‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 117 sur 294 · CHAPITRE vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE vn

effet, ne comptait autant d'ennemis personnels que le nouveau gouverneur. Les républicains, les légitimistes, plusieurs conservateurs même lui étaient franchement hostiles et la presse était loin de le ménager. Sa nomination excita la verve des journalistes et donna lieu aux critiques les plus acerbes. C'était, disait-on, une véritable provocation que d'avoir choisi pour gouverner nos possessions en Afrique l'homme qui avait si souvent déclaré à la tribune la nécessité de renoncer à notre conquête et était allé jusqu'à en conseiller l'abandon. En 1837, en efifet, au retour de son premier voyage en Algérie, après l'expédition de la Sickack, Bugeaud n'avait pas craint, comme nous l'avons vu, de se montrer hostile à la colonisation de l'Algérie (1). « Le massif d'Alger, disait-il, n'est qu'un immense rocher entouré de broussailles incultivables ; l'olivier ne pourra croître dans ces plaines arides qu'au moyen d'irrigations, et c'est folie pure que de continuer la guerre, d

Le Gouvernement n'ignorait pas l'effet que devait produire à Alger cette nomination ; aussi le ministre de la guerre prit-il soin de faire précéder l'arrivée du nouveau chef de la colonie de l'avis suivant qui fat aflSché partout :

a Le général Bugeaud ne tardera pas à partir pour Alger. On ne doit point inférer de sa nomination que l'occupation sera restreinte; la campagne qui doit s'ouvrir au printemps prouvera le contraire. »

rr.:

(1) Lorsque le général Bugeand, désigné pour remplacer le maréchal Valée, I alla prendre congé du duc d'Orléans, le prince le plaisanta sur sa détermination

M, Guizot , dans ses Mémoires , trace aînsi le portrait du général Bugeaud au moment de son départ , Nous ne saurions faire mieux apprécier rhomme de guerre qu'en reproduisant le jugement magistral du I grand écrivain homme d'Etat.

Quand le 29 décembre, le Hoi, sur la demande du cabinet, nomma le général Bugeaud gouverneur général de l'Algérie, je ne me dissimulai point les conséquences de ce choix et les obligations, j'ajoute, les difficultés qu'il nous imposait. Le général Bugeaud n'était pas un officier à qui l'on pût donner telles ou telles instructions, avec la certitude qu'il bornerait son ambition à les exécuter de son mieux et à faire son chemin dans sa carrière en contentant ses chefs. C'était un homme d'un esprit original et indépendant, d'une imagination fervente et féconde, d'une volonté ardente, qui pensait par lui-même et fidsait une grande place à sa propre pensée, en servant le pouvoir de qui il tenait sa mission. Ni l'éducation ni l'étude n'avaient, en la dévelop-

d'aller coïKinérir, coloniser un pays qu'il n'aimait pas et dont il ayait dit tant de mal. ce Monseigneur, reprit le général,' il est très agréable et très fodle à un homme d'épouser une jeune femme belle, riche, séduisante et dont il est éperdument amoureux. Quoi d'étonnant s'il se conduit bien avec elle! — Mais que diriez- vous de l'homme forcé d'épouser une femme laide, i>aavTe, disgracieuse qu'il ne pouvait soufiErir, que diriez-vous de loi si cet homme cependant n'oubliait auprès elle aucun devoir, aucun égard ? Eh bien I Monseigneur, je serai envers TAIgérie ce mari, ce galant de nouvelle espèce, et je la traiterai si bien, je l'entourerai de tant de soins, de tant d*amoiir, que force lui sera bien de redevenir jeune, séduisante et belle ! j> — Quelques per^ sonnes ont prétendu que S. A. le prince royal avait vu avec déplaisir la désignation du général Bugeaud comme gouverneur de l'Algérie, en regrettant que le choix du gouvernement n^ait point porté sur le général Despans-Cnbièree. -* Cette assertion nous semble absolument contronvée ; nous n'en vondrionB pour preuve que la sagacité du prince et l'estime très haute dans laquelle il tenait le général Bugeaud, et dont la lettre écrite en 1839 est on témoignage irrécusable. (V. page 121, chap. iv.)

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