CHAPITRE PREMIER
Beni-Raten qui promirent de ne plus recevoir Bel- Kassem (1).
(!) C'est sur le territoire des Beni-Raten que s elëve aujourd'hui, à 930 mètres d'altitude, à i'SZ kilomètres d'Alger, dominaDt toute cette magnifique vallée montagneuse, la place de guerre de Fore National, alias Fort Napoléon, chef- lieu de circonscription cantonale et faisant partie de Tan'ondissement (cercle de Tizi-Ouzou). La ville-citadelle est protégée par une enceinte flanquée de dix-sept bastions et embrasse une étendue de 12 hectares. — Lies tribus kabyles qui habitent ce pâté de montagnes se glorifiaient jadis d'échapper à toute domination. Tizi-Ouzou, en efi^et, le Tubusuptus d'Ammien Marcellin, était le point le plus avancé de l'occupation romaine dans le Djurjura, et les Turcs eux-mêmes n'avaient pas dépassé cette limite.
Le maréchal Bugeaud, en parcourant, en 1845, le territoire des Beni- Raten, n'eut point à les soumettre. De leur gré, ces Kabyles se déclarèrent ses alliés. Ce ne fut que plus tard, après 1848 et les années suivantes, que ces tribus kabyles devinrent un foyer permanent d'insurrection, attaquant nos avant-postes et incendiant nos nouveaux villages.
C'est en 1837 que le maréchal Randon, gouverneur général^ entreprit la conquête de cette partie jusque-là inaccessible de la Kabylie. Pour bien comprendi*e les difficultés de l'expédition, il faut se rappeler que les villages kabyles, édifiés pour la plupart au sommet des pitons des montagnes et protégés par des obstacles naturels, étaient défendus par la population la plus belliqueuse de l'Algérie. L'armée française sut triompher de tous ces obstacles. Le corps expéditionnaire, formé de troupes régulières et de goums arabes, comprenait trois divisions et deux colonnes d'observation, soit plus de 35,000 hommes. Les trois divisions étaient commandées par les généraux Renault, Yusuf et Mac-Mahon. Nos troupes escaladèrent sous un feu continu des positions qui semblaient inabordables, poursuivirent l'ennemi jusque dans ses derniers retranchements. Chaque village fut pris d'assaut, et, après soixante jours de combat, toutes les tribus demandèrent l'aman, la Kabylie entière déposa les armes le 17 juin 1857.
Il fallait assurer notre domination. L'armée, sans désemparer, fut employée à percer une large route partant de Tizi-Ouzou, des bords du Sebaou, jusqu'au Fort National, Ce travail gigantesque, c'est-à-dire la construction d'une route superbe à travers les sinuosités de la montagne fut accompli en trente-six jours. Le Foi^t Napoléon, construit stir le plateau de Souk-el- Arba, domine tout le pays qu'il tient en respect.
Nous nous souvenons avoir parcouru en poste, ù la fin de décembre 1873, avec notre famille, ces merveilleuses contrées. Partis le matin de Tizi- Ouzou, après avoir traversé à gué le Sebaou et gravi les rampes, nous arrivions dans la journée au Fort National, occupé alors par le commandant Saint-Mars. Je ne saurais oublier l'impression profonde que me causa le spectacle imposant de ces montagnes verdoyantes, de ces champs cultivés, de ces innombrables villages distants tous d'une portée de fusil. A
3Ialgré une chaleur étouffante le maréchal contiuua sa campagne dans la direction des terres des Beui- Gennad, qui firent leur soumission et payèrent la contribution de guerre.
AvanI d'entrer en campagne le maréchal avait cru devoir, dans une longue proclamation datée du 27 juillet, explique aux Kabyles les motifs de sa venue :
Il y a déjà près do deux ans, leur dit-il, que vous avez recu(»illi chez vous Ben-Salem et Bou-Chareb; plus tard, vous avoz donné l'hospitalité à Bel-Kassom ; vous avez écouté leurs parolos f't leurs mauvais conseils. Je vous avais averti plusieurs fois que cola attirerait de grands malheurs sur vos têtes. Car, ayant la fon^o dans la main, nous ne pouvions souffrir que vous donniez asilo à nos ennemis acharnés; que, conduits par eux, vous veniez attaquer les tribus qui obéissent à notre loi. Vous n'avez tenu aucun compte do mes avertissements et do m(»s conseils de bon voisinage. Non seulement
nos pieds, le Seb;iou couvrait la plaioe, baignant la vallée fertile qui n'étend jusqu'aux t)<)rd.s de la Méditerranée. Malgré moi, en visitant ces <*tabliKS(Mnent8 militaires, ces splendides casernes installées au cœur de la friande Kabjlie, en voyant se dérouler devant moi cette longue route que nous venions île pan^ourir, ma pensée se i*eportait à ces admirables soldats qui avaient en si peu de jours, après avoir arrosé ces rochers et ces buissons de leur san<; et de leur sueur, accompli ces pix>diges. Kn même temps que j'adressais a ces humbles serviteurs de la patrie un tribut d'admiration, je songeais que deux ans auparavant, TAlgérie républicaine, israelisée par le citoyen Crémieux. après avoir chassé l'armée avec mépris, se livrait avec enthousiasme aux folies du régime civil. Doit-on s'étonner qu'alors les ancieus Kabyles de Bugeaud et de Uandon se soient soulevés, se soient apprêtes à détruire l'u'uvre de tant d'années? Heureusement (pi'une poignée d'hérouiues soldats oubliés au Fort Sapoiéon tint deux moisenechee les )>elli(jueux montagnards, soutenant un siège digne de l'antiquité. — Il est bon d'ajouter, (|ue, durant ce temps-là, les républicaine d'Alger, la municipalité en tête, insultaient lâchement les braves représentants de notre armée et soufHetaient un général de ses epaulettes, sur la place du Gouvernement !