‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 33 sur 206 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

résister à ce besoin impérieux. En vain Géreaux s'efforce de retenir sa compagnie sur la crête qu'il n'avait cessé d'occuper. Les officiers restent seuls et sont forcés de descendre. Les Arabes saisissent ce moment avec un cruel à-propos. Ils s'emparent de la hauteur, écrasent d'un feu plongeant les malheureux chasseurs. Géreaux, cependant, essaye de continuer la retraite. Les débris de sa petite troupe se remettent en marche, échelonnés en trois petits carrés. Mais les Arabes sont revenus plus nombreux.

Le lieutenant Chappedelaine , le docteur Rogazetti , qui n'avaient cessé de seconder vaillamment leur héroïque chef, sont frappés à mort. Géreaux tombe à son tour pour ne plus se relever. Tout est anéanti. — De toute la colonne qui avait quitté Djemàa, le 21, douze hommes seulement furent recueillis par une sortie de la petite garnison qu'y avait laissée Montagnac. — Mais cette lutte terrible, malgré sa funeste issue, suffit pour illustrer à jamais le nom de Géreaux et le

numéro du 8" bataillon d'Orléans. »

En relisant cette émouvante et légendaire défense, nous avouons que l'idée ne nous est point venue de la transformer de la part des soldats d'Abdel-Kader en lâche assassinat, en massacre, en infâme guet-apens. Tout au contraire, nous revendiquons pour la petite troupe du colonel Montagnac et celle du commandant de Géreaux l'honneur et la gloire d'avoir combattu contre des ennemis dignes de leur audace et de leur courage.

Le désastre de Sidi-Brahim fut suivi d'une autre disgrâce militaire plus grave sous certains rapports. Un détachement de la colonne du général Cavaignac

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avait été chargé d'aller renforcer la petite garnison (rAïn-Temouchent. C'étaient 200 hommes récemment sortis des hôpitaux, impropres an service de campagne, mais jugés capables de faire leur devoir dans un poste fermé. Rencontrée en route par le chef Bou- Ilamidi, qui se trouvait à la tète d'un corps considérable, la petite troupe mit bas les armes sans combat. Un pareil fait, inouï jusque-là, excita au plus haut degré l'orgueil des Arabes. Les historiens taisent, en général, le nom du commandant de ces 200 hommes. Nous le laisserons également dans l'oubli (1).

Le 9 octobre, Lamoricière rallia Cavaignac au col de Beni-Taza. Les deux généraux altèrent se ravitailler à Djemâa-Ghazaouat. Une affaire heureuse contre les Trara fut suivie d'une marche sur Nédrouma. Abdel- Kader, qui se tenait dans le voisinage, fit remettre une lettre au commandant Cçurby de Gognord, le principal des prisonniers de Sidi-Brahim.

La politique do TÉmir était de saisir toutes les occasions de négocier. Nous le verrons, jusqu'à la dernière heure, rêver le retour désormais impossible d'une sorte de traité de la Tafna. Quant au maréchal, il repoussait d'une façon absolue toute démarche de

(1) A la nouvelle de ces désastres, Lamorici«>re, parti précipitamment d'Alfrer le 30 septembre, débarqua à Oran lo 2 octobn», rallia le 3 le colonel Korte, à Sidi-bel-Abbès ; le 4 renforça la ^'aruison d'Ain-Tcmouchent, en faveur de laquelle la précédente tentative avait eu une si funeste issue, et parvint le 7 à Tlemcen.

Pendant ce temps, le commandant Billaut au fort de Sebdou se faisait tuer avec le capitaine Dombasles et une escorte de cinq hussards seulemont dans une promenade imprudente exécutéo comme si le pays était pacifique.

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