‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 115 sur 206 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Dans les territoires civils, tels qu'ils existent aujourd'hui, rindigène a le sentiment d'une constitution inégale qui le heurte et le blesse. Il paie plus d'impôts que ceux qui l'en-

tionnaires que des hommes destinés à servir les convoitises des colons et à dépouiller la race arabe, c'est une institution néfaste, qui amènerait fatalement la perte de la colonie.

Mais nous avons vu, sous TEmpire et ensuite sous la Présidence du maréchal de Mac-Mahon, fonctionner le régime civil sur d'importants territoires algériens ; les fonctionnaires civils de cette époque cherchaient à imiter les Bureaux arabes dans ce qu'ils ont de meilleur et à mettre au service de la colonie la même honnêteté, le même respect des droits de chacun, la même sollicitude pour les Indigènes que leurs devanciers, les chefs des Bureaux arabes. Je parle du moins, ici, des préfets. Ceux-là ont toujours fait cause commune avec l'autorité militaire contre les factieux et les révolutionnaires, et c'est une injure de les confondre avec ces individus sans patriotisme qui ont pris d'assaut l'administration algérienne le lendemain de nos revers et pendant la Commune.

M. Crémieux,en signant à Tours, sans les comprendre, les décrets.qu'on lui envoyait tout fabriqués d'Alger et de Constantine, n'inaugurait pas en Algérie le régime civil, il inaugurait le régime révolutionnaire.

C'est le régime révolutionnaire qui a pris toutes les mesures déplorables et anti-algériennes qui ont amené l'insurrection de 1871.

C'étaient les vieilles haines et les convoitises des colons véreux qui triomphaient à Tours et gouvernaient l'Algérie, le jotir où un décret du 24 décembre 1870 déclarait :

M VinstHiUion anli -nationale des Bureaux arabes est supprimée! »

Cjuel blasphème d'oser qualifier d'anti-nationale l'institution qui a conquis l'Algérie et qui seule nous l'a conservée en l'arrosant de son sang.

Ktait-il plus français le journal républicain qui osait imprimer dans ses colonnes, à la date du 9 février 1871, l'infamie suivante :

(V Indépendant de Constantine, du 9 février 1871.)

L'Al(^érte, avec ses 150,000 àraes de popnlation française et 80,000 Européens, non français, au milieu de deux millions d'Arabes et Kabyles, ne pourrait résister k une armée bonapartiste qui débarquerait i Sidi-Pemich. Il nous faut donc un protectorat à l'ombre duquel nous pourrions grandir, ne pas être étouffés au berceau et former un jour une nation nouvelle.

Que nos représentants s'occupent de cette question. Nous ne voulons du Bonaparte à aucun prix ; et certes plutôt que de subir encore ce chenapan, nous préfère' rions nous donner à VAngleteiTC,

L'Angleterre a pour principe de donner k toutes ses colonies un conseil électif et législatif qui vote tous les impots et en règle l'emploi. Il résulte de ce système une prospérité qui fait contraste avec l'éclat des colonies françaises.

Voyez le Canada, voyez l'Ile de France, deux colonies françaises cédées à l'Angleterre, il y a un demi-sicde et un siècle, etc., etc.

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tourent et il a moins de droits. Il fait des comparaisons qu*il n*a pas Toccasion de faire dans les territoires arabes. Les Français et les Indigènes sont soumis aux mômes lois pénales, mais les Indigènes ne peuvent être jurés, de sorte que, contrairement au principe de l'institution, ils ne retrouvent point dans les jurés la juridiction de leurs pairs.

Les premiers territoires livrés à la colonisation ont été enlevés aux populations indigènes qui entouraient les villes. Les Indigènes qui restent ou ceux que Textension des territoires civils menace appréhendent un pareil sort.

Llndigène ne considère donc point, comme on Ta prétendu audacieusement , Tapplication du régime civil comme une émancipation. C'est pour lui un inconnu, rempli de dangers, et qu'il redoute au suprême degré.

Combien d'ouvrages ont été écrits pour prôner les bienfaits du régime civil et battre en brèche Finstitution des Bureaux arabes et le régime militaire! Les événements récents ont prouvé que notre colonie devait, pour de longues années encore, bénir et respecter Tarmée en même temps qu'elle avait grand besoin de puiser à son contact des exemples de discipline de patriotisme et de moralité (1).

(1) Quant à nous, s'il nous est permis d'mvoquer modestement notre humble expérience, nous avouerons que notre séjour en Algérie nous a convaincu d'une façon absolue quç l'extension , hors de toutes les prévisions, qui vient d'être donnée au territoire civil, constitue un des plus grands dangers auxquels la colonie ait été exposée depuis 1 847.

La destruction complète de l'œuvre du maréchal Bugeaud aura les conséquences les plus graves. Ce sera d*al>ord la disparition de ce personnel des Bureaux arabes, dont Tinstruction spéciale et les précieuses traditions constituaient une force nécessaire à la France pour lui permettre de tenir en échec la nationalité arabe ; d'autre part, l'impossibilité pour Tadmînistration civile de remplacer avant longtemps ce personnel d'élite tout formé. Il résultera, en effet, pour le Gouvernement l'obligation, s'il veut

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