CHAPITRE II. S
vention ou de Tinvasion que, />eu^^/re, nous pourrions faire sur le territoire marocain, sous le consentement de l'empereur.
Mille amitiés,
Maréchal B.
Parti précipitamment de la Durantie, Bugeaud arrivait le 15 octobre, après un voyage aussi rapide que le permettaient les ressources de locomotion de cette époque.
Aussitôt que les trois coups de canon eurent appris que la frégate le Panama amenant le gouverneur général était en vue, toute la population fut sur pied. La milice prit les armes, et les troupes furent échelonnées sur la rue de la Marine.
A4 heures, le maréchal débarquait sous la voûte de l'Amirauté au milieu d'une foule immense. « Messieurs, dit-il en saluant l'assemblée, je voudrais arriver dans des circonstances plus favorables ; mais je n'en éprouve pas moins un vif sentiment de plaisir à me trouver au milieu de vous. Au reste, ces circonstances, quelque graves qu'elles soient, n'ont rien de désespéré; avec l'aide de Dieu, nous rétablirons les choses en bon état. Vous savez que le gouvernement du Roi met à ma disposition les moyens nécessaires pour arriver à ce résultat. »
Le gouverneur général se mit en marche. La rue de la Marine était couverte de monde dans toute son étendue; la place Royale, la place du Gouvernement, étaient encombrées; les terrasses des maisons, les balcons, garnis de spectateurs. Tout Alger s'était porté
sur le passage du maréchal. Jamais plus de sympathie ne s'était manifestée ; jamais le sentiment public n'avait montré plus d'expansion.
Le lendemain de son débarquement, le maréchal gouverneur fit afficher la proclamation suivante :
Alger, le 16 octobre 1845.
Colons de TAlgérie,
Les événements survenus depuis la fin de septembre ont pu vous étonner, mais ils ne vous ont certainement pas alarmés sur votre avenir. Gomme je vous Tai dit, en vous faisant des adieux récents, la France a pris trop au sérieux son établissement d'Afrique pour le laisser péricliter. Vous le voyez, notre Gouvernement vient de prendre unedétermination digne de lui et de la France; aux premières nouvelles d'un danger, le Roi et son Gonseil ont décidé que de grands renforts seraient envoyés en Algérie.
Si nous avons pu soumettre le pays et rejeter son implacable chef dans le Maroc avec des forces très inférieures, nous saurons bien, aujourd'hui, avec les puissants renforts qui nous sont si généreusement accordés, ramener les affaires au point où elles étaient et même les améliorer.
Il est donc dans la nature de notre entreprise de grandir par les obstacles qui lui sont opposés. Toutefois, et je ne vous Tai jamais dissimulé, les révoltes et les attaques extérieures pourront se renouveler de temps à autre. Il n'est pas dans la nature d'un peuple guerrier, fanatique et constitué, comme le sont les Arabes, de se résigner en peu de temps à la domination chrétienne. Les indigènes chercheront souvent à secouer le joug, comme ils l'ont fait, sous tous les conque-