‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 34 sur 206 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

nature à reconnaître à FÉmir, même un semblant, de qualité de belligérant , dût cette abstention systématique coûter la vie à nos malheureux prisonniers de Sidi-Brahim et d' Aïii-Temouchent ; ce qui malheureusement advint.

Pendant ce temps , Bou-Maza , agissant séparément d'Abdel-Kadcr, dont il méconnaissait hautement Tautorilé, se montrait presque aussi insaisissable que TÉmir ' et, sur un terrain différent, tenait tête à la fois au f^énéral de Bourjolly, aux colonels de Saint-Arnaud, Tartas (1) et Géry; surgissant à Timproviste, tantôt dans le Dahra, tantôt sur la Mina, tantôt sur le Chélif.

Telle était la situation militaire en octobre, lorsque le maréchal vint imprimer une direction unique à tous ces corps détachés, et les mettre lui-même en mouvement.

Le général de Lamoricière avait pu manquer de sang-froid, mais non de bravoure. S'il avait trop peu • dissimulé le danger aux habitants d'Alger, qu'aucun péril immédiat ne menaçait alors, il ne s'était pas moins comporté en vaillant homme d'action. 11 s'était jeté sans hésiter, avec son camarade Cavaignac,

(1) Tartas (Emile), né le 2 août à Mézin (Lot-et-Garonne), entra à dixhuit ans clans les gardes du corps de Louis XVIII en 1814; et six mois après, avec le grade de sous-lieutenant dans un régiment de cavalerie. Après avoir rempli plusieurs années lés fonctions d'instructeur à TËcole de Saumur, il fut nommé lieutenant-colonel en 1840 et passa en Algérie, où, pendant cinq campagnes, il prit une part active aux expéditions, notamment à la dernière campagne contre Abdel-Kader et à la prise de Bou- Maza. Général en 1848, il revint en France, ses compatriotes l'envoyèrent siéger aux assemblées. Homme d'ordre, il votait contre les révolutionnaires. Il participa à la répression qui suivit le coup d'État en 1852. Tartas était d'humeur gaie, plein d'entrain et d'esprit.

demeuré sur place à Textrémilé Ouest de la colonie, aux points où TÉmir venait de manifester sa présence par deux coups de guerre, si désastreux pour nous.

Sûr de ses deux lieutenants, le maréchal voulut se porter sur un autre point de la ligne de défense, sur celui des incursions probables. Connaissant la soudaineté de rÉmir dont la poursuite dans Textrême Ouest était désormais éventée, il choisit, pour s'y porter de sa personne, une ligne au centre des opérations, celle de Tiaret à Teniet-el-Hâd.

En mémo t(*mps, il rappelait d'urgence de France son homme de sagesse et d'action. Bedeau : Bedeau, dont toute la vie militante s'était écoulée sur la frontière du Maroc. Envoyé depuis dix-huit mois au repos dans le gouvernement de Constantine, il allait, cette fois, veiller, en arrière du maréchal lui-même, h la sécurité de Tiltery.

Les lieutenants de second ordre à cette époque, qui presque tous sont parvenus, depuis, au premier rang comme hommes de guerre, achevaient de compléter la chaîne de défense sur sept ou huit degrés géographiques, entre Bougie et le Maroc, et sur une profondeur de deux ou trois parallèles. C'étaient, — en commençant par l'Est, — d'Arbou ville, venu de Sétif, Gentil, Marey, Yusuf, Pélissier, Géry. Au delà, vers l'Ouest, ceux que nous avons déjà nommés; sous Lamoricière, Korte et Cavaignac.

Il est un jeu où les enfants, se tenant par la main, forment une chahie. Toujours en mouvement, il s'agit pour eux d'empêcher un adversaire, auquel ils font

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