CHAPITRE V
conquête. La fin de TÉmir n'est pas une garantie complète de tranquillité; les Arabes restent, ct^ quoique affaiblis, leurs révoltes sont encore à redouter; ils ne subiront pas sans de fréquentes résistances la révolution cruelle que nous leur apportons, et il se trouvera des hommes pour se mettre au service de leurs mécontentements. Les troupes ne sont pas seulement indispensables pour les contenir, elles le sont encore pour activer les grands travaux publics, et, à ce titre, elles coûtent moins cher qu'en France, puisqu'elles peuvent produire plus qu'elles ne coûtent. Il n'y aurait économie à retirer des troupes d'Afrique qu'autant qu'on les licencierait. Or, dans l'état de fermentation où est l'Europe, je ne crois pas qu'on puisse diminuer l'armée française.
Quelques lettres disent qu'il se fonde un poste à Hamza. J'ai grand'peine à le croire. Vous ne voudrez pas augmenter vos postes permanents, quand on réduit votre effectif. Vous voudriez bien plutôt en supprimer. J'insiste toujours pour la suppression deLella-Magrhnia,Aïn-Temouchent et Aïn-Moussa surTOued Riou. Je présume que quelques nécessités auront fait occuper temporairement Hamza, et de là le bruit de la création d'un poste permanent qui, à mon avis, serait plus qu'inutile : il serait nuisible.
Agréez, mon Prince, l'assurance de mon respectueux
dévouement.
Maréchal duc d'Islv.
La réunion des Chambres et la politique ramenèrent à Paris le châtelain de la Duranlie. La lettre suivante au colonel Feray, adressée peu de temps avant la triste révolution de février, nous montre le maréchal absolument réconcilié avec le Roi et ses ministres, si tant est qu'il ait existé quelque froideur,
310 LE MARÉCHAL DUGEAUD.
dans les rapports, entre le Gouvernement et Tancien gouverneur de l'Algérie. Son nom, en effet, fut prononcé avec éloge dans Tadresse^ et la Chambre le nomma vice-président.
Le maréchal Bugeaud au Ueutenant-coloncl Feray.
Paris, 5 janvier 1848.
Mon cher Feray,
Il y a longtemps que je ne vous ai écrit. Il est vrai que ma femme écrivait à vous ou àLéonie — et que vous étiez t<)nu au courant. Puis, les embarras de départ pour Paris et les obligations imposées au député-maréchal débarquant dans la capitale, louvcrture des Chambres, les visites du premier de Tan, etc., etc. Enfin me voilà un peu débarrassé de ces préliminaires absorbants, j'en profite pour causer avec vous.
Je commence par vous dire que je n'admets pas du tout la nécessité que vous restiez deux ans à Tenès, sans venir en France. Ganrobert a bien pris un congé et il n*en a pas moins été fait colonel. Vous pouvez donc très bien, surtout avec réclipse d'Abdel-Kader, prendre un congé de trois mois pour nous mener votre femme. Son état rend cela indispensable à la fin de mars ou dans les premiers jours d*avril. Vous ne voulez pas sans doute lui faire faire ses couches à Tenès, avec un logement peu favorable et dans une saison où le climat serait dangereux pour la mère et pour l'enfant. En la supposant grosse de trois mois, elle accoucherait à la fin de juin. Alors, les chaleurs sont horribles, même sur la c6te. Il vaut bien mieux le climat tempéré de la Durantie,le8 soins d'une tendre mère et le grand calme et le confortable de notre château entouré de fleurs et de verdure. Six mois de