‹ Le Maréchal Bugeaud: d'après sa correspondance intime et des documents inédits, 1784-1849Chapitre 9 sur 206 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le maréchal Pugeciud à la maréchale duchesse d'Isly,

Ouarensenis Je 9 mai 1845. Sur TOued-Lira.

Chère amie, aujourd'hui nous sommes entrés sur le territoire insurgé. On ne nous a pas encore tiré un coup de fusil. Le plus grand événement jusqu'ici, c'est un gros orage que nous avons subi hier en arrivant au bivouac et qui a duré cinq heures.

Nous détruisons les récoltes de nos ennemis autant que nous pouvons. Saint-Arnaud m'écrit que tout est à peu près fini à l'est de Tenès et qu'il opère le désarmement avec un succès qu'il n'osait espérer. Voilà qui est un grand événement. On n'avait jamais cru possible de désarmer une tribu arabe ou kabyle. Tout annonce que d'ici à un mois nous aurons triomphé partout de la révolte. Si nous y mettons plus de temps, ce sera pour opérer le désarmement. — Mille tendresses, chères petites.

Maréchal duc d'Isly.

P,S, — Mes amitiés à mademoiselle Mac Leod (1). Je crains bien de n'avoir de vos nouvelles qu'à Orléansville le 22 ou le 23.

Le maréchal Bugeatid à la maréchale duchesse d'Isly.

Au bas du pic de rOuarensenis, à Touest, chez les Beni-Ilet, le 16 mai 1845.

Chère amie, nous avons eu cinq jours de grande pluie depuis notre départ de Milianah. Cela m'a fait perdre beau-

(1) M»* Mac Leod devait, peu de temps après, épouser le commandant Fourichon, lieutenant de vaisseau, compatriote du maréchal.

18 LE MARÉCHAL BUGEAUU.

coup de temps et a singulièrement fatigué les hommes et les bêtes. Mon extrême arrière-garde a été attaquée les 13 et 14 dans le long défilé des Beni-Rahilia et Beni-Ideh; Tennemi a été vivement repoussé, mais nous avons eu dans divers petits engagements 6 hommes tués et 15 blessés.

Le mauvais temps, mes blessés, mes malades me forcent d'abréger cette première campagne. Je serai à Orléansville le 2î2 ou le 23, j'espère y; trouver plusieurs lettres de toi et de bonnes nouvelles de nos chers enfants.

Les Beni-Chaïb, les Beni-Jadel et la très petite tribu des Taalba m'ont demandé l'aman. Je leur impose le désarmement, il n'est point encore opéré. Le général Lamoricière m'écrit qu'Abdel-Kader a quitté le Maroc et s'est dirigé dans le Désert; nous ne tarderons pas à avoir de ses nouvelles. Le colonel Géry a fait une course très heureuse dans le désert de Tittery, il a poussé jusqu'à Brézina et sur la limite nord du grand désert de sable. Il a eu deux combats, très brillants. Les villes et une partie des populations nomades se sont soumises. Le chef du Djebel-Amour, avec lequel le colonel a communiqué, paraît sincère dans la parole qu'il nous a donnée. Saint-Arnaud croit en finir promptement avec les insurgés de la rive droite; d'après sa dernière lettre, il avait déjà 600 fusils de désarmement. Montre cette lettre au général de Bar, à qui j'adresse ma dépêche au ministre. Il fera de tout cola un résumé pour le Moniteur Algérien qui suivra le départ du courrier porteur de ma dépêche. — Adieu, chères âmes, je vous envoie mille baisers que vous communiquerez à Marie, Charles, à M"' Saint-Germain, à Antoine.

Maréchal duc d'Isly.

P. 'S, — J'ai réservé douze vaches d'une razzia pour vos orphelines; si je ne puis vous les envoyer, je les ferai vendre.

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