CHAPITRE vn
chiffre actuel el conserver en Afrique le régime militaire qui y est en vigueur. Ce dernier point est le plus important. Comme Tarmée est tout en Afrique, il n'y a de possible que le pouvoir militaire » (1).
Ainsi, diminuer Tarmée d'Afrique et modifier le régime militaire, c'était, dans l'esprit de Bugeaud, non seulement annuler les bons effets de la guerre, mais encore étouffer dans son germe la colonisation.
La même pensée se reproduit sans cesse dans ses discours et ses écrits :
On doit considérer l'armée comme le plus puissant élé-
(1) » M. fiugeaud, » dit M. Fillias, publiciHte algérien, énidit aimable dont le seul tort est, selon nous, de chérir et d'admirer le régime civil dans toutes ses imperfections, <« avait raison de glorifier Tarmée qui rendait effectivement des services de toute nature, et sans laquelle rien de stable n eût été fait en Algérie : il avait raison, c'est encore notre avis, de reprocher aux colons leur excès d*impatience et de les exciter au travail. Mais, comme adAainistmteur, il était trop absolu, trop enclin à ne voir dans ses administrés que des enfants capricieux et mal élevés^ difficiles à conduire, dans ses contradicteurs que des niais et des sophistes; et pour ne point céder à de légitimes exigences, il compromettait le succès même de ton œuvre. »»
« Les Frânçais,en effet, sa vent par expérience que le despotisme militaire est d'autant plus à craindre qu'il se cache derrière la gloire ; ils aiment le soldat en tant qu'il combat pour la patrie ou pour le triomphe d'une cause sainte ; mais ils le voient avec défiance se mêler à la politique et jouer le rôle de protecteur. Or, en attribuant à l'armée, et à l'armée seule, le mérite de la colonisation, le maréchal Bugeaud, créait entre la troupe et la population française un antagonisme fâcheux. « Sans nous, disaient dédaigneusement aux colons, les chefs militaires, que feriez-vous? » Et les colons, blessés au vif, répondaient en montrant les bulletins empreints parfois d'une exagération toute gasconne : a Si les Arabes n'existaient pas, vous les inTenteriez ! Sous tous les rapports, je le répète, cet antagonisme était filcheux. ('e reproche est le seul, du reste, qu'on puisse adresser à M. Bugeaud qui fut un véritable homme de guerre, un homme probe, et dont le souvenir sera éternellement lié à celui de notre colonie d'Afrique. »
Nous avons reproduit consciencieusement la réplique de M. A. Fillias; mais nous n'hésitons pas à dire que nous pensons absolument comme le maréchal Bugeaud.
362 LE marAciial bugeaud. •
mont de la colonisation et de Tutilisation de notre conquête. Elle contribue à rœuvre par trois grands moyens : ses armes, qui assurent la sécurité; ses bras nombreux et à bon marché, qui exécutent les grands travaux d'utilité publique sans lesquels la conquête resterait stérile; son budget enfin, qu'elle verse dans le mouvement colonisateur. Diminuer Tarmée serait donc diminuer la sécurité et retarder les progrès en tout genre. {Moniteur Algérien, 1842.)
Dès Tannée 1844, Bugeaud faisait écrire par le général de Berthois à M. Achard, conseiller général du Bas-Rhin, une lettre chaleureuse de remerctment au sujet d'un projet de colonisation de l'Algérie par des familles alsaciennes. Trente ans plus tard, ce projet devait être repris par M. le comte d'ilaussonville, après nos désastres et à la suite de la fatale dispersion de nos compatriotes d'Alsace. Bugeaud mettait alors comme condition la création de villages défensifs et l'inscription de tous les hommes valides dans la milice.
A peine installé, nous voyons le nouveau gouverneur exposer ses idées relatives à la colonisation et mettre en pratique les théories qu'il avait courageusement exposées à la tribune. C'est ainsi qu'il adressait aux chefs de corps la circulaire suivante, le li décembre 1841 :
La colonisation en avant d*Alger va prendre enfin de Pessor à Tabri de Tenceinte continue qui s'exécute en ce moment. Déjà deux villages sont commencés par les soins du génie ; ils seront enveloppés d'une muraille de 3 mètres d'élévation...
En outre de ces villages, il en sera créé d'autres un peu plus en arrière... il est important de les peupler autant que possible par d'anciens militaires.