‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 101 sur 206 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Est-il besoin de dire à ces propriétaires qu'une telle conduite est illégale, et dangereuse pour eux comme pour la sécurité publique? Au jour de la révolte, ils seraient les premières victimes de la haine qu'ils auraient inspirée en poussant à l'excès le droit qu'ils ont de faire respecter leur propriété. En France môme, les riches propriétaires ne sontils pas obligés de tolérer une foule de légers abus de la part de leurs voisins pauvres, et pourrait-on vivre dans une commune si l'on voulait toujours se conduire avec la dernière rigueur?

Les procureurs du Roi et les juges de paix ont été invités à poursuivre rigoureusement les colons propriétaires qui se

chés l'un de l'autre : le premier peuplé par des émigrés grecs, originaires du village corse de Cargèse, le second peuplé en grande partie avec de vieux Algériens, grands discoureurs en politique et en religion, et dont la plupart setaient empressés, après avoir loué leurs concessions à des Arabes, d'ouvrir un débit pour résoudre le problème si difficile de vivre sans rien faire.

Dans le Cargèse corse, l'accueil fuit au préfet fut empreint de cordialité. Les colons appartenant à une race exceptionnellement laborieuse, étaient contents de leur sort. Us montrèrent avec empressement leur récolte emmagasinée; leur territoire était labouré et ensemencé avec soin. Ils se félicitaient de leurs bons rapports avec le douar voisin; quelques jours auparavant, ils l'avaient invité à une de leurs fêtes et avaient forcé les Arabes à danser avec eux et à partager leur repas. Les Arabes de ce douar, répandus en amis dans le village, prenaient part aux soins de la réc<'i)tioa faite par les Corses au préfet. Le lendemain, M. Desclozeaux visita le second vilFage, asile des esprits forts, le village aux nombreux débits. Là, il fut assiégé par les clameurs des colons. Aucun d'eux n'avait assez (le terre, les Arabes voisins étaient tous des voleurs et des brigands, l'administration les abandonnait, etc., etc.

Comme le préfet leur citait l'exemple des Cargésiens leurs voisins, satisfaits de tout, ayant eu une bonne récolle, ayant exécuté de grands travaux, il fut interrompu : — « Ce sont des bonapartistes! « hurla un colon à la voix brisée par l'absinthe ; les autres firent chorus... A peine le préfet avaitil quitté ce second village, que les Arabes du douar, qui guettaient le fonctionnaire, se précipitaient au-devant de ses chevaux et l'arrêtaient en témoignant la plus violente douleur : «« Nous sommes tes fils, tu es notre I)ère, disaient-ils, protège-nous contre ces colons qui noua rançonnent, nous pillent, dévastent nos jardins, etc., etc. »

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seront fait justice eux-mêmes soit en frappant les Indigènes, soit en les rançonnant.

Les colons de la plaine et du Sahel savent bien que les Bureaux arabes sont toujours disposés à leur faire rendre justice, et qu*ils font avec une activité incessante la police nécessaire à la sécurité des campagnes... Qu*on leur désigne, autant qu'il se pourra, les Arabes qui auraient commis des vols et des délits contre la propriété, bien rarement ils resteront impunis.

Enfin, le 20 noiars 1847, peu de temps avanl son départ, les généraux recevaient cette dernière circulaire :

Général, je crois vous avoir dit plusieurs fois que ma doctrine politique vis-à-vis des Arabes était non pas de les refouler, mais de les mêler à notre colonisation ; non pas de les déposséder, mais de les resserrer sur le territoire qu'ils possèdent et dont ils jouissent depuis longtemps, lorsque ce territoire est disproportionné à la population de la tribu.

Je considère la longue possession comme équivalente aux titres écrits et devant donner lieu aux mêmes ménagements, avec cette différence, toutefois, qu'on peut alors se dispenser d'une indemnité. Mais, même dans ce cas, il est convenable et politique d'accorder quelques dédommagements pour Tes- > pace enlevé, par exemple, un pont, un barrage d'irrigations, une route, une mosquée; quelques secours en bois, en fer, en ouvriers pour aider les Indigènes, des distributions d'arbres utiles, enûn un objet quelconque d'utilité publique désiré par la tribu.

Ces compensations doivent d*autant moins être négligées, qu'en même temps qu'elles satisferont à la politique vis-à-vis de chaque tribu, elles concourront puissamment à la prospé-

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