CHAPITRE II
Demain, 17, nous partons d'Alger pour courir à Tincendie qui a embrasé à peu près toute la province d'Oran et qui, fort heureusement, a respecté jusqu'à ce jour la province d'Alger.
Nous traverserons, en la descendant, toute la vallée du Ghélif, afin d'imposer à tout le monde sur notre passage; puis nous rallierons Saint-Arnaud et le général de Bourjolly, afin d'écraser les Flitas et les Beni-Ouragh, et de là nous continuerons vers l'Ouest pour achever la besogne de concert avec le général de Lamoricière.
Vous connaissez sans doute la mesure énergique que le Gouvernement vient de prendre. Six régiments de renfort et deux de cavalerie seront rendus en Algérie avant la fin du mois.
C'est assez dire que ce n'est plus seulement le rétablissement de l'ordre en Algérie que l'on veut, mais l'extirpation de la cause du mal, jusque dans sa racine. Nul doute que l'on ne soit décidé à aller chercher Abdel-Kader partout où il sera, sans respect pour les frontières.
L'hiver sera consacré à refaire notre situation en Algérie tout aussi bonne et meilleure peut-être qu'elle n'était auparavant, et quand la bonne saison sera venue, nous serons en mesure d'opérer chez les Beni-Snassen et de passer la Malouîa, s'il le faut.
Toute notre diplomatie, mon cher Roches, à mon sens, doit tendre aujourd'hui à persuader à l'empereur qu'il est dans son intérêt de coopérer avec nous à l'expulsion, et, ce qui vaudrait encore mieux, à l'anéantissement d'Abdel-Kader. Ce qu'il y a de bien certain, c'est que nous agirons avec ou sans l'empereur du Maroc. Il n'est plus possible qu'il en soit autrement, cela n'a pas besoin de commentaire. L'envoi de l'ambassadeur marocain à Paris favorisera singulièrement
nos négociateurs, et je vous félicite bien sincèrement de ce succès diplomatique.
Le maréchal avait bien envie de vous écrire quelques mots de sa main, sachant qu*il vous ferait grand plaisir; mais comment est-il possible qu*il en trouve le moment, absorbé comme il Test par les préparatifs du départ de demain, et par les mille affaires du gouvernement? Il me charge de le suppléer, et je le fais moi-même avec précipitation, mais de bien grand cœur.
Le général de Lamoricière, parti, le 2, d'Oran, a opéré sa jonction, le 9, à Bab-Theiza avec le général Gavaignac; le 10, ils étaient à Djemâa-Ghazaouat; aucun engagement n'avait encore eu lieu. Abdel-Kader est chez les Traras, derrière eux ; ils se disposaient à aller Ty attaquer.
Un autre malheur que nous n'avons appris qu'hier : le commandant de Sebdou, M. Billaut, et l'officier des affaires arabes, M. Dombasles, ont été attirés chez les Ouriache par les chefs de la tribu sous le prétexte de s'entendre sur les dangers du moment. Ils s'y sont rendus avec cinq hussards et ont été victimes de leur imprudence. Us ont eu tous la tête coupée. Ah! Dieu, que de représailles à exercer! Fallait-il que les principes si sages de notre excellent maréchal fussent consacrés par de si terribles démonstrations!
Adieu, votre dévoué et bien aimant
Rivet.
Nous avons ramené Vergé de France avec M"* Vergé. Ne nous reviendrez-vous pas aussi bientôt avec une compagne chérie ?
Post-scriplum de la raaiii du maréchal :
Gardez-vous bien, mon cher Roches, de parler de Tinter*