CHAPITRE VU
Louis-Philippe, était déjà, malgré son âge, un ancien Africain. Il avait en effet accompagné son frère ^né dans ses dernières campagnes de 1840.
De retour en France, à la fin de Tannée 1840, il ne tarda pas à repartir pour l'Afrique avec Temploi de son grade dans le 24° de ligne.
Il se trouvait donc pour la première fois, en 1841, sous les ordres du général Bugeaud. Le duc d' Aumale
raiices de l'armée et de la colonie , il remit le pouvoir au général Cavaignac et adressa à l'armée, qui attendait mieux de lui, des adieux pleins de dignité. Il s'embarqua le 3 mars avec le prince et la princesse de Joinville sur le bateau français le Selon qui les conduisit à Gibraltar. — A partir de cette époque, le prince n'a cessé d'habiter l'Angleterre résidant & Claremont et à Twickenham. — Héritier par la mort du prince de Condé d'une fortune considérable , le prince s'occupa à réunir dès cette époque une splendide collection de tableaux et de livres , et attira l'attention par de nombreux écrits militaires et politiques. Sa Lettre sur V histoire de France, critique vive, éloquente et hautaine du gouvernement impérial, fut saisie et déférée aux tribunaux de Paris, les éditeurs condamnés à un an de prison et à 6,000 francs d'amende. — Ce fut peu de temps après qu'un cartel, adressé par le duc d' Aumale au prince Jérôme Napoléon, à la suite d'un discours de ce dernier au Sénat, fut décliné par le fils du roi Jérôme.
Il publia plus tard : Histoire ^princes de Condé, et une étude sur les Institutions militaires de la France. Survint l'année fatale de 1870, la chute l'Empire, l'avénementdela République et l'invasion. En 1871, le duc d' Aumale fut nommé représentant du département de l'Oise par 62,222 voix. Au mois de mars 1872, il fut réintégré dans le cadre d'activité comme général de division.
Désigné au mois d'octobre 1873 pour présider le conseil de guerre chargé de jugeç le maréchal Bazaine, le prince, forcé d'obéir, dirigea les débats avec une magistfrale autorité. Ses ennemis et M. Thiers, en contraignant le prince à cette pénible mission, avaient espéré lui tendre un piège et rendre son nom odieux et impopulaire. Le contraire advint. Son attitude sévère, impartiale et patriotique, les hautes facultés qu'il déploya dans ce difficile interrogatoire et dans le cours du procès lui donnèrent en France une situation telle que tout autre prince en eût certainement profité.
Nommé au commandement du 7« corps d'armée par le maréchal de Mac-Mahon au mois de septembre 1873, il alla prendre possession de son poste après le luocès de Trianon. Un décret du 11 février 1879 l'a remplacé dans son commandement. — Élu membre de l'Académie française au mois de décembre 1871, le duc d' Aumale est aujourd'hui absolument désintéressé de la politique ; il a même cessé d'habiter Paris, et s'est retiré au château de Chantilly qu'il a fait restaurer d'une façon royale et où il a réuni ses merveilleuses collection.^.
270 LE lIABÉCHAXi BUGKAUD.
avait alors dix-neuf ans. Dans la lettre qu'on va lire, fraîche, alerte, toute pleine d'entrain, on entend comme une fanfare de clairon, éclatant sous l'ardeur guerrière et juvénile du colonel d'Orléans. La réponse du général Bugeaud est sur le même ton. On sent déjà dans cette lettre charmante et gaie l'attachement profond que le vieux général devait vouer au duc d'Aumale qu'il chérissait et estimait entre tous et ne cessa jamais d'appeler « son petit prince d.
Paris, le 25 février 1841.
Mon Général,
Le Roi m'ayant désigné pour remplir un emploi de mon grade vacant au 24® régiment de ligne, d'ici à peu de jours je vais me rendre en Afrique pour rejoindre mon corps, et j'y resterai longtemps, je l'espère. J'ai tenu à vous dire moi-même et le plus tôt possible combien j'étais heureux et fier de servir sous les ordres d'un chef aussi distingué que vous, et que je ferai de mon mieux pour mériter votre estime, pour justifier l'honneur qui m'est fait. Je vous prierai, mon Général, de ne m'épargner ni fatigues, ni quoi que ce soit. Je suis jeune et robuste, et, en vrai cadet de Grascogne, il faut que je gagne mes éperons. Je ne vous demande qu'une chose, c'est de ne pas oublier le régiment du duc d'Aumale quand il y aura des coups à recevoir et à donner.
Agréez, mon Général, l'assurance de mon respect.
Votre affectionné, Henri d'Oiuuéaks.