CHAPITRE VI
ville ou sur les avenues. Cela est peu généreux et indigne de nos mœurs. 11 peut en outre en résulter de graves inconvénients politiques. L'Arabe frappé ou traité avec mépris rapporte dans sa tribu Tindignation qu^il a éprouvée et la lui fait partager. Le gouverneur général espère que ce simple avertissement suffira pour donner à la population de toutes nos villes plus d'urbanité envers un peuple que nous voulons gouverner avec justice pour nous l'assimiler.
Mais s'il était quelques individus qui restassent sourds à ce conseil, le gouverneur les prévient qu'il a donné partout l'ordre à la force publique^ à la police et même à l'armée d'arrêter immédiatement tout individu qui frapperait ou maltraiterait un indigène. 11 sera immédiatement dressé procèsverbal du délit, et le délinquant sera traduit en police correctionnelle. (Moniteur Algérien^ 29 juillet 1843.)
• neur général était, dans son cabinet, à se faire la barbe : il entend du bruit dans la rue, regarde et voit un Maltais qui frappait brutalement un Arabe. Sans prendre le temps de passer un habit, le maréchal, la figure encore pleine de sovon, les bras nus, descend, appelle sa garde, fait arrêter le Maltais et ordonne qu'il soit conduit à la police.
Le soir, tous les fonctionnaires civils et militaires furent convoqués au palais du Gouvernement. « J*ai été témoin ce matin, leur dit le maréchal, d'un fait qui malheureusement se renouvelle trop souvent : un Européen frappait un Indigène; pour Thonneur de notre nation, il n'était pas Français. Vous comprenez facilementj messieurs, tout ce qu'un pareil acte renferme d'impolitique et de lâcheté, — d'impolitique parce qu'il entretient des sentiments de haine qu'il faut à tout prix faire disparaître. L'Arabe, frappé dans nos villes, contient sa colère et sa vengeance ; mais ces sentiments comprimés font violemment explosion dans l'intérieur du pays, et ce sont nos malheureux soldats qui en sont les victimes. — Je dis ^e plus que c'est une lâcheté; car on ne frappe pas un ennemi vaincu et terrassé. Par tous ces motifs, j'ordonne à tous les officiers et fonctionnaires d'an*éter sur-le-champ et de conduire au poste le plus voisin tout individu qui frappera des Indigènes, je donne des ordres au ministère public pour que les coupables soient sévèrement punis. »
Et il fit une circulaire en conséquence. Cette pièce, traduite en arabe, parvint au milieu des tribus et y répandit, avec la joie, la plus profonde reconnaissance pour l'auteur d'une mesure aussi juste, aussi bienfaisante.
m LE MARÉCHAL BUGEAUD.
Après la victoire d'Isly, il adressa à ses généraux une circulaire des plus touchantes que nous avons déjà citée sur le rôle que l'armée française est appelée à remplir (17 septembre 1844) :
Nous nous sommes toujours présentés aux Arabes comme plus justes et plus capables de les gouverner que leurs anciens maîtres; nous leur avons promis de les traiter comme s*ils
étaient enfants de la France nous leur devons et nous
nous devons à nous-mêmes de tenir en tout point notre parole...
Il faut nous servir des hommes en possession de Tinflucnce sur les tribus, soit par leur naissance, soit par leur courage, soit par leur aptitude à la guerre ou à l'administration. La naissance exerce encore un grand empire chez les Indigènes; si elle ne doit pas ôtre Tunique cause de notre préférence, elle doit toujours être prise en grandeconsidération. Éloigner du pouvoir les familles influentes serait s'en faire des ennemis dangereux. Il vaut beaucoup mieux les avoir dans le camp qu*en dehors... Il ne suffira pas de faire un bon choix des fonctionnaires arabes ; il faut encore les surveiller, les diriger, s'occuper de leur éducation,... il faut en même temps les entourer de considération, afin de maintenir leur dignité et de les faire respecter de leurs administrés. Quand on aura des leçons à leur donner, des reproches à leur faire, ce ne doit jamais être devant les Arabes ; il faut éviter avec eux les emportements, surtout en public.
Les deux notes et ordres ci-dossous sont empruntés h l'organe officiel. Us prouvent qu'aucun détail ne lui était étranger, et démoulrenl avec quelle persis-