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A partir de ce moment Temiemi ne se montra plus. Le général continua sa route et arriva le soir à TOned- Ghazer, où il établit son bivonac. Les régiments nouvellement arrivés en Afrique se conduisirent avec bravoure ; toutefois ils souffiîrent davantage des fatigues et abandonnèrent des fusils, sacs et effets de campement. Beaucoup d'hommes seraient restés en arrière et auraient été massacrés sans les soins actifs de l'arrière-garde et de l'ambulance. Quelques-uns se suicidèrent, et la démoralisation se manifesta jusque chez les officiers, auxquels le général Bugeaud dut faire entendre des paroles sévères.
r-HLe 13 juin, les troupes se mirent en route de /bonne heure et campèrent le soir à TOued-Sinan. ' Le 14, on campa sur TOued-Amria, et le 15 à Misserghin. Le général Bugeaud remit le commandement au colonel du 24^ de ligne et continua sa route sur Oran, accompagné de toute sa cavalerie. Cette marche de cinq jours, de la Tafna à Oran, eut pour résultat de faire reparaître sur les marchés d'Oran les Arabes nos alliés, que la terreur d'Abdel-Kader avait jusqu'alors éloignés.
e général Bugeaud, que la conduite de nos troupes avait fort impressionné, adressait, le 16 juin, au ministre la dépêche suivante :
Le général Bugeaud au maréchal Maiacnj ministre
delà Guerre.
Il faut, pour commander en Afrique, des hommes vigoureusement trempés au moial comme au physique. Les colo-
nels et les chefs de bataillon an peu &gés, chez qui la vigaeur d'esprit et de cœur ne soutient pas les forces physiques ^ devraient être rappelés en France, ob ils recevraient ou leur retraite ou des commandements de place. Leur présence ici est beaucoup plus nuisible qu'utile...
Ce qu'il faut aussi pour faire la guerre avec succès, ce sont des brigades de mulets militairement organisés, afin de ne pas dépendre des habitants du pays, de pouvoir se porter partout avec légèreté pour pouvoir suivre l'ennemi sur tous les points ob il se retire et ne pas charger les soldats, comme on le &it, de manière à les rendre impropres au rude métier qui leur est réservé sur un sol aussi âpre et sous un cUmat aussi brûlant. Il y a vraiment de la barbarie, je dirai même que c'est un crime de lèse-nation, de les charger de sept à huit jours de vivres, soixante cartouches, chemises, souliers, marmites, etc. Beaucoup succombent sous un tel poids, et les plus forts ont besoin d'être conduits avec une lenteur telle, qu'il est impossible de faire de ces mouvements rapides qui, seuls, peuvent donner des succès. Des mulets, militairement organisés, me paraissent être la meilleure base de la guerre en Afrique. J'ai calculé qu'il en faudrait quatre-vingts par mille hommes. Ils porteraient dix, mille rations, les soldats auraient dans de petits sacs une réserve de quatre jours. Ce serait donc une réserve de quatorze jours, ce qui est très suffisant pour les campagnes que l'on peut faire dans ce pays. Elles doivent être de courte durée, si l'on ne veut pas perdre tous ses soldats. Avec les transports du pays, on risque, dans une affaire un peu vive, de perdre ses vivres et ses blessés. Le 12, mes équipages ayant été attaqués, plusieurs des conducteurs de chameaux et de mulets s'empressèrent dejeter leurs charges. H fallut déployer beaucoup d'énergie et d'activité pour les leur faire reprendre.
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n &ut donc faire les choses largement, ce sera économiser les hommes et l'argent. Il faut être forts, ou s'en aller. Surtout il faut n'envoyer que des soldats robustes et que ces soldats soient commandés par des officiers jeunes et énergiques. Si j'avais trois mille de mes soldats d'Espagne avec des mulets pour leur porter des vivres, je parcourrais en maître toute la province d'Oran. Les régiments qui sont depuis deux ou trois ans en Afrique commencent à être bons, mais aussi leur effectif est bien réduit. Les trois beaux régiments que j'ai amenés deviendront bons aussi, mais ce sera après avoir perdu deux cents ou trois cents hommes faibles au physique comme au moral. L'humanité, l'économie, le bon jugement pour la guerre, commandent donc de n'envoyer en Algérie que des hommes de choix.
On doit remarquer avec quelle autorité, avec quelle précision ce général de brigade parie au ministre. La situation personnelle du général Bugeaud, député influent et fort apprécié par le Roi, lui permettait, il est vrai, de tenir ce langage.
Après avoir donné à ses troupes dix jours de repos, le général reprit la campagne pour conduire un con: voî de troupes à Tlemcen. Il bivouaqua le 19 à Misserghin, et le 20 sur le Rio-Saiado, En ce jour, par suite de la chaleur et de la fatigue, trois cents hommes se trouvèrent hors d'état de continuer leur route. Il les fit reconduire à Oran, escortés par la cavalerie indigène, et quant à lui il arriva le 24 juin à Tlemcen,
Voici le très curieux et très sincère rapport que le général Bugeaud adressait au maréchal Clauzel, gouverneur général de T Algérie. On verra avec quelle
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sûreté de jugement, avec quel coup d'œil, il avait envisagé du premier coup notre situation en Afrique.
Tlemcen, le 24 jnin 1886.
Monsieur le Maréchal,
J'arrive à Tlemcen après cinq jours de marche. Ce serait de petites journées pour l'Europe; elles sont assez fortes pour l'Afrique avec les chaleurs actuelles.YXa marche de la Tafiia à Oran m'avait appris, du reste, qu'il fallait conduire les troupes avec une extrême sagesse si l'on ne voulait perdre en cinq ou six jours de route autant d'hommes que dans une bataille. J'ai donc pris toutes les précautions imaginables et possibles à Oran en ce qui touche les vivres et les transports ; j'ai fait des iRtltes fréquentes ; partout où il y avait de l'eau, je restais deux heures ou je couchais, et, malgré cela, à deux jours d'Oran, j'ai dû renvoyer près de 300 hommes qui ne pouvaient plus marcher par une cause ou par une autre. Depuis, mes cacolets et mes chameaux se sont encore couverts de soldats et d'officiers. Les nouveaux régiments . sont détestables pour faire cette guerre. Us ne deviennent I b^Ds qu'après s'être épurés de près de moitié de leur monde. Le ****" léger en est là : entré il y a sept mois en Afrique avec 1,600 et tant d'hommes, il n'en a pas 900 dans le rang, mais ces 900 sont bons. H faut convenir que l'apprentissage coûte un peu cher.
rri^Tni les nouveaux régiments, le ***® est celui dont j'ai ' été le plus mécontent. Il a été très démoralisé, c'était presque du désespoir ; quatre hommes se sont suicidés dans une marche de quatre lieues, et il a fourni autant que tous les autres aux cacolets et aux chameaux. Cette maladie venait d'en haut. Le corps d'officiers était en partie mécontent d'avoir été ré-