CHAPITRE PREMIER
embarqué immédiatement après son retour de Corse On ex- * halait hautement ses plaintes, on s'apitoyait sur le sort du soldat et l'on prétendait que l'on n'avait jamais vu mener des troupes d'une manière aussi dure, lorsque, dans les autres régiments, on convient que jamais on n'a été conduit avec autant de soins et d'abondance. Comparons cela, disent-ils, avec l'expédition de Mascara oh nous avons manqué de vivres pendant cinq jours (c'est une brigade seulement ; les autres n'en ont manqué que deux ou trois jours). Le colonel et le lieutenant-colonel sont peu propres à cette guerre. Ce dernier est fendant et grognard. Il faut des jeunes gens ayant de l'ardeur et de l'avenir. J'ai dû m'occuper sérieusement du moral du ***®; j'ai réuni les officiers, je les ai harangués en présence des soldats, j'ai discuté leurs plaintes à haute voix, je leur ai prouvé qu'aucune n'était fondée, qu'ils avaient eu de l'eau et des vivres en abondance, qu'on avait fait halte après chaque heure de marche, que les régiments avaient été tour à tour à la tête, au centre et à la queue des colonnes, etc., etc... Enfin, quittant le ton de la discussion, je leur ai dit que leurs plaintes sur le sort du soldat dissimulaient mal l'afiaissement de leur moral, que les soldats ne se seraient pas plaints si euxmêmes n'en avaient donné l'exemple.
Le lieutenant-colonel a eu la maladresse de me reprocher les fatigues de la journée du 12, qui était un jour de combat. H me faisait beau jeu. Je lui ai répondu comme il le méritait, et ma réponse a produit bon effet. Si pareille chose se renouvelait, j'ôterais le commandement aux deux chefs supérieurs, et je le leur ai dit à huis clos. -^ Je suis entré dans tous ces détails, monsieur le Maréchal, pour vous corroborer dans l'opinion que vous avez sans doute jdéjà, à savoir qu'il faut pour l'Afrique des troupes consti-
tuées tout exprès et surtout commaudées par de jeunes chefs, ardents et vigoureux. Quelques jeunes gens se sont distingués en Afrique ; si vous conservez cette fâcheuse conquête, il faut les avancer et leur donner le commandement des régiments d'abord, des colonnes plus tard.
J'arrive, un peu tard peut-être, à la relation des faits militaires. Nous n'avons vu aucun ennemi pendant les cinq premiers jours, maisfaujourd'hui la cavalerie d'Abdel-Kader a attaqué mon arrierê^garde dans le terrain haché qui sépare l'Amiguier de la Safsaf. D'abord je n'ai pas fait grande attention à la légère fusillade qui s'était engagée ; mais voyant qu'elle devenait plus sérieuse, j'ai arrêté les têtes de colonne et je me suis porté à la queue de celle du centre avec l'intention de donner une leçon aux poursuivants, à qui on a trop laissé prendre, je crois, la douce habitude de harceler impunément. J'ai fait reployer tous les tirailleurs derrière un mamelon; j'ai formé trois échelons de cavalerie et deux d'infanterie. Au moment où je donnais au premier échelon l'ordre de laisser bien aventurer l'ennemi avant de le charger, le chef a cru que j'ordonnais la charge et il est parti au galop. Il à reçu de très près la fusillade d'une cavalerie supérieure ; six hommes ont été blessés, quatre chevaux tués et la charge a avorté. Je me suis avancé avec le second échelon et j'ai précipité le tout sur l'ennemi. Dans ce moment Mustapha, que j'avais fait appeler, et qui selon son habitude chassait le sanglier avec ses Douairs sur mon flanc gauche, est arrivé fort à propos sur le flanc de l'ennemi, pendant que nous le poussions de front. Sa déroute alors a été complète. Les plus mal montés sont tombés sous le fer et leur tête a été coupée. Dans le nombre se trouve un aga d'Abdel-Kader et un de ses chiaous. J'ordonnai de continuer la poursuite jusqu'à ce que tout fi\t dispersé. Cela nous a ramenés jusque sur TA-