‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 15 sur 206 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

TOUS avez continué de garder chez vous ces hommes, mais vous leur avez fourni des ressources de tout genre pour continuer de nous faire la guerre.

Cest ainsi que vous me forçâtes, Tan dernier, à passer . risser. Vous réunîtes alors tous vos guerriers et vous vîntes m'attaquer, le 12 mai, au passage de l'Oued Sebaou. Le 17 du même mois, vous réunîtes chez les Plissas un bien plus grand nombre de fusils. Ces grandes forces et vos montagnes les plus escarpées ne purent arrêter mon armée; vous fûtes dispersés comme le vent disperse les sables au Désert. Les Plissas, les Amraouas se soumirent. Je me serais volontiers borné là; car ce n'est pas le terrain qui nous manque, nous en avons bien assez! Ce que nous voulons, c'est la tranquillité et le commerce, qui vous enrichiraient aussi bien que nous. Vous renouvelâtes vos attaques au mois d'octobre, je me vis obligé de venir soumettre les Plissat-el-Bahar (Plissas maritimes) et les Beni-Gennad. Je pouvais aller bien plus loin ; je m'arrêtai, pensant que la leçon serait suffisante; que, désormais vous seriez tranquilles et que vous repousseriez de votre sein les intrigants qui vous entraîhent à votre perte. Vous n'en avez rien fait; et, tout récemment encore, vous avez pillé plusieurs villages, et vous avez entraîné dans la rébellion plusieurs tribus qui avaient accepté notre aman. 11 a bien fallu que je vinsse une troisième fois dans votre pays pour reprendre ce que vous m'aviez pris. Cependant, mon cœur souffre d'être obligé de dévaster vos villages, et je veux bien vous donner encore un dernier conseil : que vos djemâas se réunissent et viennent à mon camp; si elles sont animées d'intentions de paix, nous ferons un arrangement pour assurer la tranquillité de tout le monde et la liberté du commerce. Si vous ne le faites pas, je vous le prédis, il vous arrivera |ce qui vient d'affliger les Beni-Ouaguenoun. J'irai

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chez VOUS une fois ou Fautre ; je parcourrai toutes vos montagnes, je \isiterai tous vos villages, je poursuivrai vos populations dans vos vallées les plus profondes et jusque sur les pics les plus élevés. Vous ne pourrez vous en prendre qu*à vous de toutes ces calamités : car j*aurai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour vous les éviter.

Dans la journée du 28, leudemaiu de la proclamation, presque tous les chefs vinrent faire leur soumission. Plusieurs essayèrent des explications. Le maréchal répliqua auv Beni-Katen :

Vous évitez de parler de Ben-Salem et Bel-Kassem; cela vous portera malheur. Vous me dites que, du temps des Turcs, il y avait déjà mésintelligence avec vos voisins de la plaine, que le plus fort faisait ce qu'il voulait et que les Turcs fermaient les yeux. Les Turcs n'étaient pas assez forts pour imposer leur volonté à tout le monde, surtout aux Kabyles. Mais nous^ nous avons la force nécessaire, non seulement pour conquérir plus de pays, mais pour faire respecter les tribus qui nous sont soumises. Je regarderai comme attaque de guerre contre moi tout dommage aux tribus qui obéissent. Je n'ai pas besoin, comme vous le conseillez, d'envoyer des marabouts pour vous réconcilier. Gela ne me regarde pas; faites-le vous-mêmes, si vous voulez, car il vaut mieux vivre en bonne intelligence avec ses voisins. Quant à moi, je m'en rapporte à ma force et à ma justice.

Après les soumissions obtenues et les contributions payées, la colonne regagna Dellys par Aïn-el- Arba.

Le maréchal rentra à Alger le 7 août après une

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