CHAPITRE PREMIER
Le coup était rude, et Bou-Maza disparut momentanément. Nos colonnes de Mostaganem, Orléansville et Tenès, imitant sa tactique, cessèrent de le poursuivre personnellement pour s'en prendre aux tribus qui Tavaient soutenu. Le chérif s'enfuit en remontant rOued Riou, vivement serré de près par notre agha Hadj-Ahmed, qui lui tua tous ses compagnons, saut deux cavaliers ; lui prit ses chevaux, son drapeau, deux mulets chargés de poudre et d'argent. Bou-Maza se vengea d'Hadj-Ahmed au mois de juillet suivant en venant lui donner la mort au milieu du cortège nuptial de son fils; toute la noce fut enlevée dans une razzia.
Quant aux Français, ils ne virent plus réapparaître Mohammed ben Abdallah qu'en septembre, aux débuts de la grande insurrection. « Nous venons enfin, dit spirituellement le colonel Saint- Arnaud, de chasser Bou- Maza du pays... jusqu'à ce qu'il y revienne. »
Dans la répression de ce premier soulèvement de 1845, l'autorité française eut recours k un moyen nouveau fort cruel pour les Arabes, celui du désarmement. Le colonel Saint-Arnaud imagina, le premier, d'imposer cette condition, bien rigoureuse pour une population essentiellement guerrière (1). Le ma-
(1) Le colonel Saiot-Arnaud, qui inaugura le désarmement ^ écrivait à son frère, de Tenès, le 4 mai 1845 :
J'ai eu, dans leurs affreuses niontagDes (des Beni-Hidja), deux jolis combats les 29 et 30 avril; je ruine si bien leur pays que je les force à demander grâce, et, ce qui ne s'est jamais vu en Afrique, je les oblige ii rendre leurs fusils. Le maréchal lui-même ne pouvait croire à ce résultat. Je fais livrer par les Beni- Hidja 500 fusils, 300 sabres, 200 pistolets et 25,000 francs de contributions. Les vieux officiers d^ Afrique ont peine h croire à la remise des fusils, même en les voyant couchés devant ma teote...
16 LE MARÉCHAL BUGEAUT).
réchalet ses autres lieutenants le prescrivirent de leur côté quand ils virent le succès obtenu par le commandant d'Orléansville! Au mois de juillet, le maréchal avait fait rassembler plusieurs milliers d'armes et le constatait dans les termes suivants [Moniteur Algérien du 25 juillet) :
-• Le général a ordonné que les canons de fusil provenant du désarmement de l'Ouarensenis et du Dahra seraient employés aux constructions de Tarsenal d'Alger et des divers établissements militaires. On les dénaturera le moins possible ; à cet effet, on en fera des rampes d'escalier, des grilles, des balcons, etc. Ils serviront ainsi de monument pour constater le désarmement. Les commandants militaires qui succéderont à ceux d'aujourd'hui y trouveront la preuve permanente de la possibilité de cette mesurg, qui, selon nous, doit être rigoureusement appliquée à toute tribu qui se révoltera.
Nous n'oserions affirmer que le désarmement du Dahra et de l'Ouarensenis a été complet. Nous sommes convaincus, au contraire, que, dans certaines tribus, il reste encore des armes et môme dos meilleures; mais ce que nous pouvons affirmer, c'est qu'à l'heure qu'il est on a recueilli plus de 7,000 fusils propres au service, et qu'on en a brisé plus de 1,500 qui étaient hors d'état de servir. L'opération se continue chez un certain nombre de tribus.
Les trois lotfres intimes qui suivent, écrites par le maréchal pendant cette campagne, se réfèrent aux trois préoccupations du moment : la pluie, le chérif et le désarmement.