CHAPITRE V
grossesse est Tépoque la moins défavorable pour voyager. Cela vous conduit au mois d'avril ou aux premiers jours de mai, moment où la navigation devient meilleure.
Parlons maintenant de votre logement à Tenès. Je ne vois que rétablissement de Tartillerie qui puisse vous convenir. Je pense qu'il vous sera facile de l'obtenir parce qu'un officier d'artillerie à Tenès n'est pas rigoureusement nécessaire. On peut lui substituer un maréchal des logis qui logerait ailleurs. Notre ami Gharon peut arranger cela avec le Prince. En répondant à une bonne lettre de lui, j'en parlerai; mais adressez-vous à lui de ma part.
J'ai été fort bien traité dans le discours de la Couronne. L'accueil de la Chambre ne m'a pas été moins favorable, puisqu'elle m'a fait vice-président pour la présente session.
Je ne suis pas aussi content d'un article des Débats du 3, sur la reddition d'Abdel-Kader. Lisez-le pour voir comme les journaux écrivent l'histoire et distribuent l'éloge avec justice et justesse. Tout le monde a contribué presque autant que moi à ce grand résultat, même Berthezène par sa déroute et d'autres par leur impuissance à faire avancer, d'un pas, la conquête. Dites-moi, à cet égard, vos impressions et celle de l'armée.
Je vois souvent la famille Salvandy, et je l'aime tous les jours davantage. Elle est en ce moment réunie à Paris.
L'opinion se prononce fortement contre l'envoi d'Abdel- Kader en Egypte ou en Syrie. Le ministère aura la majorité ; mais la situation est cependant toujours difficile. Il y a tant de questions sur le tapis, au dehors et au dedans.
Votre mère vous embrasse. Elle approuve fort ce que je vous dis du voyage de Léonie. Adieu, je vous embrasse de tout cœur.
Maréchal Bugeaud.
La suite des événements nous amène à la date, si fatale pour la France, du 24 février 1848, date de cette révolution inepte qui allait précipiter la France dans une ère d'aventures et d'humiliations, dont elle n'est point encore sortie.
La nouvelle de la chute du roi Louis-Philippe frappa de stupeur la population d'Alger. Le duc d'Aumale , après avoir pourvu à l'intérim du gouvernement général (1), fut rejoint par son frère le prince de Join ville, qui, de son côté, venait de résigner le commandement de l'escadre. Us quittèrent Algérie 3 mars 1848.
Un témoin oculaire nous racontait dernièrement cette scène dramatique.
(t) Habitants de T Algérie,
Fidèle à mes devoirs de citoyen et de soldat, je suis resté à mon poste tant que j*ai pu croire ma présence utile au service du pays.
Cette situation n^existe plus. M. le général Cavaignac est nommé gouverneur général de T Algérie. Jusqu'à son arrivée à Alger, les fonctions de gouverneur général par intérim seront remplies par M. le général Changarnier.
Soumis à la volonté nationale, je m'éloigne; mais, du fond de Texil, tous
mes vœux seront pour votre prospérité et pour la gloire de la France que
j'aurais voulu servir plus longtemps.
Alger, 3 mars 1848.
Henri d'Oklkans.
Pour ampliation :
Le colonel sous-chef de Vétat-major général^