CHAPITRE VII
pant, réglé sa forta nature. Jeté de bonae heure dans les rudes épreuves de la vie militaire et trop tard dans les scènes compliquées de la vie politique, il s'était formé par ses seules observations et sa propre expérience, selon les instincts d'un bon sens hardi qui manquait quelquefois de mesure et de tact^ jamais de justesse ou de puissance. H avait sur toutes choses, en particulier sur la guerre et les affaires d'Algérie, ses idées à lui, ses plans , ses résolutions ; et non seulement il les poursuivait en fait, mais il les proclamait d'avance en toute occasion, à tout venant, dans ses conversations, dans ses correspondances avec une force de conviction et une verve de parole, qui allaient croissant à mesure qu'il rencontrait la contradiction et le doute. Il s'engageait ainsi passionnément, soit envers lui-même, soit contre ceux qui n'acceptaient pas toutes ses vues, tellement plein de son ferme jugement et de sa patriotique intention qu'il ne s'apercevait pas des préventions qu'inspirait l'intempérance de son langage et ne pressentait pas les difficultés que ces prétentions sèmeraient sur ses pas quand, après avoir tant parlé, il aurait à agir.
a Le lieutenant général Bugeaud, disait le Mont' teur algérien du 23 février 1841, nommé gouverneur général de l'Algérie par ordonnance du Roi, du 29 décembre 1840, est arrivé hier à deux heures de l'aprèsmidi par le bâtiment à vapeur de TÉtat le Phaéton^ commandé par M. Laërdrich, lieutenant de vaisseau. On lui a rendu tous les honneurs dus à son rang. Après avoir reçu à bord la visite de l'amiral de Bougainville et de M. le général de Tarlé, chef de l'état- y
niajor général de Tannée, il est descendu à terre oîi il
a été reçu à Tentrée du débarcadère par M. le lieutenant général Schramm, gouverneur général par intérim, qui lui a présenté les membres du conseil d'administration de la colonie. Une foule nombreuse d'Européens et d'indigènes s'était portée sur le passage du cortège et l'accompagna jusqu'à l'hôtel du gouvernement où a eu lieu ouvertement la réception des autorités et des divers fonctionnaires français et indigènes. 2>
Le jour même de son arrivée, les deux proclamations suivantes étaient affichées sur les murs d'Alger :
Habitants de l'Algérie,
A la tribime, comme dans l'exercice de mon commandement en Afrique, j'ai fait des efforts pour détourner mon pajs de s'engager dans la conqnête absolue de l'Algérie. Je pensais qu'il lui faudrait une nombreuse armée et de grands sacrifices pour atteindre ce but; que, pendant la durée de cette vaste entreprise, sa politique pouvait en être embarrassée, sa prospérité intérieure retardée.
Ma voix n'était pas assez puissante pour arrêter un élan qui est peut-être l'ouvrage du destin. Le pays s'est engagé : je dois le suivre. J'ai accepté la grande et belle mission de l'aider à accomplir son œuvre, j'y consacre désonnais tout ce que la nature m'a donné d'activité, de dévouement et de résolution.
Il faut que les Arabes soient soumis ; que le drapeau de la France soit seul debout sur cette terre d'Afrique.
Mais la guerre indispensable aujourd'hui n'est pas le but. La conquête serait stérile sans la colonisation.