CHAPITRE II
sortir avec une fraction de son monde, soit pour rétablir Tordre qui aurait été troublé, soit sous le prétexte de protéger le pays. Il peut, tout au plus, faire une sortie brusque et de nuit, à courte distance, pour arrêter des hommes signalés comme dangereux, ou pour tout autre coup de main partiel jugé nécessaire... Mais le détachement qui serait fait, dans ces cas fort rares, devrait être rentré au point du jour. S'il y a des actes à réprimer dans une tribu, il faut attendre, pour en demander compte, que quelque colonne vienne manœuvrer dans le pays.
Je terminerai le premier aperçu par des considérations majeures. Supposons, comme cela est arrivé, que Tinsurrection éclate sur plusieurs points d*une province, ou dans plusieurs provinces en môme temps, faut-il se croire obligé de courir partout pour éteindre Tincendie? Ceci serait contraire à toute bonne spéculation de la guerre et aux principes posés depuis longtemps. Notre effectif, bien que nombreux, ne l'est pas assez pour faire face à la fois à tous les dangers survenus et à survenir. Il faut donc ne se subdiviser que dans la mesure de ses forces^ et de telle sorte que chaque subdivision soit parfaitement en état de vaincre Tennemi qu'elle peut rencontrer dans le pays où elle doit opérer. Quand elle a vaincu, dompté celui-ci, elle court à celui-là. En un mot, il faut opérer comme nous Tavons fait de 1841 à 1843; tout le pays était alors insoumis ; en avons-nous attaqué toutes les parties à la fois? Non, nous les avons vaincues successivement ; cette action successive peut d'autant mieux s'appliquer à cette guerre, que les Arabes ne concentrent pas leurs forces à de grandes distances ; on n*a généralement affaire qu'aux forces locales d'un certain rayon.
Laissez donc les autres s'agiter dans Tinsurrcction et ne vous croyez pas toujours obligés de courir au feu partout où
il se manifeste. Frappez vite et fort sur le premier foyer, ou sur le foyer principal
Le gouverneur général de t Algérie^
Maréchal duc d*Islt.
Pour ampliation :
/> colonel faisant fonctions de chef d'élat-major général,
A. Pélissier.
A peine débarqué, le maréchal Bugeaud écrivait à M. Guizot la lettre suivante :
Le maréchal Bugeaud à M. Guizot.
Alger, le 18 octobre 1843.
Je suis parfaitement convaincu, mon cher ministre, qu'un grand complot de révolte était ourdi depuis longtemps sur toute la surface do TAlgérie. Je Tai fait avorter au printemps dernier en écrasant les premiers insurgés qui se sont manifestas. Il a été repris à la suite du fanatisme que ranime le Ramadan. Plusieurs fautes graves, commises par des ofQciers bravos, dévoués, mais ne connaissant pas iissez la guerre, ont procuré h Témir des succès qui ont certainement ravivé l'ardeur et les espérances des Arabes. Les circonstances sontdonc très graves; elles demandent de promptes décisions. Ce n'est pas le cas de vous entretenir de mes griefs et des demandes sans Tobtciition desquelles je ne comptais pas rentrer en Algérie. Je cours à Tincendie. Si j'ai le bonheur de l'apaiser encore, je renouvellerai mes instances pour faire adopter des mesures de consolidation de l'avenir. Si je n'y réussis pas, rien au monde ne pourra m'attacher plus longtemps à ce