un petit nombre de personnes, le gouverneur général a donné les ordres les plus sévères à tous les agents de la force publique, y compris l'armée, pour arrêter immédiatement tout individu qui se rendrait coupable de voies de fait envers les Arabes et pour conduire le délinquant soit au poste le plus voisin, soit devant un commissaire de police, soit enfin devant le maire, si c'est dans une commune rurale. 11 sera dressé procès-verbal du fait pour que le délit soit soumis au tribunal de police correctionnelle.

D'autres faits plus graves encore ont été dénoncés à M. le gouverneur général. Quelques colons ont été signalés comme se rendant justice eux-mêmes; ils saisissent les bestiaux des Arabes lorsqu'ils entrent dans leur terrain, et rançonnent ensuite les propriétaires d'une manière tout à fait dispror ordonnée avec le dommage. D'autres frappent les Indigènes pour la plus petite violation de leur terrain (l).

(1) A toute époque, le vrai colon s^est distingué par ses bons rapports avec les Indigènes. M. DesclozeauXfancienpréfet doConstantine, nous racontait qu'il avait créé en 1873, dans les environs de Milah, deux villages rappro-

Page 1